22/12/2012

Lettre ouverte à Dieu

Après avoir écrit au Virgile du futur, il me paraissait logique de passer à l'étape supérieure et de m'adresser à Dieu. Nous y voici donc.


Cher Dieu,

Je t'écris aujourd'hui pour te faire part de mon immense mécontentement quant à tes dernières actions ou plutôt quant à tes dernières inactions.
En effet, nous sommes le 22 décembre 2012 et hier, à la grande surprise générale, la fin du monde n'a pas eu lieu.
Pour ma part, j'étais ravi d'avoir échappé au crash de la station Mir qui devait avoir lieu le 11 août 1999, puis au bug de l'an 2000 qui ne m'avaient même pas laissé une égratignure. Un peu plus tard, j'ai également survécu à la terrifiante date du 06/06/06. Et surtout, j'ai réussi à survivre à l'alignement exceptionnel du Soleil, de Vénus et des loches de Pénélope Cruz du 04 septembre 2010, événement rarissime et catastrophique, la dernière fois ayant été à l'origine de la déchéance de l'Empire romain. 

Peyresq - avril 2004
En revanche, pour le 21 décembre 2012, il était certain qu'il y aurait un alignement cosmique qui allait entraîner, si ce n'est la fin du monde, au moins un cataclysme gravissime qui aurait engendré la mort de plus de 95% des êtres humains de la planète. Ca devait se passer comme dans la Bible : de la grêle et du feu qui ravagent la Terre, la mer qui se transforme en sang, la lumière du Soleil qui faiblit, une invasion de sauterelles, etc.
Alors du coup, j'en ai profité pour faire tout ce que chaque être humain censé aurait fait : j'ai profité de l'imminence de la fin du monde pour faire tout ce que je n'aurais pas fait si j'avais imaginé que j'en paierais les conséquences.
La première des choses, c'est que j'ai évidemment laissé tomber mon travail quelques semaines avant l'apocalypse pour me dégager du temps libre. Bon, je suis pas bête, je savais que je n'allais pas tenir longtemps sans argent alors j'ai décidé de dépenser toutes mes économies. Et puis comme je savais qu'il n'y aurait pas de conséquences, j'ai aussi dépensé les économies de plusieurs personnes de mon entourage qui avaient eu la mauvaise idée de laisser traîner un RIB dans un tiroir de leur bureau.

La moindre des choses qu'on puisse dire, c'est que j'ai su en profiter. Toi-même, Dieu, tu serais surpris de la facilité à raccourcir le délai d'attente pour avoir un couvert dans les restaurants trois étoiles tant qu'on peut avancer suffisamment d'argent.
Et je n'y suis pas toujours allé seul, loin de là. Grâce à cette fin du monde annoncée, je me suis libéré de la contrainte de ma santé et je me suis donc rendu à Moscou. Pas pour photographier la ville, non, mais surtout, ne craignant plus les MST, pour profiter de la chaleur des femmes russes d'une part, et pour vendre l'un de mes reins d'autre part. Ça peut valoir très cher un rein. En tout cas, suffisamment pour pouvoir acheter une parure de diamants que j'ai offert à la fille de mes rêves. Certes, ça n'a pas suffi à la séduire, mais au moins j'ai rendu cette fille heureuse pendant toute une après-midi minimum.

Dieu sait, pardon, tu sais, que je ne me suis pas arrêté là. En effet, j'en ai aussi profité pour satisfaire nombre de mes curiosités : à quoi ressemble l'intérieur d'un écran de télévision plasma, d'un appareil photo ou de dizaines d'autres choses de mon intérieur, quelles mesures de coercition sont efficaces pour faire taire un bichon frisé, etc.
J'en ai même profité pour tuer plusieurs personnes au hasard dans la rue, pour voir si ça se passe comme dans les séries policières américaines (si tant est qu'on puisse utiliser l'expression « au hasard » pour décrire 870 kilomètres de voiture et 17h40 heures d'attente effectués dans trois villes de France).

Pour réussir tout ça, je n'ai pas hésité à prendre assez de cocaïne pour tenir le coup. Ça marche bien ce truc. Le problème, c'est que j'en avais acheté seulement pour tenir jusqu'au 21 décembre et qu'aujourd'hui nous sommes le 22 et je m'approche à grands pas du syndrome de manque. Je pourrais bien m'en acheter un peu pour me sevrer progressivement, mais j'ai déjà claqué tout ce qu'il me restait dans un baptême d'apesanteur (ça coûte cher la stratosphère). J'espérais d'ailleurs te voir en allant là-haut, mais je crois que tu n'as pas répondu au rendez-vous.
J'ai bien fait quelques autres choses dont je ne suis pas très fier, notamment dans un établissement du Marais que je déconseille ou avec un père Noël, histoire de choquer les enfants de l'assistance médusée.

Bon enfin bref, j'ai été particulièrement déçu de cette non fin du monde et je tenais à te le dire. A part l'album de reprises de Jean-Jacques Goldman, il faut dire qu'on n'a rien eu de très catastrophique pour ce 21 décembre, ce qui représente une double peine pour nous tous. Et établir une double peine alors que la gauche est au gouvernement, je trouve ça minable.

Je vais donc essayer de survivre à cette survie, mais une chose est sûre, c'est que ça ne sera pas grâce à toi.

05/11/2012

Retour vers le futur

Aujourd'hui, tu viens carrément
de sortir de la zone 30
Cher moi du futur, 

Je viens de créer un mémo sur Google agenda pour te rappeler de lire cet article dans exactement dix ans, pour le jour de tes quarante ans. 
Cela sous-entend que dans dix ans 
1) Le monde existera toujours 
2) Google existera toujours 
3) Tu existeras toujours 
Théoriquement, tu devrais recevoir ce rappel le samedi 05 novembre 2022 à 10 heures. Si tout se passe très bien pendant les dix prochaines années, tu seras en train de terminer un rapport sur un patient avant de peaufiner les derniers détails de ton prochain séjour avec ta femme dans les montagnes du Vietnam pour aller à la rencontre d'habitants au nom qui prête à sourire : les Lolos noirs. Tel que je te connais, tu auras réglé tous les points les plus importants et ce samedi matin, tu seras en train de chercher sur wikipedia (si wikipedia existe encore évidemment) un lexique pour te débrouiller aussi bien que possible dans ce pays : savoir demander où se trouve l'arrêt de car, demander si ce village est atteint par la grippe B (celle qui a provoqué la mort de milliers de personnes en 2017), demander où tu peux recharger les batteries de ton appareil photo, t'assurer que ton repas n'est pas fait avec du chat, etc. 

Si tout se passe très bien, encore, tes enfants seront en train de te préparer un magnifique cadeau pour ton anniversaire : un pêle-mêle de photos et d'objets qui te définissent et retracent ta biographie qu'ils auront trouvé en cherchant partout depuis plusieurs semaines. Ils sont doués, tes gosses. 

Si tout se passe très bien, toujours, ta femme sera en train de faire comme si de rien n'était en t'offrant un ou plusieurs cadeaux, soigneusement choisis comme à chaque fois. Tu ne te douteras pas vraiment que le soir même, elle aura organisé une fête avec tes amis les plus chers. Elle aura même réussi à faire revenir en France Paul l'espace d'un week-end. Paul qu'on ne voit quasiment plus depuis qu'il a trouvé un travail en 2020. Ce sera peut-être l'occasion pour toi de comprendre précisément en quoi consiste son travail à Montréal. 

Si tout se passe très bien, tu auras évidemment préparé le menu du formidable repas que tu comptes préparer pour toi et ta famille. Tu prévois même de te lever à six heures demain matin pour te mettre aux fourneaux. 

Si tout se passe très bien, tu jetteras aussi un coup d'œil sur l'étagère où tu as déposé la semaine dernière le trophée que tu as remporté lors d'une petite course locale, en étant fier d'avoir presque atteint les minima olympiques du marathon quelques années auparavant (un « presque » très relatif puisque 32 minutes de différence, ce n'est pas « presque ». Mais si tu peux te vanter un peu auprès de tes amis, ça peut pas faire de mal). 

Ce ne sera pas facile pour toi de gérer tout ça de front, d'autant que tu auras reçu la commande d'un rapport important pour la ville de Nice. Mais au fond, ça te plaira de passer une matinée avec tes patients, puis une après-midi sur ton rapport, puis trois heures à faire du sport, puis... puis tout ça.

En lisant cet article, tu seras ravi de ces dix et même de ces vingt dernières années. Tu repenseras aux galères que tu as dû traverser et tu auras un agréable sentiment de travail bien accompli, en te disant que cette journée est représentative de tout ce que tu peux rechercher et aimer. Attendrissant. 


En revanche, si tout se passe mal pendant les dix prochaines années, tu émergeras difficilement de ton sommeil alcoolisé de ce samedi matin. Tu seras en train de rédiger un courrier à l'avocat de ton ex-femme parce que celle-ci t'aura présenté votre fils la veille à 20h34 au lieu de 19 heures pour la quatrième fois en deux mois. 

Si tout se passe mal, tu n'auras plus le goût de cuisiner depuis plusieurs années et tu auras prévu pour le repas de ce soir, joie immense, une pizza surgelée (au saumon, c'est ton anniversaire) accompagnée d'une bouteille de Bordeaux blanc cuvée 2015. Une cuvée exceptionnellement bonne mais pas chère à cause de l'incident d'une centrale nucléaire anglaise qui a diffusé du césium radioactif durant cette année partout en Europe. Si tout se passe très mal, tu auras pris deux bouteilles de la cuvée 2016. Presque autant chargées en radioactivité, mais un peu moins bonnes et encore moins chères, c'est d'ailleurs pour ça que tu pourras en acheter deux. Avec un peu de chance, tu auras le bon goût d'acheter des apéritifs hors de prix mais terriblement bons des magasins Picard (si bien sûr...) Pour faire plaisir à ton fils, tu auras probablement acheté une bouteille de Coca. Du décaféiné, puisque tu comptes t'endormir bien tôt ce soir (la cuvée 2016 est un peu capiteuse et tu seras le seul à boire ces deux bouteilles). 

Si tout se passe mal, encore, ton projet ultime sera de déménager de ton studio minable orienté plein Nord, froid et humide, mais pas cher, vers un studio du même immeuble, mais un peu moins minable, bien qu'exposé aux bruits de la rue et aux odeurs d'échappement. Si tout se passe très mal, tu n'espéreras même plus aller vers de nouveaux horizons ni améliorer ta condition. 

Si tout se passe mal, ce qui se rapprochera le plus d'une relation affective pour toi sera une relation virtuelle avec une quinqua, fruit d'une union consanguine, schizophrène et handicapée (« mais ça va, elle l'est juste un peu ») qui vit dans un village près de Dunkerque, l'un des villages français les plus radioactifs à cause de la centrale anglaise. Si tout se passe très mal, tu voudras emménager avec cette femme que tu n'as jamais vue en vrai, en te disant que ce serait la meilleure alternative au suicide. Même si on lui a retiré ses droits parentaux, tu n'as pas peur pour ton fils parce que depuis qu'elle a été reconnue irresponsable et qu'elle a fait son séjour en HP, « elle est vachement plus tranquille » pour te citer. 

Si tout se passe mal, tu n'auras plus le goût ni de la photo, ni de la cuisine, ni des simples promenades en forêt ni de quoi que ce soit d'autre, si ce n'est d'essayer de draguer la caissière de la supérette où tu vas acheter ton pack de bières chaque matin. D'ailleurs tu as tes chances, ce matin elle t'a souhaité un joyeux anniversaire en te donnant un bon de réduction de trente centimes sur ton prochain pack de douze. Si tout se passe très mal, elle t'aura déjà giflé et aura porté plainte pour harcèlement, suite à quoi tu devras marcher huit minutes de plus chaque matin pour aller acheter tes bières. Tes goûts seront limités au télé-achat, au Juste prix, à la dernière émission plateau de Michel Drucker, enfin, tout ce que tu arrives à suivre raisonnablement avec tes 1,5 g d'alcool dans le sang au réveil (environ 2,7 après le repas). 

Si tout se passe mal, tu accuseras les immigrés de ta situation, puisque de toute façon c'est à cause d'eux que tu n'as plus de travail. Les patrons aussi, c'est de leur faute. Et puis ta connasse d'ex-femme, si elle s'était mieux comportée, tu n'en serais sûrement pas là. En résumé, tout le monde sera responsable de ta situation du moment que ça n'est pas toi. 

Si tout se passe mal, tu viendras de coller une tarte à ton fils parce qu'il vient de dire que « Chez Maman, au petit-déjeuner, on mange des céréales. » Et pas du pain caoutchouteux de la veille comme chez toi. En même temps, il a bien mérité sa claque, ça fait dix fois que tu lui dis de pas comparer ses deux maisons. Ou plutôt la maison de sa mère et de son beau-père avec ton appartement. Ou plutôt le maset de son beau-père avec ton studio. Et tu comprendras toujours pas pourquoi elle sera partie avec ce Jean-Luc que tu surnommeras affectueusement « J'encule ». 

Si tout se passe mal, tu auras prévu d'inviter Paul demain à midi. Paul que tu aimes bien rencontrer parce qu'il te valorise comparativement à toi et surtout parce qu'il apporte toujours deux ou trois bouteilles de Castan pour vos repas. En général, pendant l'après-midi, vous déblatérez sur ce « gouvernement de cons », sur ces « enculés de patrons » sans oublier « tous ces bougnoules qui viennent en France juste pour toucher les allocs. Et puis c'est à cause d'eux la nouvelle taxe sur l'alcool, c'est pour leur payer des survêts' Nike, tout le monde le sait. » Vivement que Marie-Pierre Le Pen, l'arrière-petite-fille de Jean-Marie, arrive au pouvoir. Tu t'ennuies fermement avec Paul, mais vous vous remémorez votre passé en vous disant que « Putain c'est pas comme avant, et quand tu vois l'état de la France, t'as envie de te barrer loin. » Le point positif, c'est que tu gardes une certaine cohésion de pensée d'un jour sur l'autre. 
Si tout se passe très mal, Paul aura eu la même idée et les mêmes moyens que toi pour ton anniversaire, à savoir qu'il t'aura offert les deux mêmes bouteilles de Bordeaux blanc 2016 que celles que tu auras bu la veille. Rencontre de deux grands esprits déchus. 

Si tout se passe mal, tu auras abandonné tout idée de faire un effort pour ton physique depuis que tu as passé la barre des cent kilos et tu ne verras aucun lien avec tes problèmes cardiaques. « Je mesure 1, 88 m, c'est normal d'avoir un poids comme ça. Toutes ces conneries de cinq fruits et légumes par jour, c'est pour nous empêcher de vivre comme ça nous plaît, c'est tout. » Si tout se passe très mal, ton fils évitera de t'approcher car, je cite, « tu sens comme le cendrier. » Là aussi, ça méritera une claque d'ailleurs. 

Si tout se passe mal, tu jetteras un œil à ton chien, un bâtard qui boîte depuis trois mois parce que tu n'as pas eu les moyens de l'amener chez le vétérinaire quand tu as vu cette grosse boule sur sa cuisse. Tu te diras qu'il faudra sûrement le tuer un de ces jours. Mais toi-même, hein, ce sera moins cher. 

Alors, tu regarderas cette journée d'un désarroi incommensurable en te disant que ce n'est pas la vie que tu aurais voulu et de nouveau, tu accuseras la terre entière. Auto-mensonge déculpabilisant ou fausse croyance intime ? Je te souhaite au minimum de te poser cette question.

24/10/2012

Pays-Bas, l'autre plat pays

Les Néerlandais sont-ils vraiment des êtres humains et si oui sont-ils des êtres humains comme les autres ? 

Commençons par une mise au point lexico-géographique et demandons-nous ce qu'est un Néerlandais. Un Néerlandais est un habitant des Pays-Bas (petit pays situé entre la Belgique, le pays de Angela et la mer du Nord) et par conséquent, il ne doit pas être confondu avec un Hollandais qui est un habitant de la Hollande. La Hollande est elle-même une région des Pays-Bas ; elle comprend actuellement deux provinces qui abritent environ un tiers des Néerlandais. Par conséquent, appeler un Néerlandais un Hollandais est aussi juste que d'appeler un Français un Parisien ou un Portugais un homme de bon goût. Les Néerlandais parlent le Néerlandais, qui est une langue germanique. En d'autres termes, les Néerlandais sont comme des Belges qui essaient de parler schleu. Précisons à toutes fins utiles qu'ils représentent le « ne » du mot Benelux, puisqu'en Néerlandais le pays s'appelle Nederland (qui, au reste, ne doit pas être confondu avec Neverland, le pays dans lequel vit Peter Pan). 
A l'heure du réchauffement planétaire et de la hausse du niveau de la mer, le Néerlandais développe son pays en construisant sous le niveau de la mer, démontrant ainsi la grande proximité de son intelligence avec celle de son frère Belge. 

Quand nous, Français, pensons aux Pays-Bas, nous nous représentons des tulipes, des fromages, des vélos et des moulins. Les plus sportifs d'entre nous se représentent leur équipe nationale de foot, les plus politisés se représentent le traité de Maastricht ou la cour internationale de la Haye, les plus cultivés se représentent Vincent Van Gogh et les plus idiots se représentent un samouraï. 
Néanmoins, les Pays-Bas, ça n'est pas que ça. Non. Les Pays-Bas, c'est aussi la drogue, les prostituées, l'extrême-droite au gouvernement, le climat lourd (météo moyenne en août : 17° pour 95 mm de pluie), la mer grise, les hooligans violents. Peut-être pour toutes ces raisons, la consommation annuelle de bière y atteint les 81,2 litres par habitant en moyenne. Ça fait rêver, hein ? 

Mais à la limite, dans l'absolu... On pourrait s'en moquer de tout ça ! Le problème, c'est qu'ils ne se limitent pas à cela. Non contents de nous avoir envoyé leur président, ils viennent par vagues entières chaque été ! Ils colonisent le Sud-Est de la France avec des millions de camping-cars. Cette colonisation apporte bien quelques utilités, mais à part le Vélib et le gouda au cumin, voyez-vous un seul autre avantage à leur invasion saisonnière ? La pollution de l'air dans la vallée du Rhône ? C'est à cause d'eux. Le trafic ralenti à 40 km/h en ligne droite et à 25 dans les virages ? C'est encore à cause d'eux. Les accidents de la route ? S'ils n'en sont pas coupables, tout au moins en sont-ils à l'origine dans la mesure où les autres conducteurs essaient de les doubler pour éviter de devoir arrêter un camping-car de force, obliger les occupants à en descendre et leur enfoncer leurs tubes de crème solaire dans l’œsophage avant de noyer leurs enfants albinos dans la première rivière venue. En somme, les Français donnent parfois de leur corps pour éviter d'avoir à faire du mal à ces Néerlandais. Raison de plus pour interdire l'accès du pays à cette vague orange.


Lac de Castillon, été 2012 - L'endroit plaît fortement aux Néerlandais



01/09/2012

Cette porte doit rester fermée

Le grand avantage de la photographie, par opposition à d'autres formes d'art, c'est qu'il est très facile de faire une très belle œuvre. 
Trouvez un beau décor, trouvez une jolie fille, demandez-lui de sourire, faites un plan serré et un centième de seconde plus tard, vous avez une photo probablement splendide. Demandez à votre sujet de regarder ailleurs et votre cliché n'en sera que plus beau. 

D'un autre côté, il est plus difficile de faire une belle photographie sans y inclure de sujet évidemment beau. C'est toutefois ce que je vais essayer de vous proposer aujourd'hui. 


Nikon D90, 1/30 s, f/5.6, 360 ISO, focale équivalente : 45 mm

Cette photographie a été prise en juillet dernier dans le centre de Rocheplane à Saint-Hilaire du Touvet, dans l'Isère. Dès lors, le cliché s'aborde de deux points de vue différents. Dans le premier cas, on ne connaît pas Saint-Truc du Machin et le cliché s'envisage tel qu'il est, dénué de tout contexte, exempt de toute émotion. 
Au premier abord, le cliché paraît bien réalisé, académiquement parlant. On peut y voir un jeu de lignes perpendiculaires et parallèles qui charpentent la composition. Il existe également plusieurs jeux de contrastes : la netteté d'un coté et le flou de l'autre, l'opposition entre l'aspect délabré des locaux et la nature qui semble vigoureuse à l'extérieur. Le panonceau offre une perspective intéressante à l'ensemble : en étant au premier plan, son orientation ouvre au second plan et invite à constater des débris difficiles à identifier. 
Enfin, il existe un antagonisme saisissant entre le texte du panonceau « CETTE PORTE DOIT RESTER FERMÉE » et le fait qu'elle demeure ouverte. Qu'est-ce que cela signifie ou a pu signifier ? Est-ce que cette porte doit rester fermée pour en faire un cache-misère ? Est-ce que, au contraire, son ouverture prohibée fait partie de la vétusté ? Souffle-t-il ici un vent libertaire qui aurait poussé on ne sait quel anarchiste à violer cette obligation unique qui nous indique, au cas où nous l'aurions oublié, que cette porte doit rester fermée ? Pour l'anecdote, on peut même se demander comment une porte sans poignée peut avoir été ouverte. 
De même, si l'on prend un peu de recul sur l'explication artistique, d'autres questions se font jour : où été pris ce cliché ? Quel est ce bâtiment au milieu de la forêt ? Qu'y a-t-il au-delà du cadrage photographique ? 

Il existe heureusement un deuxième point de vue possible permettant de comprendre les zones d'ombre de cette photographie, c'est le cas où l'on connaît parfaitement Saint-Hilaire du Touvet. Rocheplane est alors un nom très familier. Intime, même. 
Dans ce cas-là, l'émotion est présente et menace de vous submerger, telle une avalanche de neige qui emporterait les ignorants sur son passage. La seule évocation de certains termes que sont les petites roches ou la pierre courbe vous place dans un contexte où vous êtes frappé d'une souffrance causée par le regret obsédant du lieu qui vous a façonné et dont cette photo est le symbole de son irrémédiable déchéance. 
Vous savez alors très probablement les terribles mésaventures qui ont frappé ce jardin secret : la désaffection, l'abandon, le pillage, le délabrement progressif qui sont autant d'atteintes aux biens qu'à la petite flamme qui persistait dans votre cœur, là, tout au fond de votre nostalgie. 
Le cliché prend alors une toute autre dimension. Les lignes parallèles et perpendiculaires n'étayent plus la composition de la même façon. Les carreaux cassés viennent contaminer ces lignes et brisent ici la charpente de la composition. Les droites tracées par les tuyaux ne sont plus si droites que ça. La verdure de l'extérieur vient envahir la scène car on imagine qu'un jour ou l'autre elle recouvrira cette construction dans son ensemble, parachevant sa disparition. Les lambeaux de peinture, les morceaux de tuyaux, le carrelage en cours de désagrégation vont bien au-delà de la désaffection professionnelle : ils vous meurtrissent, exactement de la même façon que lorsque vous repensez à une scène heureuse de votre enfance dont vous savez qu'elle ne pourra jamais plus se reproduire parce que les personnes et les sentiments qui la composaient ont disparu. 
Alors le panonceau se charge d'un symbole supplémentaire. Le simple antagonisme décrit plus haut devient un terrifiant dilemme : que choisir entre l'invitation à pénétrer cette pièce lourde de tous ses symboles et suivre la consigne sur fond noir ? Si jamais vous suivez la perspective et décidez de passer ce panneau, vous ne serez plus la simple victime de la nostalgie, la douleur qu'on aime parfois avoir, car les blessures infligées au bâtiment vous enlèveront cette dimension de plaisir. Mais vous ne pouvez pas vous en empêcher : il faut aller voir, il faut avoir mal pour avoir envie de passer à l'étape suivante, la deuxième partie du dilemme. 

Enfin, vous suivez la consigne indiquée en gros depuis le début. Après une interminable promenade douce-amère dans vos souvenirs et votre aigreur, après une avalanche qui a détruit trop de choses, vous vous exécutez. Même si c'est la dernière chose dont vous ayez envie, vous n'avez pas le choix, car cela n'a jamais dépendu de votre avis. Cette porte doit rester fermée. 
Puis, le cœur lourd, vous ressortez du bâtiment, n'importe où pourvu que ce soit loin d'ici, à la recherche de nouvelles portes qui, elles, ne seront jamais aussi pesantes.

14/07/2012

Qui sont les psys ?

Moi sur la plage de Bugibba - Malte, avril 2012

Il y a des sujets personnels auxquels TOUS les psys sont confrontés plus ou moins fréquemment. Et je vais vous donner aujourd'hui ma réponse qui, je l'imagine, correspond à la vision de la majorité de mes confrères. 



La première croyance que les gens peuvent avoir, c'est que tous les psys auraient eu une relation symboliquement incestueuse avec leur mère ou bien qu'ils seraient des parents calamiteux ou bien encore qu'ils seraient « fous » à moins qu'ils ne fussent des pervers manipulateurs ou – pourquoi pas ? – tout cela en même temps ou n'importe quoi d'autre qui montre que les psys sont des personnes bizarres. D'ailleurs le psy ferait bien d'aller voir un autre psy puisqu'il est au minimum un peu fou. 

La deuxième croyance est l'exact contre-point de la précédente. En effet, le psy a fait des années et des années d'études. Son exercice professionnel lui a permis d'accumuler une incroyable somme de connaissances sur l'être humain et sur les relations inter-individuelles. A ce titre, il est évident que cet homme si intelligent réussit tout ce qu'il entreprend puisqu'il sait à l'avance comment les gens vont réagir. Un psy ne peut pas avoir de problèmes de couple puisqu'il aide les autres à résoudre les leurs. Un psy sait comment éduquer ses enfants puisqu'il a lu tout Dolto (bon, en vrai c'est encore mieux puisqu'un psy a lu pendant des années les livres de Mélanie Klein, Anna Freud ou Donald Winicott). Un psy ne se dispute jamais avec personne puisqu'il sait désamorcer les conflits. Mieux, il est tellement bienveillant qu'un psy ne peut jamais se disputer avec qui que ce soit. En plus, comme le bon psy va consulter un autre psy, c'est sûr qu'il sait prendre du recul sur la situation à tout moment. 


Je ne crois pas avoir exagéré les points que je viens d'énoncer, ce sont des lieux communs qui ressortent presque systématiquement lorsque j'annonce à quelqu'un le métier que je fais. 
Vous allez peut-être naturellement pencher vers l'un ou l'autre de ces stéréotypes, voire peut-être même les deux en même temps. Et ma réponse est que... ni l'un ni l'autre n'est juste. 

Ca va peut-être vous paraître insensé, mais les psys (-chiatres, -chologues, -chothérapeutes) sont des hommes et des femmes comme les autres. C'est fou, hein ? La plupart des psys ne sont pas plus ou moins « atteints » que n'importe qui, ils ne sont pas plus ou moins intelligents que dans n'importe quelle autre profession au niveau d'étude comparable. Le psy a des réussites et des échecs dans sa vie amoureuse comme n'importe qui d'autre. Je n'ai pas connaissance d'une étude comparative sur le taux de divorce des psys par rapport au reste de la population, mais je suis persuadé qu'il est sensiblement le même. On peut continuer comme ça pendant des heures : lorsqu'un psy joue avec son enfant, il ne cherche pas à développer le côté psycho-éducatif de la relation parent-enfant au travers d'un objet transitionnel. Non. Le psy cherche à jouer avec son enfant parce qu'il trouve ça agréable. Vous en voulez encore ? J'ai entendu dire une fois que le psy pouvait s'énerver contre cet idiot de voisin qui a encore bloqué la sortie de son garage. Pire : le psy peut être cet idiot de voisin ! Comme tout le monde, le psy est croyant ou non, il a des opinions politiques ou non. Comme vous, le psy est parfois illogique ou impatient, il pratique du sport ou non, il est sympathique ou froid. Peu importe au fond, le psy est un homme ou une femme comme les autres ! 

Tout au plus, peut-on remarquer que le psy est susceptible d'avoir dans sa vie personnelle quelques « trucs » qu'il tire de son expérience professionnelle. Mais au fond on pourra trouver ce genre de comportements chez n'importe quel chef d'équipe, employé des ressources humaines, avocat, etc. (cela fera d'ailleurs l'objet d'un article à venir). 


Vous voilà donc prévenus sur la nature intime du psy qui n'est pas foncièrement différente de la vôtre. 
Enfin, après on peut poser un interminable débat sur les différences et les points communs inter-individuels (chacun est différent et en même temps chacun ressemble à une partie du reste de la population), mais cela est une piste que nous pourrons explorer plus tard.

01/07/2012

C'est pas poli de tirer la langue


Pralognan-la-Vanoise, Savoie - juin 2008
La preuve qu'il n'y a pas que les enfants qui font des enfantillages !

Après avoir rédigé un article long et déprimant, je ne pouvais que publier un article court et amusant à voir.

09/05/2012

Un chef de l'Etat peut-il laisser le harcèlement sexuel avoir cours légal ?

Monsieur le Président, Monsieur le futur Président,


Le 4 mai dernier, le Conseil constitutionnel abrogeait l'article 222-33 du code pénal portant sur le harcèlement sexuel, laissant ainsi un vide juridique quant à ce sujet. 

A la surprise générale, le Conseil constitutionnel rendait sa décision durant la période qui était à la fois celle de la campagne présidentielle et celle de la vacance de l'Assemblée nationale. De fait, un nouveau texte de loi ne pouvait être soumis immédiatement au vote des parlementaires en même temps qu'une circulaire ministérielle ou un décret étaient très difficilement applicables. 
Actuellement, le harcèlement sexuel est donc légal. Une personne a le droit d'effectuer des pressions psychologiques incessantes, des menaces, des ordres, des contraintes sur une autre personne afin d'en obtenir des faveurs sexuelles, et ce aussi longtemps que désiré. 
Il existe même un flou législatif quant à d'éventuels actes qui ne sont pas forcément qualifiés d'agressions sexuelles mais plus comme faisant partie de la logique du harcèlement sexuel. Par exemple, une main aux fesses est-elle une agression sexuelle ? Un rapprochement intrusif mais sans contact, non consenti, constitue-t-il une tentative de viol ? 

Pour toutes ces raisons, il est capital d'agir de manière urgente afin d'empêcher les agissements éventuels d'hommes qui se sentiraient libérés de la contrainte légale et ainsi protéger d'éventuelles victimes. 
Evidemment, il existe de nombreuses urgences dans les mesures qui seraient à adopter, dans les lois qui seraient à voter. La question concernant le statut pénal du Président de la République est certes importante, mais elle peut attendre plusieurs années. La renégociation de tel ou tel traité peut être capitale, mais elle peut attendre plusieurs mois sans problème. Les mesures concernant l'âge de départ en retraite peuvent être utiles, mais leur application à trois semaines près n'impacte pas profondément la population. 
En revanche, des mesures destinées à lutter contre le harcèlement sexuel ne peuvent souffrir l'attente de la reprise parlementaire prévue dans plusieurs mois. C'est une question de jours, peut-être d'heures afin de limiter le désastre engendré par ce vide juridique. En agissant immédiatement, vous pourrez peut-être empêcher un homme d'agir. Vous pourrez empêcher une femme d'être prostrée par la peur de rencontrer tel homme. Vous pourrez mettre des mots sur la douleur d'une victime. Vous pourrez aider une femme à relever la tête. Vous pourrez aider une femme à sortir de chez elle sans crainte. Vous pourrez empêcher les blessures invisibles, mais pourtant si prégnantes, d'une innocente. 
En agissant immédiatement, vous œuvrez dans l'utilité d'une femme, dix, cent ou mille. En n'agissant pas dans les prochains jours, vous mettez en danger une femme innocente, dix, cent ou mille, ce qui ne peut pas être compatible avec la définition d'un chef d'Etat responsable. 

Comment faire ? La convocation d'une session parlementaire extraordinaire pourrait résoudre rapidement ce problème qui ne serait certainement pas l'objet de clivage partisan, et dont la discussion serait sûrement plus rapide que les négociations de lois comme celles portant sur le complexe système des retraites. 
La publication d'un décret ou d'une circulaire ministérielle pourrait également faire autorité dans l'attente de la reprise parlementaire. Peut-être même pourrez vous, Monsieur le Président, Monsieur le futur Président trouver d'autres moyens que j'ignore pour réprimer le harcèlement sexuel. 

Alors pour la paix de nombreuses personnes, pour le bien de nombreuses femmes, pour l'intérêt de l'ordre public, je vous prie, je vous supplie d'agir dès les prochains jours pour rétablir la protection des victimes, sans quoi, vous serez tenu par les Français comme co-responsables de l'inertie des services de l'Etat. 

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, Monsieur le futur Président, l'assurance de mon profond respect.


31/03/2012

Etre ou avoir ?

Il y a être et avoir. Ces deux verbes sont les plus utilisés de la langue française, et ce n'est pas seulement pour leur rôle d'auxiliaire de conjugaison, c'est aussi pour l'importance que nous accordons aux deux états qui vont avec : avoir quelque chose, être quelqu'un. 

Je ne vais pas m'étendre sur le double discours de la gauche qui consiste à diaboliser le verbe avoir, symbole de la société de consommation, en même temps qu'elle ne demande qu'une seule chose : attribuer plus d'argent à ceux qui en ont peu afin qu'ils puissent plus consommer. 

Peut-être l'interpréterez-vous justement comme l'un de ces symboles de la société de consommation, mais depuis quelques mois, je possède, j'ai, un nouvel appareil photo. Et ce nouvel avoir fait de moi un être légèrement différent d'avant. 


Thorame - janvier 2012
Plus rapide, plus polyvalent, plus permissif, plus sophistiqué, en bref : bien plus performant que mon précédent appareil, mon D90 va jusqu'à changer la représentation visuelle de mon environnement dans mon cerveau. Désormais, je ne vois plus d'oiseau. Je vois un sujet cadré dans mon objectif. Je sais à peu près la longueur de champ que je vais utiliser, je sais où je vais me positionner, j'imagine déjà le cliché. Auparavant, cet instant aurait été trop fugace, cet oiseau trop éloigné pour que j'en tire un cliché correct. Désormais, mon champ des possibles s'est ouvert à ces anciennes difficultés. D'autres vont progressivement s'ouvrir à moi au fil de ma maîtrise de l'appareil ou de mes futures acquisitions. 
A ce point-là, il est difficile de dire si mon appareil est seulement l'outil qui vient dans le prolongement de mon cerveau puisqu'il réorganise mes représentations. Il est difficile de dire si l'avoir ne vient pas compléter l'être ou le modifier. 



Nice - avril 2012
Mais cela ne s'arrête pas là. Dans quelques semaines, je partirai en vacances dans un lieu chargé d'histoire. Aux vieilles ruelles, aux monuments historiques et aux majestueux palais, viennent se greffer d'autres lieux auxquels je n'aurais peut-être pas prêté autant d'attention : réserves animalières, falaises, forêts méditerranéennes, etc. tout cela dans le but d'espérer rapporter quelque cliché plus surprenant ou plus esthétique que les autres. Mon appareil photo va donc jusqu'à modifier mon emploi du temps et les lieux où je me rends. Et à bien y réfléchir, j'avais déjà pensé à cette destination six mois auparavant, mais j'attendais d'acquérir cet appareil avant de m'y rendre... 
Et ça va encore plus loin ! Depuis que j'ai cet appareil, les gens me perçoivent différemment. Un inconnu vous a peut-être demandé un jour de le prendre en photo au pied d'un monument et vous avez sûrement accepté, écouté les consignes et pris quelques photos. Je suis passé à l'étape supérieure puisque maintenant, les gens ne me donnent même plus de consignes ou de conseils. Ils se contentent de dire que je sais sûrement comment faire avant de me laisser leur matériel à 400 € dans les mains. 


Vanina - Paris, mars 2012
Mes amis aussi me voient différemment. Je le vois très bien quand leurs yeux croisent le fond de mon objectif, j'en suis même surpris. Une expression de visage tout juste liminale, qui en devient même intime. L'espace d'un instant, il se produit une interaction qui n'était pourtant pas là quelques secondes auparavant. Mais pour ma part, c'est plus sur les expressions suivantes que je vais m'attarder. Les yeux qui ont vu mon appareil m'indiquent si je peux les prendre en photo ou pas. Existe-t-il cette connivence, cet accord pour figurer sur une photographie ? Existe-t-il ce regard de désapprobation qui bien souvent va m'arrêter ? Mais encore, est-ce que ce regard fuyant signifie l'envie de fuir l'objectif ou le photographe ou est-il l'expression d'un sentiment plus profond indécryptable sur le moment ? Et surtout, pourrai-je en tirer quelque chose d'esthétique ? 
Je prends mes amis plus souvent en photo qu'avant. Et paradoxalement, ils s'en plaignent plus, mais semblent plus impatients de voir le résultat final. 


Alors au final, ce nouvel appareil photo, c'est bien plus qu'un objet de consommation, c'est un loisir, un outil, un complément, une ressource. C'est un objet qui marque ma manière de voir mon environnement, qui m'y amène, parfois. Ce simple « avoir » ouvre la perspective à de nombreux autres verbes : faire, aller, créer, immortaliser, extraire, transmettre, trouver... Il en devient même un marqueur social puisque je suis passé de « celui qui prend des photos » à « photographe ».


P.S.: Si vous arrivez à identifier le rapace que j'ai pris en photo, je veux bien que vous m'indiquiez ce que c'est comme espèce.

21/02/2012

Comment voir la politique au travers des déjections canines sans pour autant faire de la politique de caniveau ?

[Politique-fiction] Nous sommes en 2015, la législature 2012-2017 en est à peu près à mi-parcours. Jean Ménard a une idée. Mais qui est Jean Ménard ?
Après avoir dirigé la ville de Châteauroux en tant que maire durant deux mandats, Jean Ménard a décidé de briguer le siège de député en 2012, laissant son poste de président de la communauté de communes à son premier adjoint. Fortement apprécié par ses administrés, Jean Ménard a été facilement élu et il est donc devenu le député-maire de Châteauroux.

Mais Jean Ménard, en tant que maire, est énervé. Malgré ses deux mandats, Jean Ménard n'a pas trouvé de solution définitive aux déjections canines qui viennent souiller les rues de sa ville. Ce n'est pas faute d'avoir tout tenté : en 2002, il a fait installer des distributeurs de sacs plastiques dans les rues de Châteauroux. En 2005, il a fait construire des « Parcs à toutous », où les chiens peuvent faire leurs besoins à l'envi. En 2008, il a quadruplé le nombre de distributeurs de sacs plastiques (désormais biodégradables) et doublé le nombre de « Parcs à toutous ». En 2011, il a acheté du nouveau matériel pour le nettoyage urbain. Hélas, mille fois hélas, les associations castelroussines continuent à se plaindre des saletés dues aux incivilités de certains habitants. La solution consisterait à engager 20 % de personnel en plus pour le nettoyage des rues, mais Jean Ménard tient à son équilibre budgétaire. En conséquence, il ne peut pas à la fois embaucher ces nouveaux agents en plus de construire la nouvelle crèche qui est prévue pour l'année prochaine. Nous sommes en 2015, et Jean Ménard, en tant que maire, est dans une impasse (qui n'a pas été nettoyée par les équipes sanitaires au reste).

C'est lors d'un séjour en Suisse que Jean Ménard trouve LE moyen pour éradiquer le problème des déjections canines : l'instauration d'une taxe pour les propriétaires de chiens, dont les recettes seraient dévolues aux services de nettoyage urbain. Avec une telle taxe, le prix du nettoyage dû aux chiens ne reposerait plus sur tous les administrés, mais uniquement sur les personnes potentiellement « pollueuses ».
Evidemment, le problème ne se pose pas avec les chats
Photo : Elise - décembre 2011
En tant que député, Jean Ménard élabore donc un projet de loi qu'il appelle « Contribution nettoyage urbain ». Afin que cette loi ait plus de chances d'être votée par l'Assemblée, Jean Ménard fait appel à ses collègues de l'hémicycle. Il trouve donc cinquante-neuf autres députés, à parité UMP-PS, qui abondent en son sens. Leur point commun : ils sont tous à la fois députés et maires. On trouve aussi bien le maire d'une grande ville comme Toulouse que celui d'une ville plus modeste comme Briançon. A priori, tout est bouclé : le montant (48 € par an et par chien), le mode de prélèvement (une case en plus dans le formulaire de la taxe d'habitation, comme pour la redevance télévisuelle) et même tous les détails techniques (en cas de non-paiement, en cas de cession de l'animal, etc.) Le texte a été fignolé en commission, Jean Ménard a fait son travail de lobbying auprès des députés et sénateurs qui se sont montrés intéressés par cette loi. Au final, le texte devrait facilement être adopté à l'Assemblée, puis au Sénat.

Mais les choses ne sont pas si simples dans ce microcosme qu'est l'hémicycle français. Et encore moins simples à l'extérieur. Le député communiste d'une petite circonscription rurale a vu passer le texte. Et lui, il n'aime pas ça. 48 € par an, ça veut dire 720 € en moyenne pour un chien au cours de sa vie. Pour cet élu, il paraît inimaginable de demander à tous les foyers français de gréver autant leur pouvoir d'achat, particulièrement en temps de crise. Cet élu fait remonter l'information au niveau du parti qui n'hésite pas à lâcher cette information dans les médias. La « Taxe toutou », comme le PC vient de la rebaptiser, fait donc la une de plusieurs journaux. Inique, atteignant le pouvoir d'achat, injuste, impopulaire, anti-sociale, tous les qualificatifs y passent.
Cette mesure devait être anecdotique en raison de son bas coût – l'argument « moins chère qu'un paquet de croquettes par mois » était la principale réponse mise en avant par Jean Ménard – mais elle devient désormais le fardeau du gouvernement et d'une partie de l'opposition. Dans le paysage médiatique, les exactions dans tel pays passent au second plan, tout comme la chute de la croissance française au deuxième trimestre de l'année en cours. Plus l'échéance du vote à l'Assemblée arrive, plus les tensions autour du texte se font ressentir.

D'un côté, la plupart des associations en faveur de la protection des animaux montent au créneau car elles craignent une vague d'abandons jamais vue jusqu'alors. Les associations de contribuables (tout comme les communistes et une partie de la gauche parlementaire) dénoncent une énième taxe qui viendra toucher le portefeuille des Français. Le FN dénonce l'intrusion inacceptable de l'Etat au sein des foyers français et défend la liberté de chacun à disposer d'un animal de compagnie ou pas. En échange, le parti propose le renforcement des équipes qui auraient pour but de verbaliser les incivilités. Une partie de la majorité s'oppose également à cette taxe car cela représenterait un danger pour le parti à l'approche d'élections intermédiaires. Les éleveurs de chiens craignent un effondrement de leur chiffre d'affaire. Les associations défendant les sans-abris craignent une marginalisation supplémentaire des SDF. Les syndicats d'agriculteurs et quelques syndicats professionnels rappellent que les chiens ne sont pas que des animaux de compagnie, mais parfois des outils de travail. A ce titre, ils demandent l’exonération pour tous ces chiens (chiens de berger, chiens de défense des troupeaux, chiens de protection...) puisqu'ils s'estiment déjà trop taxés par les charges qui pèsent sur le travail. Les chasseurs, les aveugles se plaignent également de la contribution pour des raisons qui sont sensiblement les mêmes.

De l'autre côté, on ne parle pas de « taxe », mais de « contribution citoyenne » et la communication en devient totalement différente. Le parti au pouvoir, bien que surpris de l'ampleur des réactions suscitées, soutient le texte, comme une partie de l'opposition. Le centre soutient cette démarche qui permettrait d'injecter environ 800 millions d'euros dans les budgets municipaux chaque année, mais ajoute qu' « il faudrait des aménagements pour ne pas toucher les populations les plus démunies » Les éleveurs félins se frottent les mains car ils savent que de nombreux Français se reconvertiront à la compagnie des chats, qui ne sont pas touchés par cette contribution. Les associations de quartiers et de villes comme les CIQ sont ravies que cette question quotidienne soit enfin traitée par l'Assemblée. Les syndicats, même s'ils ne le crient pas sur les toits, sont dans l'ensemble favorables à cette contribution dans la mesure où elle permettrait le recrutement de plusieurs milliers d'agents supplémentaires.

Enfin, les Verts comme d'habitude, sont totalement divisés sur la question et donc inaudibles. Les professionnels de l'animalerie ne se sentent pas impactés par cette loi car ils savent qu'ils vendront autant d'animaux, de nourriture ou d'accessoires, peu importe qu'ils soient félins, canins ou autre.


Nous sommes à deux semaines du vote et le pays est divisé, les arguments fusent de toute part, l'opposition crie au nuage de fumée pour faire oublier les mauvais chiffres de la croissance, on ressort les violons pour la personne âgée et seule qui devra se séparer de son unique compagnie, on invoque l'esprit de Mitterand et celui de De Gaulle, on ressort une tribune de 1998 où Jean Ménard disait s'opposer à toute sorte de nouvelle imposition sur les classes moyennes, certains membres du gouvernement se disent « hostiles à une mesure qui aurait pour but d'embaucher de nouveaux fonctionnaires alors que l'heure est aux économies. »

Au final, le texte est voté après avoir subi plusieurs amendements : des exemptions sont prévues pour certains chiens (les chiens d'aveugles, les chiens de bergers, les chiens de chasse, les chiens des services publics mais pas les chiens des sociétés de sécurité). Des exonérations sont accordées aux foyers non-imposables (25 € par an pour les non-imposables, exonération totale pour les bénéficiaires du RSA). L'idée d'instaurer la taxe en fonction du poids des chiens, un temps évoquée, a finalement été abandonnée, car trop compliquée à mettre en œuvre. Les exonérations sont compensées (mais seulement en partie) par une augmentation de la contribution à 50 € par an et par chien (60 € pour les foyers les plus aisés), ainsi que par une légère augmentation de la CSG. 17,5 % du coût supplémentaire qu'un nettoyage efficace coûterait ne sont pas directement pris en charge, l'Assemblée renvoyant aux maires la responsabilité de gérer comme bon leur semble cette part-là (ou dit autrement, l'Assemblée laisse aux maires le choix de ne pas plus nettoyer les rues ou d'augmenter leurs impôts locaux).
Le texte vient d'être voté et tout le monde est à moitié satisfait et à moitié insatisfait. Mais, esprit humain oblige, tout le monde se dit totalement insatisfait.


Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous pouvons constater que cette taxe imaginaire est plus que possible, du début à la fin de son récit. Elle part d'un bon sentiment, d'un principe de fonctionnement simple et termine sur un montage financier complexe et incomplet. Pire :alors que le texte de M. Ménard avait pour but de ne faire payer que les propriétaires de chiens, c'est au final tous les Français qui se retrouvent à payer une partie de cette contribution. Mais mon propos principal n'est pas là.

Que pensez-vous de cette loi ? Etes-vous pour ou contre cette contribution financière ? Etes-vous plutôt d'accord avec l'idée de départ ? Avec le texte fini ? Ou au contraire, est-ce que vous en avez marre de cette énième taxe ?
Mais surtout, avez-vous raison ?

Les gens vont se positionner et penser qu'ils ont raison et que ceux d'en face ont tort. Et bien non. Ni les uns ni les autres n'ont raison, et par conséquent ni les uns ni les autres n'ont tort.
La majorité des lois est à cette image : ni bonne, ni mauvaise, c'est plus une question de choix politiques, de choix de vie, de choix de société.
Les lois sur les 35 heures, sur l'avortement, sur la peine de mort (ou son abolition), sur l'immigration, sur ce que vous voulez, en un mot : les lois qui créent un clivage dans la population française ont toutes des conséquences qui ne sont pas objectivement jugeables.
Les 35 heures par exemple, elles ont globalement été une très bonne nouvelle pour les employés libérés de quatre heures de travail par semaine, mais elles ont coûté cher aux employeurs rendant leurs services ou produits moins attractifs. Et bizarrement, la gauche ne voit que les retombées positives de cette loi, tandis que la droite n'en voit que les côtés négatifs, alors même que les diverses conséquences sont indissociables les unes des autres. Par conséquent, la loi sur les 35 heures n'est ni bonne ni mauvaise, elle est un choix d'évolution de société.
Vous pouvez chercher, ce fonctionnement de pensée marche pour presque toutes les lois « clivantes ». Pouvez-vous m'affirmer que la loi TEPA (autrement appelée « paquet fiscal ») est une mauvaise loi au prétexte qu'elle coûte cher ? A l'inverse, pouvez-vous m'affirmer que cette loi est une bonne loi parce qu'elle permet aux contribuables d'être moins prélevés ?
Ça marche pour presque tout, je vous dis ! La démocratie est-elle la meilleure chose ? Oui, si l'on compare la France la Corée du Nord. Mais si l'on compare la façon de gérer la cinquième République par rapport à plusieurs décennies auparavant alors que Napoléon Bonaparte dirigeait la France, la démocratie ne peut-elle pas être considérée comme un frein au développement législatif ou un vecteur d'instabilité politique ? Peut-on affirmer que la Russie actuelle irait forcément mieux si elle était sous un régime démocratique ? La démocratie, ça serait par exemple de faire rentrer au parlement des hommes politiques qui encouragent les ratonnades, serait-ce une bonne chose ?

Alors au moment où les débats politiques s'invitent dans les conversations, peut-être devriez-vous garder cette humilité en tête, celle de ne pas penser que votre idée est bonne, mais simplement qu'elle est l'expression d'un choix politique que vous assumez. Et ça change tout.

11/01/2012

Faisons connaissance

Lac des sagnes - Thorame, Décembre 2011

L'une des utilités d'un blog, c'est de servir à se faire connaître, à s'auto-représenter, à dévoiler une partie de soi, allant parfois jusqu'à la totale impudeur. C'est ce que je vais faire aujourd'hui devant vous, lecteurs. Enfin... Je vais seulement m'auto-représenter, je ne vais pas aller jusqu'à la totale impudeur.



Je sais que certains des visiteurs de ce blog me connaissent peu, voire pas du tout. Alors pour ceux-là, je vais dévoiler quatre choses que chaque personne qui me connaît un tant soit peu sait à mon sujet :
  • je suis passionné par la photographie, la cuisine et la randonnée ;
  • je vis avec deux chats qu'on peut qualifier de bien éduqués ; 
  • je suis d'un naturel calme ; 
  • j'ai une tendance exceptionnelle à la fainéantise et à la procrastination (heureusement, ça ne s'applique pas trop au domaine professionnel). 


Et là, en exclusivité mondiale, je vais vous dévoiler quatre choses à mon sujet que personne ou presque ne connaissait avant : 
  • j'ai un odorat beaucoup plus développé que la moyenne ; 
  • j'ai du mal à prononcer spontanément « vous pouvez », « vous voulez » et « vous vous » en général ; 
  • j'arrive à toucher mon nez avec ma langue ; 
  • j'ai appris à nouer mes lacets tout seul.


Voilà. Vous en savez désormais un peu plus à mon endroit. Ce soir en vous endormant, vous vous direz que c'est génial parce que vous savez bien plus de choses sur moi que ce matin.
Au passage, si vous estimez que vous pouvez faire profiter des connaissances que vous avez de moi aux autres lecteurs du blog, n'hésitez pas à les partager ici.