Lorsqu'on
y regarde, même sommairement, nous avons tous ou presque à nos côtés
des gens, des objets, parfois une maison de famille, des idées même, que
nous gardons depuis environ toujours et auxquels nous tenons fortement.
Nous pensons alors à différents membres de notre famille, à une peluche qu'on n'a pas donnée lors de ce rite cruel de l'adolescence, à ce colifichet qui traîne dans une poche, quelque part, à un animal de compagnie, à un bijou offert un jour de notre enfance, par une personne qui revêtait alors une importance particulière dans notre royaume. Ces objets, ces gens, nous apportent de la stabilité et du réconfort, c'est en ça que nous les apprécions.
Malgré tout, nous oublions presque systématiquement celui ou celle qui est si proche depuis si longtemps. Si intime, si habituel que nous avons tendance à ne plus le ou la voir.
Le mien – car il est bien masculin – est toujours là. C'est lui qui dispose bien la fourchette à gauche et le couteau à droite avant de passer à table car ses parents lui ont appris à faire comme ça et c'est lui qui remet le rangement de ses affaires à plus tard, car là, ses parents n'ont pas réussi à lui apprendre la nécessité de le faire. C'est lui qui mange mes bonbons et c'est lui qui accumule ses BD chez moi. C'est lui qui s'attache très fort très vite et qui est blessé quand ça n'est pas réciproque. C'est lui qui a peur de s'adresser à un inconnu pour demander un renseignement et c'est encore lui qui regarde la télé des heures durant. C'est lui qui n'aime pas du tout revendre ses objets. C'est lui qui détourne le regard lorsqu'une fille se déshabille et c'est lui qui planque des objets pour embêter son entourage. C'est lui qui ramasse ce caillou parce qu'il est joli. C'est lui qui ne dit pas de gros mots parce que ses parents lui interdisent. C'est lui qui pleure devant certains films, à moins que ce ne soit moi, parce que d'un coup je le trouve trop éloigné. C'est lui qui ne sait pas séduire une jolie fille, c'est lui qui ne fume pas. C'est lui qui est terrifié lorsque les esprits autour de lui s'échauffent. C'est lui qui prépare soit une tarte au chocolat, soit une tarte au citron meringuée lorsqu'il invite des gens car son père faisait comme ça. C'est lui qui aime bien rester seul pour jouer, c'est lui qui aime bien être avec des proches pour jouer. C'est lui qui est prêt à dépenser des heures de son temps pour régler un détail qui l'exaspère. C'est lui qui est super fort en dictée. C'est lui qui transforme un tas de pierres en Empire et c'est encore lui qui montre ses jouets contemporains aux autres. C'est surtout lui qui souffre quand il doit se séparer d'une personne qu'il aime et c'est lui qui est fier de réussir une chose qui lui paraissait pourtant si difficile. C'est encore lui qui ne se rend pas vraiment compte de sa propre fragilité et qui sans s'en rendre compte, cherche à construire quelque chose de rassurant avec la fille qui veut bien jouer avec lui. C'est lui qui sait parfaitement bien gérer son argent. C'est lui qui a du mal à accepter que les gens puissent mentir. C'est lui qui est curieux de tout ce qui se passe autour de lui et c'est même un peu lui qui a décidé de faire des études en psycho car il y avait là des tas de phénomènes dont il apercevait les mécanismes, sans vraiment les comprendre.
Nous pensons alors à différents membres de notre famille, à une peluche qu'on n'a pas donnée lors de ce rite cruel de l'adolescence, à ce colifichet qui traîne dans une poche, quelque part, à un animal de compagnie, à un bijou offert un jour de notre enfance, par une personne qui revêtait alors une importance particulière dans notre royaume. Ces objets, ces gens, nous apportent de la stabilité et du réconfort, c'est en ça que nous les apprécions.
Malgré tout, nous oublions presque systématiquement celui ou celle qui est si proche depuis si longtemps. Si intime, si habituel que nous avons tendance à ne plus le ou la voir.
Le mien – car il est bien masculin – est toujours là. C'est lui qui dispose bien la fourchette à gauche et le couteau à droite avant de passer à table car ses parents lui ont appris à faire comme ça et c'est lui qui remet le rangement de ses affaires à plus tard, car là, ses parents n'ont pas réussi à lui apprendre la nécessité de le faire. C'est lui qui mange mes bonbons et c'est lui qui accumule ses BD chez moi. C'est lui qui s'attache très fort très vite et qui est blessé quand ça n'est pas réciproque. C'est lui qui a peur de s'adresser à un inconnu pour demander un renseignement et c'est encore lui qui regarde la télé des heures durant. C'est lui qui n'aime pas du tout revendre ses objets. C'est lui qui détourne le regard lorsqu'une fille se déshabille et c'est lui qui planque des objets pour embêter son entourage. C'est lui qui ramasse ce caillou parce qu'il est joli. C'est lui qui ne dit pas de gros mots parce que ses parents lui interdisent. C'est lui qui pleure devant certains films, à moins que ce ne soit moi, parce que d'un coup je le trouve trop éloigné. C'est lui qui ne sait pas séduire une jolie fille, c'est lui qui ne fume pas. C'est lui qui est terrifié lorsque les esprits autour de lui s'échauffent. C'est lui qui prépare soit une tarte au chocolat, soit une tarte au citron meringuée lorsqu'il invite des gens car son père faisait comme ça. C'est lui qui aime bien rester seul pour jouer, c'est lui qui aime bien être avec des proches pour jouer. C'est lui qui est prêt à dépenser des heures de son temps pour régler un détail qui l'exaspère. C'est lui qui est super fort en dictée. C'est lui qui transforme un tas de pierres en Empire et c'est encore lui qui montre ses jouets contemporains aux autres. C'est surtout lui qui souffre quand il doit se séparer d'une personne qu'il aime et c'est lui qui est fier de réussir une chose qui lui paraissait pourtant si difficile. C'est encore lui qui ne se rend pas vraiment compte de sa propre fragilité et qui sans s'en rendre compte, cherche à construire quelque chose de rassurant avec la fille qui veut bien jouer avec lui. C'est lui qui sait parfaitement bien gérer son argent. C'est lui qui a du mal à accepter que les gens puissent mentir. C'est lui qui est curieux de tout ce qui se passe autour de lui et c'est même un peu lui qui a décidé de faire des études en psycho car il y avait là des tas de phénomènes dont il apercevait les mécanismes, sans vraiment les comprendre.
Il est toujours là, omniprésent, discret ou
envahissant, craintif ou plein de courage, insouciant ou tourmenté
parfois pour un rien. Je ne sais pas précisément quel âge il a.
Peut-être six, sept ou dix ans.Celui que nous oublions souvent, c'est ce petit garçon ou cette petite fille que nous étions et qui est toujours là, quelque part. Sa présence nous renvoie à cette question débattue par les philosophes depuis la nuit des temps : changeons-nous vraiment ?
Je suis semblable à celui que j'étais à l'école primaire et pourtant je suis radicalement différent de cet enfant. Ces évolutions sont-elles des différences, signe de changement, ou bien, est-ce qu'au fond l'être humain ne doit pas être limité à sa vision lors d'un instant défini, mais appréhendé en perspective, en trois dimensions temporelles ? En étant enfant, je portais déjà ce que je serai vingt, trente ou cinquante ans plus tard, il n'y a donc pas de transformation, seulement une évolution à la fois infinie et prompte.
Dans la vie d'adulte, c'est bien souvent ce petit garçon qui est amoureux de la petite fille qu'il vient de rencontrer. Heureusement ou malheureusement, le petit garçon est accompagné de son homme, la petite fille est accompagnée de sa femme. Ca fait beaucoup de monde à concilier tout ça, on comprend mieux la fragilité du couple en général, la persistance de certains couples en particulier.
Lorsque je croise quelqu'un, j'ai très souvent tendance à l'imaginer dans son futur ou dans son passé. Cette gamine aux cheveux longs, je l'imagine étudiante, sûrement en LEA. Cet étudiant croisé dans la rue, il a dix ans et il vient de construire une cabane avec ses copains dans les bois. Cette quadra qui me parle dans une file d'attente vient de retourner au collège avec pour préoccupation principale l'achat du dernier album de son chanteur préféré. Je peux imaginer tout cela car une partie de nous est invariante, elle n'est ni un atavisme, ni une involution, juste un centre de gravité, comme le cœur de l'arbre qui garde le même diamètre mais grandit avec le reste. Privé de son centre, l'arbre meurt. Privé de son enfant caché, l'Homme perd ses qualités fondamentales d'être humain.
Lorsque je croise quelqu'un, j'ai très souvent tendance à l'imaginer dans son futur ou dans son passé. Cette gamine aux cheveux longs, je l'imagine étudiante, sûrement en LEA. Cet étudiant croisé dans la rue, il a dix ans et il vient de construire une cabane avec ses copains dans les bois. Cette quadra qui me parle dans une file d'attente vient de retourner au collège avec pour préoccupation principale l'achat du dernier album de son chanteur préféré. Je peux imaginer tout cela car une partie de nous est invariante, elle n'est ni un atavisme, ni une involution, juste un centre de gravité, comme le cœur de l'arbre qui garde le même diamètre mais grandit avec le reste. Privé de son centre, l'arbre meurt. Privé de son enfant caché, l'Homme perd ses qualités fondamentales d'être humain.
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