14/12/2009

Moi, ce que je voudrais pour Noël...

Cher petit Papa Noël,

Je t'écris aujourd'hui parce que c'est bientôt Noël et que je ne t'ai pas encore dit ce que je voulais comme cadeaux. Tu verras, c'est très simple.
Ce qui me ferait vraiment plaisir, cher petit Papa Noël, ça serait un robot aspirateur. Tu sais, une espèce de gros disque sur roulettes qu'on met dans une pièce et qui passe l'aspirateur tout seul. Ça, c'est génial pour ceux qui n'aime pas faire le ménage comme moi.
Et puis aussi, il y a des robots qui leur ressemblent un peu mais qui, eux, passent la serpillière. Ça aussi, ça serait bien. Et puis une machine à laver qui rend le linge facile à repasser, parce que je n'aime pas repasser non plus.

En fait, cher petit Papa Noël, le plus simple je crois, ça serait que tu m'offres une Cambodgienne, ou une Ukrainienne ou quelque chose comme ça. Tu sais, une femme qui voudrait absolument pouvoir envoyer dix euros à sa famille chaque mois. Je serais prêt à bien la nourrir et même à la payer, rassure-toi.
Et puis, comment dire ? ... Il faudrait aussi que... qu'elle puisse... enfin... que je puisse... Tu vois ce que je veux dire ? Il faudrait que je puisse faire avec elle la même chose que tu fais toi avec tes elfes sur la peau de renne devant ta cheminée. Ça serait bénéfique à mon épanouissement personnel.


Ensuite, cher petit Papa Noël, j'aimerais recevoir plein de patients. Pas que je veuille qu'il y ait plus d'agressions, ou d'alcooliques ou de dépressifs, juste qu'ils soient plus nombreux à venir dans mon cabinet.
En fait, je t'explique : il y a quelques temps, le Président des Français, il avait dit qu'il déplacerait la fiscalité qui pèse sur le travail vers la pollution. Et puis il n'a encore rien fait et à mon avis ça ne sera pas fait d'ici la fin de l'année. Alors ce qui serait bien, cher petit Papa Noël, c'est qu'il y ait plus de gens qui aient la motivation pour venir se soigner chez moi, parce que depuis quelques semaines, je dois dire adieu à presque 50% de ce que mes patients versent...

Voilà, voilà. C'est tout ce dont j'ai vraiment besoin, je crois. Si tu peux faire quelque chose pour la paix au Proche-Orient, la faim dans le monde ou les enfants maltraités, c'est bien (mais occupe-toi d'abord de ce que je t'ai demandé en premier, s'il-te-plaît).

Merci d'avoir lu ma lettre en entier et ne te trompe pas de maison quand tu viendras me voir à Thorame. Si tu m'offres tout ça, tu pourras venir goûter mon génépi et faire manger tes rennes dans un champ autant qu'ils le veulent.
Je t'espérerai à mon réveil.

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Photo : Arbre de Noël – Porto (Portugal), décembre 2007


29/11/2009

29 novembre 1999, 11 heures 30

C'était il y a dix ans jour pour jour. Peu des visiteurs de ce blog sauront spontanément à quoi je fais référence. C'était le 29 novembre 1999. A priori un lundi comme les autres. Et pourtant après ce jour, plus rien ne fut comme avant pour moi.
Sans tourner plus longtemps autour du pot, mais sans détail impudique, ce jour fut celui de la mort de mon père, quelques jours après mes dix-sept ans.

Ce genre de choses arrive toujours au mauvais moment. Ce genre de deuil n'est jamais bienvenu. Le brouillard tombe et enveloppe ainsi l'horizon des pleurants, comme la tristesse envahit leur cœur. L'un comme l'autre semblent alors irrévocables, imbattables. Il est facile de rester dans ce brouillard, sans horizon, sans but, sans repère autre que ce voile blanc qui ne laisse apparaître que le sol gris aux pieds.

On ne peut jamais rien contre le brouillard. Le couteau le plus tranchant ne saurait y venir à bout, car on ne peut couper l'impalpable.
En revanche, il est possible d'en sortir. Continuer son chemin. Refuser ce linceul blanc qui inonde la vue et les sentiments. Même si l'on n'est pas sûr de ses pas, avancer est nécessaire car ce sera toujours mieux que rester là, immobile et aveugle au monde.

Seul dans le brouillard, j'ai avancé, un peu au hasard. Tout, pourvu que ce soit loin de cet océan blanc et des personnes qui me voulaient du mal. J'ai parfois combattu de toutes mes forces, sachant que je ne pouvais rien perdre. J'ai parfois souffert du froid et de la peur. J'ai parfois fui ou combattu les personnes que l'on ne devrait jamais combattre. Alors, sans autre alternative salvatrice, j'ai avancé. Seul.

Au fond, je n'aurais jamais vécu tout cela sans la mort de mon père. A quoi ressemblerait ma vie sans sa mort ? Je n'en ai aucune idée. Elle serait peut-être plus agréable ou peut-être moins. Je n'aurais pas effectué le même cursus universitaire. Je n'aurais sûrement pas eu les mêmes amis, les mêmes rencontres, les mêmes épreuves, les mêmes victoires et les mêmes défaites, en tout cas pour la plupart. Je n'aurais pas avancé sur les mêmes routes. Je ne serais pas le même.

Le chemin que j'ai parcouru depuis la mort de mon père m'a façonné comme le feu et le marteau façonnent le fer, pour le rendre à la fois dur et résistant. Je n'hésite pas à écarter toute modestie lorsque j'évoque cela, car je sais le prix que j'ai payé pour fabriquer mes qualités. Ce que j'aime chez moi, je le dois à la mort de mon père. En ce sens, sa mort est l'évènement le plus bienfaiteur que j'ai vécu. Mais peut-être aussi que ce que je n'aime pas chez moi, je le dois à ce feu et à ce marteau qui ont changé la disposition dans laquelle j'étais.

J'avais dit « sans détail impudique »... Peut-être suis-je allé trop loin, alors je vais m'arrêter là.

12/11/2009

As du volant ?

Bon alors voilà : hier, j'ai crevé un pneu avec ma voiture en plein virage. Ma voiture, c'est la rouge, mais ça ne se voit parce que c'était le pneu arrière droit.


Il s'avère que, après avoir maîtrisé comme un as la perte d'adhérence de ma voiture, j'ai fait un petit bilan de mes diverses expériences de conduite. Et il faut dire que malgré la récence relative de mon permis de conduire (je n'ai pas quarante ans de conduite derrière moi), j'ai déjà connu pas mal de situations "tendues", dirons nous :
- route inondée,
- route enneigée (avec et sans les chaînes),
- route verglacée,
- perte d'adhérence en plein virage (saleté de parallélisme),
- des c***ards qui essaient délibérément de provoquer un accident sur l'autoroute (presque à chaque fois avec Caroline).

Le tout sans trop de dégâts... Je me doute qu'il existe encore d'autres épreuves routières à expérimenter, d'où ma question : à part la conduite en état d'ébriété, que me manque-t-il à éprouver ?

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Photo : environ un million d'euros - Lédenon (30), juillet 2010

15/10/2009

Le plus beau chemin est celui que l'on choisit

Je vous l'accorde, mes derniers posts n'étaient pas les plus enthousiastes que j'ai écrits. A dire vrai, ils ne reflètent qu'une faible partie des derniers mois vécus. Contrairement à mes appréhensions saisonnières, cet été fut somptueux. Riche en évènements festifs, en découvertes, en retrouvailles, l'été 2009 fut proche d'un été parfait. Je serais bien tenté de vous faire la liste de toutes les évènements qui se sont déroulés, de toutes les personnes que je remercie... Mais du sommet de la Sainte-Victoire aux lieux de mon enfance, de la Camargue à Paris, cela serait trop long. Et peut-être un peu trop ressemblant aux rédactions de primaire...

Cet été peut se voir comme un long film, dont la scène finale ne doit s'apprécier qu'à la lumière des mois précédents. De tout ce que j'ai vécu cet été, que ce soit une banale sortie scolaire, une banale randonnée, un banal mariage, une banale rencontre, un banal séjour ici ou là, chacune de ces scènes a permis de mettre en relief le plan final. Plan final qui peut se résumer en un mot dont la médiocrité orthographique ne saurait être à la hauteur de la fresque vécue : un déménagement. Car au fond, c'est bien plus que cela. Ce déménagement est le résultat d'un processus et le symbole de sa fin, tout comme il est le début d'un autre processus, logiquement articulé avec le premier. Mmh, pas facile à comprendre du premier coup cette phrase, n'hésitez pas à la relire si vous ne l'avez pas saisie...

Concrètement, j'ai fait mes adieux à Aix-en-Provence et j'y ai laissé beaucoup de choses que je ne côtoierai plus, ou plus autant : mon travail, certains amis, mon ex, les contraintes que je n'avais pas choisies. Et surtout cette amertume que j'avais dans le cœur depuis près de neuf ans passés à Aix-en-Provence

Mais maintenant, je revis et re-vis à Thorame. J'ai entendu cet été un dicton qui dit qu'un homme ne pourra jamais voir une deuxième fois le même fleuve. Car le fleuve aura changé, et l'homme aussi.
C'est sur cette image que se clôture un tome de ma vie pendant qu'un autre se laisse esquisser. On y devine quelques éléments : la liberté retrouvée, le refuge, la joie. On y devine des interrogations qui n'auront leurs réponses que plus tard. En somme, on y devine un chemin, sans vraiment être sûr de tout ce qu'il y aura après le virage.

Toutefois, au milieu de toutes ces questions et de toutes ces certitudes, une chose est certaine : le plus beau chemin est celui que l'on choisit.



Pour avoir une meilleure résolution, vous pouvez télécharger le diaporama ici.

01/10/2009

Chamois dort...


Vu sur le pont de la fleur ce matin en allant travailler.

J'aurais bien mangé un civet de chamois (et non pas "J'aurais bien mangé un civet de chat, moi.")

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Photo : Pont de la Fleur - Thorame, 01/10/09

18/08/2009

Les histoires d'amour finissent mal en général

Je ne t'aime plus. Je ne savais pas bien par où commencer, mais cette phrase résume beaucoup de choses à elle seule.
Je t'avoue que je supporterais mal que l'on me dise cela sans autre explication et c'est pour cela que je pense que tu as le droit d'en savoir plus.


Comment notre histoire a-t-elle commencée ? C'était il y a environ trois ans, quand, ce jour de mars, mon histoire avec une autre que toi se terminait.
Je ne te connaissais pas encore, mais dès cette séparation, je t'imaginais déjà. Je pensais aux courbes de ton corps, à la couleur de ta peau... J'imaginais ton nom, je devinais ton caractère, tes qualités ou tes défauts qui feraient ton charme. Je te rêvais belle, insouciante, prête à aller au bout du monde avec moi. Je nous voyais ensemble pour la vie, comme on peut voir certaines personnes dans la rue, encore amoureuses après des décennies de vie commune. Je te voulais combattive, infaillible, élégante partout où tu irais, charmeuse et à la hauteur de nombreux désirs. Je voulais que les plus belles du monde soient jalouses de toi. Je voulais que les hommes se retournent dans la rue pour t'admirer en s'étonnant que je puisse être, moi, en si bonne compagnie.

Je t'ai cherchée ardemment. Pas très longtemps, certes, mais ardemment. Au détour de chaque rue, j'admirais tes semblables en te cherchant, toi.
Et puis je t'ai trouvée. Tu étais là, comme une évidence qui ne s'assumait pas. J'ai hésité, mais je t'ai aimé. Tu as hésité, mais tu m'as aimé.

Nous avons alors vécu beaucoup de choses ensemble. Comme je l'ai toujours espéré, tu m'as emporté loin, tu m'as permis de mieux vivre et d'avancer. Le chemin était plus agréable avec toi que seul. J'ai vécu des moments d'un bonheur intense avec toi et parfois, grâce à toi.

Mais hélas, toute chose a une fin et je crois que nous y sommes arrivés. Insidieusement, ta compagnie m'est devenue de moins en moins heureuse. Tu n'étais plus aussi passionnée, plus aussi aventureuse, plus aussi dévouée, peut-être plus assez forte. Au final, peut-être plus amoureuse. La manière dont je voulais être avec toi ne te plaisait plus et tu ne me le rendais que trop. Tu refusais de faire ce que je pouvais raisonnablement attendre de toi, peut-être par peur de continuer avec quelqu'un, que ce fut moi ou un autre.
Tu n'as pas su trouver en toi les ressources qui auraient pu te permettre d'évoluer, pire je crois que tu as régressé. Au fond, je crois que tu n'as jamais voulu avancer seule et que tu n'as jamais voulu t'épanouir ni apprendre à vivre sans moi. Et donc que tu n'as pas pu t'épanouir tout court.

Si j'avais été plus fort, j'aurais continué, en courbant le dos. En espérant que tu saches changer. En attendant une maturité de ta part qui aurait pu t'ouvrir les yeux sur la réalité de ce que je faisais pour toi.
Je ne t'ai jamais malmené, j'ai exploré avec toi tes propres ressources, en évitant de te mettre en danger. J'ai commis des erreurs, mais je ne t'ai jamais manqué de respect. Je t'ai parfois fait mal, mais jamais sans le vouloir. Même si parfois j'ai failli, j'ai toujours pris soin de toi et je t'ai toujours écouté. J'ai voulu te rendre meilleure, mais sans y arriver, je crois.

Et puis, peu à peu, tu n'as plus voulu faire d'effort, alors, lâche, j'ai abandonné face au défi que tu m'imposais. Tu as choisi de prendre cette pente doucement descendante qui te mènera vers une vie que tu crois sûre, mais qui te mènera inexorablement vers une vie morne et triste. Tu verras peu à peu s'altérer ce que j'ai fait pour toi, puis ce que tu es, à moins que tu ne trouves quelqu'un d'autre qui soit plus patient que moi. Ce pourrait être aussi bien un homme qu'une femme, d'ailleurs.

Si j'ai gagné quelque chose avec toi dans un premier temps, j'ai fini par perdre. Un peu de confiance en moi, en mes qualités, en mes capacités. En définitive un peu de mes habiletés naturelles, un peu de moi et beaucoup trop de liberté. Je dois m'éloigner de toi pour reconstruire tout cela.
Mésententes, échecs, dérapages, je croyais que cela venait d'un manque d'harmonie entre nous deux, mais je sais aujourd'hui que tu en étais plus responsable que moi et ça aussi, je crois que tu ne peux pas le voir aujourd'hui.

Alors de déceptions en chagrins, de colères en désœuvrements, d'impuissances en rejet, d'abandons en douleurs, de Charybde en Scylla, je me suis embarqué avec celle que tu appelles « la Boche. » C'était peut-être une autre erreur de ma part, mais tu aurais dû me pardonner, plutôt que vouloir me nuire. C'est en y réfléchissant que j'ai décidé de te quitter : ta réaction était démesurée, puérile, inadaptée.
Je n'en suis pas désolé, je dois te quitter, je veux reprendre ce que j'ai perdu avec toi, même si j'espère garder dans mon cœur ce que tu m'as permis de gagner.

Maintenant, essayons de vivre en bons termes, sans rancune, sans vouloir faire de mal à l'autre, parce qu'il n'y aurait aucun intérêt pour toi comme pour moi.
Va, je ne te hais point. Je veux une relation sereine entre nous deux avant de t'amener – la larme à l'œil, mais soulagé – à la casse où tu finiras en pièces détachées pour les autres amoureux de Seat, Audi et Volkswagen.
De mon côté, j'irai à la recherche d'une autre voiture, en espérant trouver la perle rare...


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Photo : Moi, au volant de « la Boche » – Lédenon, juillet 2009.

04/07/2009

Émo(i)tions

Bonjour,

Je suis le cortex pré-frontal de Virgile et je me situe à la frontière avec son lobe temporal. Lorsque Virgile ressent une émotion, en fait, c'est moi qui m'en occupe. Je fais la synthèse de tous les stimuli environnant et je crée ainsi une émotion que Virgile aura en charge de traiter par la suite.
Je me contente de faire ça. Les réactions face aux émotions, ce n'est pas moi qui m'en occupe. Un peu comme avec le cortex occipital. Lui, il se contente de dire à Virgile « Il y a une lumière rouge sur un poteau. » Le reste (par exemple interpréter cette lumière comme un feu de signalisation, puis appuyer sur la pédale du milieu pour freiner) c'est Virgile qui s'en occupe.

Globalement, je m'entends bien avec le reste du cerveau de Virgile. Je communique très facilement avec l'hippocampe de Virgile, c'est lui qui gère sa mémoire. C'est une longue histoire entre lui et moi. Lorsque l'on travaille ensemble, ça permet à Virgile de se souvenir ce qu'il a ressenti ce jour, quand il avait 10-11 ans, et qu'il s'était fait punir par son père alors que c'était sa sœur qui avait fait une bêtise. Il peut aussi se souvenir des sentiments qu'il avait eu le jour où son ami ne lui avait pas fait confiance. Et aussi, il y a le jour où cette fille que j'aimais bien lui avait pris la main. Mais comme ça, sans nécessité immédiate. Ensemble, on peut permettre à Virgile de se souvenir ce qu'il avait ressenti les mois qui suivirent. Et puis aussi les mois qui suivirent ces mois qui suivirent... J'avais fabriqué beaucoup d'émotions à ces périodes-là... Je ne suis pas sûr que vous me compreniez bien. En fait, c'est parce que j'ai du mal à communiquer avec les aires du cerveau qui s'occupent du langage.

Ah, ça c'est quelque chose... Autant, mes aires « miroir » (celles qui s'activent lorsque Virgile est en empathie avec l'émotion de quelqu'un d'autre) arrivent assez bien à communiquer avec les aires du langage. Autant, moi... j'ai vraiment du mal. Comment dire ? J'arrive très bien à communiquer à Virgile ce que je ressens, mais il reste difficile de travailler avec les aires du langage afin de mettre des mots dessus. Peut-être que ces aires ne sont pas assez développées pour être à mon niveau. On ne peut en vouloir à personne : une fois, une aire qui avait suivi un cours de psycho différentielle m'a expliqué que les hommes étaient moins doués que les femmes pour le langage, mais j'ai oublié de quelle aire il s'agissait.

De ce que je peux observer, je trouve que les réactions de Virgile sont plutôt appropriées lorsque je lui transmet une émotion. Parfois les stimuli qui me parviennent sont très intenses, je crée donc une émotion très intense. Là où beaucoup agiraient en mettant de côté leur intelligence, Virgile arrive à utiliser la sienne normalement. Il a parfois des réactions physiques paradoxales ou révélatrices, mais il applique ses comportements dans le même cadre que si je ne lui transmettais rien.

En revanche, je suis parfois la seule partie de son cerveau à lui communiquer des choses. Et là, ça lui pose des problèmes.
Tenez, quand il sortait avec cette fille que j'aimais bien, et bien j'étais le seul à lui transmettre des choses. Alors il était là, sur son petit nuage. Je ne lui envoyais que bonheur, joie, bien-être, fierté... Rien pour me contrarier. Mais il n'en avait tellement pas l'habitude qu'il était perdu : il ne savait plus quoi faire, il avait des problèmes pour dormir, etc.

Et puis il y a d'autres périodes où les stimuli sont différents. Là, je ne fais que les transformer en tristesse, angoisse et toutes ces émotions que je ne peux exprimer. Je n'y vais pas de main morte dans ces cas-là. Quand il rate la soutenance de son mémoire, ou quand il a un échec sentimental, ou quand il a des problèmes relationnels avec des gens de son entourage, ou ces fois où il a une difficulté à son boulot, je fais toujours mon travail. Je lui envoie plein d'émotions, bien intenses. C'est à ça que je sers. Il en arrive parfois à croire qu'il va échouer dans sa grande quête personnelle.

Mais il est rusé, Virgile. Des fois, il en a marre de n'entendre que moi, alors il essaie de se créer de nouveaux stimuli : les jeux vidéos, la voiture, la photo, le travail, etc. J'ai été obligé de rajouter des couches d'émotions à chaque deuil qu'il a traversé. Il avait tendance à se détourner de ce que je lui donnais à traiter. Mais, je vous rassure, nous nous sommes presque toujours débrouillés pour construire quelque chose d'utile avec ce que je lui donnais.
Si, je vous assure. Quand son père est mort, ses notes au lycée ont augmenté. Quand il était seul en cité U, il sublimait mes émotions dans l'écriture. Et puis il faut dire ce qui est : il a pris des photos somptueuses pour essayer de m'éviter. Quand je le décourage dans ses desseins, il se débrouille toujours pour se dépasser et parfois faire mieux que prévu initialement.

Je n'existe pour ainsi dire que pour lui et je représente une partie importante de sa personne. Mais comme chaque zone de son cerveau, je cherche constamment à dominer, à étendre mon influence sur lui. Un peu comme ces hommes politiques qui font tout pour occuper le plus d'espace possible au sein de leurs milieux d'influence.
Pour filer la métaphore, repensez à des hommes tels que Jacques Chirac, François Mitterand ou Nicolas Sarkozy. Ce sont des hommes qui, à un moment donné, furent mis de côté avant de pouvoir conquérir le pouvoir suprême.
Je suis un peu comme ça. En tout cas, j'en ai la conviction. Un jour ou l'autre, les circonstances feront peut-être que je pourrai m'installer au pouvoir et rendre mes émotions prééminentes.
Ce jour n'est peut-être pas si éloigné..

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Photo : lac de Castillon (encore !) - Août 2003

21/06/2009

Les supplices de l'été

J'aime beaucoup l'hiver : la neige, les clodos qui meurent ( « Il a fait moins 10 à Lyon et moins 2 à Marseille » ), le froid, le fait de me la péter en me baladant en T-shirt sous la neige, les vingt centimètres de couette réglementaires pour la nuit, les plats savoyards composés presque exclusivement de fromage, les routes bloquées.

En revanche, mes sentiments envers l'été sont plus mitigés : c'est les vacances, mais je dois difficilement préparer la rentrée. Je dois supporter les discours racistes de mes grands-parents, mais c'est la seule période où je vois certains amis. Je ne vois plus les élèves du lycée, mais certains me manquent, en dehors de toute considération sexuelle. On crève de chaud, mais les vieux crèvent tout court.
Et puis l'été, c'est le seul moment où je suis susceptible de voir quelque Italienne callipyge ou quelque étrangère septentrionale désarmante. Mais l'été c'est aussi le moment où je suis privé de M6, W9, etc. parce qu'on ne capte que trois chaînes de télé à Thorame. Et ça, c'est vraiment horrible.

Il reste que mon plus gros problème, concernant l'été, c'est les filles. Moi qui adore voir une fille en jupe, je suis servi, surtout qu'en cette période, les jupes sont facilement assorties d'un décolleté assez saisissant.
Ah, toutes ces paires de seins qu'on aimerait toucher, étreindre, mordre ! (Desproges, si tu nous regardes...) Toutes ces jupes, sous lesquelles on voudrait laisser nos yeux juste pour voir ce qu'il y a ou ce qu'il n'y a pas dessous. Toutes ces filles, plus moches les unes que les autres, mais qui, grâce à quelques centimètres carrés de tissu bien choisis, deviennent subitement attirantes. Toutes ces autres filles, déjà parfaites, qui nous font lever la tête au ciel.

Et toi, oui, toi, petite ingénue méridionale, toi qui pose ton père en odeur de sainteté, j'ai vraiment une mauvaise nouvelle pour toi. Quand ton père croise une fille dans la rue habillée avec seulement 38 cm² de tissu, il pense exactement à la même chose que moi. Et quand une de tes copines sort de ta piscine avec un bikini ravageur, les cheveux mouillés et le regard d'une actrice porno, sache qu'il s'imagine en une fraction de seconde des millions de choses qu'il n'oserait jamais avouer à ta mère et que d'ailleurs il ne s'avoue que lorsque, le soir même ou les cinq minutes suivantes, selon l'intensité du regard, il conçoit ton futur petit frère en un temps record vu que pour lui, c'est ta copine qui a déjà effectué une grande partie du travail.

Mais revenons à mon problème. Toutes ces filles que je ne peux jamais séduire, pour des raisons qui me sont tout à fait opaques, que puis-je en faire ? Me contenter de mater la naissance de leur soutien-gorge en espérant fébrilement apercevoir ce qui se cache derrière ? Guetter avec impatience ce vent fripon qui ne s'attaque habituellement qu'aux porteurs de chapeaux, mais qui, avec je ne sais quelle grâce divine me permettrait de répondre à la question que des générations entières d'hommes et de lesbiennes se posent : « Cette fille porte-t-elle une culotte ou pas ? »

Au reste, comment un homme peut-il se contrôler quand passe sous ses yeux une fille tellement envoûtante qu'elle lui ferait presque oublier qu'elle est sur terre pour faire la vaisselle ? Que doit faire un homme face à une fille habillée avec une jupe écossaise suffisamment courte pour ranimer tous ses fantasmes ataviques ?
Je tiens au passage à adresser toutes mes excuses auprès du Prince Charles : la ruelle était sombre, j'avais un peu bu, il était en kilt...

Concluons donc. Vu que pour des raisons qui me sont étrangères, il m'apparaît impossible de séduire sans exercer de contrainte sur ces créatures qui passent de mes nuits à mes journées, je crois que je n'ai qu'une seule solution : attendre l'hiver prochain.
En espérant au moins une nouvelle vague de décès chez les vieux pour la fin de cet été, histoire de me consoler un peu.

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Photo : lac de Castillon - août 2003

07/06/2009

Naïla ou la légende de la larme de vie, un titre attirant pour un livre attirant

Beaucoup d'entre nous, s'ils y regardent un peu, ont parmi leurs amis au moins un ami atypique qui a un look atypique, un parcours de vie atypique, un comportement atypique, des réflexions atypiques, un talent atypique, un humour atypique ou un métier atypique. Beaucoup d'entre vous diront qu'il s'agit de moi, cet ami atypique, mais ce n'est pas cela que je veux évoquer aujourd'hui.
Cette « singularité » que l'on perçoit chez l'autre n'a toutefois pas franchement gêné nos relations avec cet ami, puisque atypique, il l'était à notre rencontre, et ami il l'est devenu.
Certains sont rebutés devant cette originalité qu'ils découvrent au hasard des conversations d'une soirée ou dans leurs relations professionnelles. Ceux-là vont parfois jusqu'à rejeter cet « étranger » qu'ils n'apprécient pas instinctivement. Mais ce n'est pas non plus cela que je veux évoquer.
« Mais alors de quoi tu veux nous parler, connard ? » Je vais y venir. Et je vais vous demander d'être un peu plus poli.


Makayel – je l'appelle comme ça, mais son prénom est Michaël – est un de ces amis. Son look est assez passe-partout si l'on oublie la longueur atypique de ses cheveux raides (qui sont, selon moi, anti-érogènes). Sa maison semi-troglodyte est atypique. Son parcours universitaire est franchement inhabituel. La décoration de sa chambre est atypique. Le mobilier de sa chambre d'ami est atypique (parmi vous, qui a déjà eu une photocopieuse en panne en guise de porte-vêtements chez soi ?).
Makayel ne m'a jamais déçu. En cela, c'est un ami atypique. Il est doué de toutes les qualités humaines que chacun recherche chez ses amis. En cela aussi, il est unique.

Makayel a écrit un livre, il y a plusieurs années, alors qu'il n'avait pas encore 25 ans.
Comme il est sorti major de sa promo à la fac d'éco, on peut se dire qu'il a écrit un livre sur l'économie, mais ce n'est pas ça. Comme il a bifurqué sur un parcours qui le destine à devenir pasteur protestant, on peut se dire qu'il a écrit un livre sur la foi, sur Dieu ou sur l'histoire de la religion, mais ce n'est toujours pas ça.
Non, Makayel a écrit un livre pour enfants, dont la lecture commencerait à sept ans, à peu de choses près. Ce serait l'univers du Seigneur des Anneaux pour le public de Harry Potter. Ce livre nous conte l'histoire d'une petite fille, Naïla, qui découvre le jour de ses neuf ans que sa mère est une elfe noire, ce qui explique, d'une part, ses oreilles pointues et, d'autre part, son grain de peau mat qu'elle est la seule à avoir dans son village. Naïla partira donc à la recherche de sa mère, qu'elle n'a jamais vue, tandis que son père tentera de rattraper sa fille.
Voilà tout un programme avec à la clé des vilains très vilains, des amitiés inattendues et des rencontres parfois épiques, avec nains, elfes, brigands, comptosaures, etc.


Naïla ou la légende de la larme de vie est un livre amusant sans autre intention que celle de faire passer un bon moment, ou même plusieurs, étant donné le volume du livre. Les situations loufoques côtoient les personnages atypiques et instillent une ambiance emplie de joie et d'humour. L'univers décrit est à la fois simple et attrayant, il arrive même de s'imaginer au sein de ces lieux de vie et d'aborder les fées et nains qui les peuplent.
Un défaut toutefois : les mots, le phrasé, pas assez recherchés, ne sont pas à la hauteur de la fresque dépeinte et empêchent le livre d'être un récit grandiose qui émerveillerait carrément le lecteur. Mais bon... Moi j'dis ça, j'ai pas sept ans, non plus...

Si jamais vous êtes intéressé, vous pouvez envoyer un (Maka)mail à l'auteur qui se fera une joie de vous donner les détails supplémentaires dont vous auriez besoin.

16/05/2009

Le scandale des élections européennes

Ah ! Les élections européennes... Ça faisait longtemps que l'on n'avait plus eu d'élections aussi passionnantes en France...
On peut voir depuis quelques semaines, ici ou là, certains journaux qui évoquent le sujet. Il arrive même de voir certaines personnalités politiques en parler.

On a tous vu Rachida Dati faire de l'humour à ce sujet. On a tous entendu Vincent Peillon se plaindre de partir dans le Sud pour faire campagne. Voilà à quoi s'est résumée la campagne jusqu'à aujourd'hui.
Qui peut me dire, là comme ça, à brûle-pour-point, quel sera le jour du vote ? OK, je vous l'accorde, cette question est assez facile.
Qui peut alors me donner un projet de campagne d'un seul parti national ? Et les projets de deux partis ? Qui sont les sept à treize candidats que nous devrons élire lors des prochaines élections ? Si l'on s'intéresse un peu à la chose, on peut connaître certaines têtes de liste... Mais après ?

Quel est le projet de l'UMP ? Avec quelles personnes pour le porter ?
J'ai entendu aujourd'hui à la radio, Dominique Baudis, tête de liste de l'UMP dans le Sud-Ouest. Il a plutôt bien parlé : « C'est grâce à l'Europe qu'on a pu faire Airbus. » « L'Europe permet à la France de relever les défis climatiques et financiers. » etc. D'accord pour voter aux Européennes, mais quel sont les arguments pour voter UMP et pas autre chose ? Dans ma région, la tête de liste de l'UMP, c'est Françoise Grossetête, elle vient de Saint-Etienne et elle veut renouveler son mandat européen. Mais qui y a-t-il en second ? En troisième ? Je n'ai vu cette femme qu'une fois, lors des précédentes européennes, mais qu'a-t-elle fait depuis ? Quelles idées a-t-elle défendu ? Comment fait-elle le lien entre l'Union Européenne et moi, petit électeur ?
Note globale de l'UMP : 1/20 (Baudis a parlé d'Europe et il a donné des pistes).

Quel est le projet du FN ? Avec qui ?
Commençons par le plus simple : avec qui ? Dans le Sud-Est, comme tous les deux-trois ans, c'est Jean-Marie qui vient nous voir. Il habite en région parisienne, mais il vient toujours dans le coin parce que c'est là qu'il fait ses meilleurs scores. Si l'on connaît un tant soit peu le FN local, on devine qui accompagnera Jean-Marie sur sa liste. On devine aussi que Marine se présentera, mais on ne sait pas où. Une fois, c'est en région parisienne, une fois c'est dans le Nord. On se doute aussi que Bruno Gollnisch aura une belle place et après... c'est tout ce qu'on sait.
Plus compliqué, maintenant : quel est le projet du FN ? J'ai vu Jean-Marie ce matin à la télé. Le journaliste lui a demandé ce qu'il pensait de telle agression raciste et Jean-Marie a répondu. Le journaliste a demandé à Jean-Marie ce qu'il pensait de la liste de Dieudonné et Jean-Marie a répondu. Huit minutes, qu'il est resté, JM. Il a parlé de son temps de parole, de l'organisation d'un meeting, de l'UMP, du PS, pas du livre de Bayrou. Il a fait des critiques sur l'Europe, l'Euro et c'est tout. En huit minutes d'écoute attentive, je n'ai pas vu l'ombre d'une idée, d'un projet, ni même d'un souhait.
Note globale du FN : 0/20

Et le PS dans tout ça ?
On l'a un peu vu : les tractations pour désigner les têtes de liste, les coups de gueule contre le gouvernement par-ci, par-là. J'ai entendu que le PS avait réuni les chefs de tous les partis socialistes européens il y a quelques temps à Toulouse. Réunion au cours de laquelle ils ont entériné le programme du parti socialiste européen que le PS français va défendre. Un jour. Parce que pour l'instant, le seul argument que j'ai entendu c'est que le scrutin européen devait servir de vote sanction au gouvernement. Avec qui, au fait ? Je sais que la tête de liste du Sud-Est est Vincent Peillon, mais qui sont les suivants ? Et qui sont les prétendants des autres régions ?
Note globale du PS : 0/20 (j'ai failli attribuer 2/20 parce que j'ai entendu un argument de campagne, mais il est hors-sujet).

Et le MPF ? Euh... qui ça ?
Ah, oui le type qui se prends une claque quatre fois sur cinq. De Villiers, c'est ça...
J'ai récemment lu une interview de lui avec des questions, des réponses, des idées, des objectifs. Mais le tout manquait un peu de précision. De Villiers montrait surtout sa vision de l'Europe. Pour cela, le MPF mérite la meilleure note de l'épreuve, c'est à dire : 8/20 (ben, oui, il sait que son combat ne sert pas à grand-chose).

Enfin, le Modem, le Nouveau centre, le NPA, le PC, les Verts et LO sont hors-compétition, tout simplement parce que je n'ai vu aucune personne de ces partis parler d'Europe ces derniers temps.

Ce n'est pas mon discours habituel, mais j'adresse un zéro collectif aux dirigeants politiques français et aux médias qui se moquent des élections, de l'Europe et de nous !

23/04/2009

L'abbaye de Silvacane, n'y allez pas, c'est un piège !

J'aurais aussi bien pu dire « N'y allez pas, ça vaut pas le coup ! » ou « N'y allez pas, c'est de la merde ! » ou « N'y allez pas, c'est une arnaque ! » Chacun de ces titres aurait aussi bien résumé la misère de ce monument qui n'a de national que le logo.

Où donc est cette abbaye ?
Cette abbaye se trouve à la Roque d'Anthéron, une petite ville très pittoresque qui flirte avec le Lubéron tout proche et qui exhibe avec un orgueil justifié ses petites ruelles typiques, ses collines, ses forêts de pins bordées de thym et romarin, son festival estival, son Soleil envié par tant de Belges et d'Anglais et, bien sûr, ses méditerranéennes dont on attendrait les mêmes libertés sexuelles que les documentaires spécialisés évoquent certains samedis soir sur Canal +.

Où qu'il est le problème, alors ?
Il faudrait dire « les » problèmes...
A l'arrivée, un espace sablé sert de parking. Très bien, sauf que de ci de là, quelques mauvaises affiches (des feuilles en papier agrafées aux arbres) indiquent que c'est un parking surveillé qui coûte 2 €. Et moi, ça me plaît pas. Qu'à cela ne tienne, nous retournons cent mètres avant pour garer la voiture à un endroit plus à mon goût (à l'ombre et gratuit).
En nous approchant du site monastique, un type dans une vieille R19 toute pourrie nous demande si nous sommes garés sur le parking payant. Bien sûr que non, mais je félicite au passage la surveillance du parking.
Nous devinons le chemin que des générations entières de moines ont emprunté, à côté des oliviers et des murs en pierres sèches. Beau cadre, il faut dire.

Passage à la caisse, un tarif réduit pour les deux étudiants en histoire de l'art que nous sommes. Réduit ? Je me suis inscrit à la fac en histoire de l'art pour avoir des places gratuites et on me propose juste des places réduites. « C'est un scandale ! » crie-je assez fort en moi-même.
Bon, tant pis. A priori, le monument vaut sûrement les 4,5 € que nous dépensons chacun (6,5 € pour les non-jeunes, non-chômeurs, non-vieux, non-étudiants). La caissière nous glisse le prospectus de l'abbaye et nous franchissons le seuil du domaine.

Le cadre paraît alors moins féérique : une vue embarrassante sur la terrasse du gardien de l'abbaye et une vue directe sur des serres mal cachées par quelques arbres. Pas grave. Le site, lui, est beau. Un petit canal à déclinaison lente vient agrémenter l'accès à l'abbaye et quelques fondations lui font face. Tiens, c'est quoi ces fondations ? Tant pis, on saura pas...

Nous pénétrons alors dans cette antre rafraîchissant le printemps torride de la Provence. Ô, c'est beau, c'est grand, peut-être même grandiose. L'acoustique produite par nos paroles explique pourquoi cette nef accueille un festival de piano chaque année. La nef étant vide, je chante un peu pour profiter des jeux de la pierre. Tiens... la nef est vide, ça devrait nous mettre la puce à l'oreille.
Nous sommes alors trop occupés à essayer de deviner ce qu'est ce grand trou sur le côté droit. Nous continuons alors la visite à travers les pièces dont nous devons deviner l'utilité : celle-ci doit être le réfectoire, celle-là je sais pas, celle-là non plus.

Nous décidons d'ouvrir le dépliant pour en savoir un peu plus. Mais c'est peine perdue : les détails à la fois superflus et évidents y surclassent les explications.
Exemple : « La salle est composée d'un seule nef à quatre voûtées d'ogives. » Au cas où l'on ne sache pas compter. Et d'un autre côté : « C'est vers 1144 que des moines venus de Morimond (où est-ce ?) s'installent au bord de la Durance (pourquoi en partir ? pourquoi arriver là ?), dans un site désolé et marécageux [...] »
Sans oublier les charabias architecturaux inutiles et difficilement compréhensibles : « Les galeries sont couvertes d'une voûte en berceau en plein cintre sur doubleaux, et aux angles d'une voûte d'ogive, sauf au nord-est. »


En d'autres termes, les 9 € dépensés ne l'ont été que pour voir des jolies pierres, mais à l'état brut : pas (ou peu) d'explication pour les ignorants tels que moi, pas d'intelligence dans la mise en lumière du monument, presque pas de contextualisation historique, économique ou religieuse pour les époques que traversa l'abbaye. Le livre d'or compile d'ailleurs toutes les impressions des visiteurs, toutes très semblables aux miennes. Toutes ? Non. Les touristes polonais semblent apprécier la visite.
De là à dire qu'il faut être alcoolo pour aimer cette visite...

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Photo : Allos - août 2005

12/03/2009

A mort les jaunes !!

Bon alors, nous sommes d'accord, les noirs et les Arabes ne viennent en France que pour toucher les allocs et épouser nos femmes, les Juifs essaient de diriger la France avec toutes les relations qu'ils ont grâce à l'argent qu'ils ont eu de manière pas très honnête. Quoi d'autre ? Les Bulgares, les Hongrois, tous ces gens-là, ils viennent pour fouiller nos poubelles et voler les poules que nous n'avons plus à cause de ces salauds d'Italiens qui les ont déjà toutes prises pour les élever dans des cages en Sardaigne et ainsi se faire plein d'argent sur le dos des travailleurs français.

La majorité des communautés représentées en France sont soumises à des préjugés et des actes négatifs plus ou moins virulents, mais en même temps ces élations sont contre-balancées par des actions de soutien ou de contestation qui viennent de ces communautés ou de l'extérieur (par le terme « communauté », je veux dire, un ensemble de personnes partageant des points communs et non un ensemble de personnes visant un but collectif particulier ou ayant une organisation particulière).
C'est en partie grâce aux préjugés évoqués au début de l'article que le Front National obtient des scores à deux chiffres depuis trente ans, ce qui constitue, partiellement, un acte contre les Maghrébins, les noirs et même les Européens.
C'est en partie pour lutter contre ces préjugés que de nombreux partis politiques érigent en vérité indiscutable l'intégration, la tolérance, l'apport mutuel des cultures, etc. Ces pensées sont suivies d'actes : depuis plusieurs décennies, les Espagnols, les Italiens et leurs descendants sont presque totalement acceptés par la population française. Ce n'est plus un problème, contrairement à l'après-guerre, que d'embaucher des Alonso, Rodriguez, Ferrari, Santini, etc. De même, pour la première fois dans l'histoire de France, l'on peut voir, non pas un, mais plusieurs ministres « de couleur. »

Dans tous les cas, les exclus de ces mouvements hostiles ou favorables, ce sont les Asiatiques, alors qu'ils sont plus d'un million en France. Connaissez-vous beaucoup de blagues racistes sur les Japonais ? Avez-vous un seul cliché négatif sur les Chinois en France ? Et les Indiens ? J'ai des connaissances qui passent leur journée à cracher le fiel qu'ils ont sur les noirs, mais pas un mot sur les Cambodgiens ou les Indonésiens. A l'inverse, pouvez-vous citer le nom d'un seul Asiatique français (ou même Européen) qui soit connu ? Un chanteur, un sportif, un homme politique, une actrice ou un homme d'affaires asiatique ? Une Vietnamienne qui fasse fantasmer tous les Français ? On voit les partis politiques faire monter des noirs ou des Arabes sur les listes électorales pour faire bien, pour dire qu'ils sont ouverts, etc. mais où sont les Thaïlandais ?
Comment faire alors pour simplement reconnaître la présence des Asiatiques en France ? Cela permettrait ainsi de leur donner un statut dans l'imaginaire collectif, puis par ricochets, leur offrir les mêmes droits que les noirs en France : se faire insulter dans la rue, amener une nouveauté musicale ; voir des tags « Mort aux jaunes », être élu ; se faire contrôler par les patrouilles de police chaque semaine, devenir haut-fonctionnaire, quitte à commencer par être sous-préfet dans la Creuse ; faire la une des journaux pour un fait divers qui permettrait à tel ou tel extrémiste de stigmatiser cette communauté et l'accuser de maux non-pertinents, faire la une des journaux pour un exploit sportif qui permettrait à tel ou tel journaliste liseur d'AFP de parler de l'intégration réussie des Asiatiques, etc.

A bien y réfléchir, cette reconnaissance est-elle bien utile ? Vaut-il mieux avoir l'eau tiède ou devoir composer avec l'eau bouillante et l'eau glacée ? Cruel dilemme...

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Photo : exposition sur l'art coréen,
jardin d'acclimatation - Paris, mars 2004

05/02/2009

Julie Toubiana à l'IUT

Ma petite Juju. Je peux t'appeler comme ça ?
Je t'écris, ma petite Juju, parce que je t'ai encore vue à la télé il y a quelques jours. Pas n'importe quoi en plus : l'édition locale du 19-20 de France 3 Méditerranée. Tu parlais, mais je n'ai pas tout compris parce que mes grands-parents parlent tout le temps quand un sujet m'intéresse. Oui... tu es un sujet qui m'intéresse.
Bref. J'ai compris "gna gna gna réforme", "gna gna gna grève", "gna gna gna IUT." Bof, comme d'habitude. Mais je te voyais, tu étais là en train de trépigner devant la caméra. Je savais pas si tu avais une envie pressante d'aller faire pipi, si tu étais toute émoustillée à l'idée de passer à la télé (c'est France 3 Méditerranée quand même !) ou si tu avais vu un anti-bloqueur et que tu te retenais d'aller lui casser la gueule avec tous tes potes.
Mon grand-père a lancé à ma grand-mère en te voyant : "Tiens, regarde celle-là, on dirait la danse de Saint-Guy." Je te rassure, moi non plus, je n'ai pas compris tout de suite ce qu'il voulait dire, mais Google m'a aidé.

Donc, qu'est-ce que c'est ton nouveau caprice ? Tu veux bloquer la fac ? l'IUT ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Voyons, ma petite Juju, est-ce bien raisonnable ? Une grande fille comme toi? Passe encore pour un anarco-nihilo-communiste qui espère naïvement faire venir le grand soir. Passe encore pour un stagiaire CGT qui veut s'entraîner avant de devenir chef de la CGT. Mais pas toi, ma petite Juju !

Tu ne crois pas qu'il y a d'autres choses là-dessous ? Tu es sûre que ta révolte s'adresse à la bonne personne ? Non ? Tu ne comprends pas ce que je veux dire ?
Tu sais, à ton âge, "tu te cherches", comme on dit. Tout le monde est passé par là, je te rassure. Tu ne sais pas encore ce que tu aimes, ce que tu n'aimes pas.Tu ne sais pas encore où tu veux aller, ni comment, ni pourquoi et c'est normal !

C'est pour ça que certains garçons et filles qui ont ton âge s'en prennent parfois à leurs parents par des réactions agressives. Et toi, ta façon de te chercher, c'est un peu pareil.
Cette Valérie Pécresse dont tu parles sans arrêt...
Tu ne vois pas le rapport ?
Les blocages que tu veux mettre en place, tu trouves pas que ça ressemble à la porte de ta chambre où tu as collé des gros autocollants "Défense d'entrer" ou "Interdit aux parents" ?
Tu ne vois toujours pas le rapport ?
La "réforme" dont tu parles sans arrêt... Disons que tu n'en as peut-être après la réforme. Tu vois ce que je veux dire, ma petite Juju ?

Bon alors, je vais essayer de t'expliquer mon point de vue.
Mon opinion, c'est que cette réforme que Valérie Pécresse a mis en place, tu l'as prise à ton compte. Pour toi, c'est un peu comme quand ta Maman te punit et te confisque ton lecteur MP3 ou ton téléphone portable. Tu vas t'enfermer dans ta chambre, tu boudes, et un peu plus tard, tu vas la voir en criant pour reprendre ton portable. Là, c'est un peu pareil. Tu trouves pas ?
Donc, peut-être que tu devrais arrêter tes enfantillages - parce que tu sais que tu es plus intelligente que ça - et que tu devrais te concentrer sur des choses qui sont plus importantes pour toi et tes études, parce que je t'assure que c'est pas comme ça que tu pourras entrer à Sciences Pô.

D'accord ? On arrête là et tu reprends tes études plus sérieusement ?

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Photo : ben, cette marmotte a un point commun avec toi, ma petite Juju. Si, regarde bien ses dents. Mont Pelat (Allos, 04) - juillet 2005

28/01/2009

La première photo prémonitoire du web !!

J'ai récemment exhumé de ma photothèque cette photographie qui ne me plaisait pas et que je comptais effacer. J'avais pris ce cliché durant la période pré-électorale des présidentielles de 2007. Précisément le premier septembre 2006, alors que Nicolas Sarkozy avançait vers le palais de l'Elysée.
Visuellement, la photo n'est pas très réussie : elle est mal proportionnée, les sujets du premier plan gâchent la scène, le personnage principal est flou en plus d'être mal mis en valeur.
Une photo ratée donc. Toutefois, avant de la supprimer, j'ai observé cette photo. Elle n'est, en fait, pas belle : elle est magnifique. Certains diront que c'est l'œil ou le talent du photographe, j'impute cela au hasard.

Ils sont sept. La photo est plus remplie que cela, mais sept personnages soutiennent cette fresque.
Il y a évidemment le personnage central, devenu depuis Président. Il faut dire ce qui est, il présente mal : sa cravate est mal nouée, sa chemise n'est pas très classe, son pantalon, trop cintré à l'entrejambe, en est presque vulgaire. Néanmoins, sa présence attire et retient l'œil. Nicolas Sarkozy, par sa posture est partout à la fois. En même temps qu'il étreint le second personnage de la scène, en costume beige, le regard du candidat au poste suprême se porte vers une caméra, pendant que son visage s'oriente vers une autre, le tout en gardant les pieds fermement ancrés au sol. La peau du ministre est luisante de transpiration, signe de l'énergie qu'il déploie. Même si le second personnage retient fermement le bras du candidat – son candidat –, celui-ci continue inexorablement sa marche en avant. L'expression de l'ensemble de son visage est à la fois très marquée et difficilement interprétable. Prise indépendamment du contexte, on ne saurait dire si cet homme est en colère, heureux jusqu'à l'extase, souffrant ou ivre-mort.

Le second personnage, lui aussi, porte une part d'ambigüité. Il peut être l'homme du peuple qui essaie aussi bien qu'il peut de garder le futur Président proche de lui et – qui sait ? – de ses futures préoccupations sociales. Nicolas Sarkozy montrerait alors au peuple français, par le biais des caméras, qu'il s'attelle à prendre ses préoccupations à bras-le-corps. Dans le second cas, cet homme, en costume, représenterait un homme d'affaire, un patron auquel Nicolas Sarkozy montrerait sa sympathie, peut-être même son affection, en le montrant aux médias et peu importent les critiques.

Il y a ensuite le troisième personnage : le caméraman du premier plan. Sur cet instantané de seulement un trentième de seconde, tout est figé sauf le personnage central et ce caméraman qui paraît être le seul à pouvoir suivre la cadence imposée par le candidat. Candidat, qui d'ailleurs, essaie de se séparer du second personnage pour rejoindre les caméras. En cela, le journaliste personnifie l'ensemble des médias que l'on voit ou pas sur ce cliché.

Le quatrième personnage impose sa présence sur cette scène de par sa place centrale et l'éclairage qui vient frapper le haut de son crâne. Mais cette présence détourne le regard du spectateur sur le personnage central car il est regardé amoureusement. Le personnage – mieux habillé que le candidat – est identique à un santon : immobile, ravi, dévot devant celui qu'il considère déjà comme son roi malgré leur différence. Il tient peut-être même dans son bras un présent qu'il compte offrir.

Le cinquième personnage, lui, est extérieur à la scène. Son regard est hors du mouvement général et s'adresse au photographe. Toutefois, il se crée une certaine harmonie entre cet homme, le santon, le candidat et l'homme du peuple. Comme un arc de cercle qui aurait comme point prépondérant le candidat. Il apporte une touche de gravité, de sérieux à cet ensemble. Qui est-il et pourquoi est-il là ? Peut-être est-ce la conscience de Nicolas Sarkozy. Derrière l'agitation du spectacle, il faut quelqu'un qui ne joue pas à ça, qui dirige ce qu'il y a à diriger. C'est peut-être bien cet homme strict.

La place et l'importance du sixième homme sont révélatrices de la future gouvernance. Ce sixième homme, c'est François Fillon que l'œil peine à trouver. Il est au tout dernier plan et presque invisible. Alors qu'il est le conseiller le plus proche du candidat, François Fillon est ici éloigné, ignoré. La place qu'il occupe face aux médias et sur le cliché est bien moindre que celle de Nicolas Sarkozy et elle restera telle pendant encore plusieurs années.


Le dernier homme est en fait le contre-point de l'homme sérieux. Aux côtés de François Fillon, on ne voit de lui que sa moustache et un peu son torse poilu. Il vient compléter le burlesque du visage de Nicolas Sarkozy. Ce pourrait être une belle moustache, soignée, mais dans ce contexte, elle n'est plus qu'un accessoire de clown. Il existe une autre dynamique à cette photo, une ligne droite qui part de l'homme du peuple et qui arrive au moustachu. Toutes les émotions et toutes les images de la scène se retrouvent sur cette ligne, à l'exception du sérieux. Elles se dirigent alors vers le candidat qui va porter toutes ces expressions sur lui.

Tout cela fait de ce cliché un cliché unique de par ce qu'il montre et ce qu'il prédit des années de la présidence de Nicolas Sarkozy : une agitation autour du Président, elle-même dépassée par l'agitation du Président. Ne reste plus qu'à savoir où sont les femmes et quelle sera la suite ce cliché...

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Photo : Marseille - septembre 2006

10/01/2009

Bonne et heureuse année 2009


Que pourrais-je vous souhaiter pour l'année 2009 ?

Tout d'abord, sur quelle part pouvez-vous influer ?
Une partie de votre environnement familial, une partie de votre réussite professionnelle, une partie de votre bonheur, une partie de votre santé. Une partie de votre vie, en somme. Cette part-là vous appartient, ses réussites, comme ses échecs. Je ne peux que vous inciter à jouir de vos triomphes, grandioses ou misérables ; apprivoiser vos défaites, recevoir ces deux menteurs d'un même front.

Quelle part est indépendante de vous ?
Le hasard des rencontres, les équilibres aléatoires, la grande main invisible, fut-elle celle de Dieu ou du Marché, la manne providentielle qui tombe à un endroit plutôt qu'un autre, le croche-patte narquois de la mort, la main tendue, mais perverse, de la vie et tout ce que j'oublie ici. Hélas, j'ai beau être un psy fort doué, je n'ai pas plus d'influence sur tous ces évènements. Tous mes souhaits de bonheur ne resteront que paroles. Toute parole ne sera qu'un vent, réchauffant certes, mais l'ondulation d'un champ de blé n'est que belle ; ne résout ni problème, ni tracas.
A bien y réfléchir, je vous souhaite quand même une bonne année. En espérant que ce vœu, comme le vent estival, vous réchauffera un peu l'esprit, en espérant que vous trouverez ces mots agréables, comme autant d'ondulations sur vos printemps rêvés.

Et pour finir ?
J'ai aimé cette année 2008 passée avec vous. J'ai aimé les émois qu'ont provoqué mes articles sur ce blog. J'ai apprécié les horizons dévoilés par ce blog et ceux qui l'animent régulièrement. J'ai apprécié, encore, les liens renforcés par ce blog. J'essaierai de préserver tout cela pour 2009, malgré mes nouvelles obligations bas-alpines.
Je vous le redis :

Tous mes vœux de bonheur,
de santé et de réussite
pour cette année 2009

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Photo : Dattes - La Ciotat, avril 2008
Je ne suis pas sûr que ça soit le cas, mais pour moi, offrir des dattes doit signifier que l'on souhaite prospérité à son invité.