21/11/2011

C'est la taille qui compte !


La Barben - été 2008
Derrière cette affirmation – très sujette à caution, je vous l'accorde – se cache une intolérable réalité que subit toute une frange de la société. Cette population, dont je fais moi-même partie, se voit pernicieusement entravée dans sa vie quotidienne.

En un sens, je fais partie d'une minorité opprimée, moi, homme blanc hétéro et chrétien. Combien sommes-nous ? De plus en plus. Qui sommes-nous ? Des hommes, principalement, qui viennent de tous les horizons. Riches, pauvres, blancs, noirs, peu importe. Que voulons-nous ? Le changement, à défaut de la révolution.

A l'heure où toutes les revendications communautaires sont exacerbées, montrées, communiquées, nous faisons partie des oubliés, des sans-parole. Tous ont droit à une place dans les médias : les sans-papiers, les handicapés, les homosexuels, les noirs, les juifs, les Roumains, les gros, les communistes, les bobos, les rappeurs, les pauvres, etc. Tous sont entendus, le commerce s'adapte à eux, les hommes politiques leur adressent des discours et adaptent leurs actions.

Et moi ? Et moi ? Et moi ?
Ou plutôt : et nous ? Et nous ? Et nous ?
Oui, nous les grands, que nous propose-t-on ? Car c'est là que se trouve le problème.
On nous propose juste des lits trop courts, des éviers trop bas, des volants trop proches, des places trop exigües dans les transports en commun, des miroirs qui ne permettent de se voir que le buste, des lumières en plein visage, des poutres sournoises, des couettes trop petites, des baignoires qui ne permettent même pas d'allonger nos jambes, des portes dont l'encadrement arrive juste à la hauteur de notre cuir chevelu (histoire qu'on ne puisse pas savoir a priori, si on peut passer), des chaises et des tables qui ne permettent ni d'étendre ses jambes, ni de les garder perpendiculaires, des rampes d'escalier inatteignables, des plafonds dans les voitures si bas qu'il est impossible de boire à la bouteille, des cercueils plus chers, des difficultés pour embrasser nos compagnes ou nos compagnons (et encore, je vous laisse imaginer si votre position sexuelle préférée serait compatible avec une personne de trente centimètres de plus ou de moins que vous). La liste est interminable.

Alors évidemment, il existe de nombreux avantages à avoir une grande taille, et plus particulièrement pour les hommes. Avant tout, les grands bénéficient de plusieurs représentations sociales, très souvent positives. En effet, dans l'imaginaire collectif les grands sont rassurants, virils, forts tandis que les grandes sont sveltes et distinguées.
Au quotidien, être grand c'est ne jamais avoir besoin de demander à quelqu'un de prendre cette boîte là-haut. Etre grand, c'est pouvoir retrouver plus facilement quelqu'un dans une foule (et inversement), c'est aussi pouvoir réaliser plus facilement d'innombrables tâches, avoir un avantage dans de nombreux sports. Là aussi, la liste est longue.
Mais notre quotidien est souvent oppressant, au sens physique du terme, les accidents sont fréquents et la posture voûtée que nous devons sans cesse adopter nous donne mal au dos, car notre environnement est adapté aux personnes de taille moyenne.
Pire, notre environnement est adapté aux femmes de taille moyenne, aux ménagères de moins de cinquante ans, c'est-à-dire aux femmes d'environ 1,60 m.

Prenons un exemple : la cuisine et le ménage. Allez dans votre cuisine et observez bien : aucun meuble, plan de travail, table de cuisson ou appareil électroménager ne dépasse les 90 cm de hauteur. 90 cm, ça n'arrive même pas au bassin d'une personne qui mesure 1,80 m !! Mesdames, essayez de cuisiner dans une casserole qui serait située à mi-chemin entre vos genoux et votre bassin !! De même, essayez de passer le balai, mais en supprimant les vingt-cinq derniers centimètres du manche. Essayez de faire la vaisselle debout sur un marche-pieds, vos doigts n'atteindront même pas l'évier. Dans toutes ces situations, au bout de même pas dix minutes, votre dos vous enjoindra à aller vous allonger !
Au fond, cela crée un cercle vicieux où les hommes fuient le ménage parce que le ménage est plus difficile à faire pour eux. Donc les femmes font plus le ménage, donc les industriels fabriquent de petits balais, donc les hommes ont mal au dos, donc ils font moins le ménage, donc...

Pour palier à ces désagréments, une marque, une seule, s'enorgueillit de faire des meubles adaptables à tous. Oui, Ikea est la seule marque à proposer des lits dont le standard est 200 cm de long au lieu de 1,90 m. Passage obligatoire quand on mesure 1,88 m comme moi. Hélas, ils n'ont pas poussé la réflexion jusqu'aux couettes encore un brin trop courtes, ni aux plans de travail auxquels il manque toujours la possibilité d'ajouter trente centimètres de hauteur...
Pire encore : les grands sont de plus en plus nombreux, ce que les commerçants semblent ignorer. La preuve, vous pouvez constater que les XL et les grandes pointures sont les tailles les plus fréquemment indisponibles, ce qui montre une inadéquation entre l'offre et la demande !

Alors si les ingénieurs sont capables de prévoir des rampes d'accès pour les fauteuils roulants, au nom de tous mes semblables, je réclame l'égalité d'accessibilité à tous les services du quotidien !!

27/10/2011

Le sacré à Thorame

Je n'ai de cesse de le dire : Thorame est le plus beau village du monde. Il est tellement beau, à vrai dire, qu'une personne de prestige s'y est arrêtée pour y rencontrer l'un des villageois. Une personne de prestige, oui. Clint Eastwood ? Dany Boon ? Kurt Cobain ? Catherine Deneuve ? Georges Brassens ? Non, mieux !!
Euh... François Mitterand ? Barack Obama ? Didier Super ?
Mieux, je vous dis !!
Napoléon ? De Gaulle ?
Bien plus prestigieux !
Je sais pas. Dieu ?
Presque !
Nicolas Sarkozy ?
Non plus. Thorame a connu une apparition de la Vierge Marie qui offrit une fleur cueillie dans le paradis à un paysan du village en lui demandant d'édifier une église à l'endroit de leur rencontre. C'est cette rencontre qui est à l'origine de l'église de Notre-Dame de la Fleur.
Je n'ai pas osé parler d' « érection de l'église », je me suis dit que ça faisait limite dans le même paragraphe que la Vierge.
Bref.

Chaque année, en mémoire de cet évènement, a lieu une procession où l'on transporte la statue de la Vierge de l'église de Thorame, jusqu'à l'église de Notre-Dame de la Fleur (7 km). J'ai photographié cette procession et il se trouve que l'une de mes photos a été choisie pour illustrer l'article dédié dans le livre Le sacré dans les Alpes que je vous recommande chaudement (Ouaiiiiiis, c'est là où je voulais en venir).


Statue de ND de la Fleur, procession de la Pentecôte 2011
(mais ce n'est pas cette photo qui illustre le livre)
Ce livre décrit quelques uns des lieux sacrés les plus remarquables dans les Alpes du Nord et du Sud : les incontournables, comme Notre-Dame de la Sallette ou le monastère des Chartreux, mais aussi d'autres, moins connus, comme cette église à deux clochers, l'un pour les messes catholiques, l'autre pour les messes protestantes. On y découvre aussi l'incroyable église de Passy (Haute-Savoie) décorée par Braque, Matisse, Chagall, Léger, Rouault et bien d'autres lieux encore.

Je vous invite donc à découvrir tous ces beaux lieux alpins en vous procurant ce livre, que vous devriez trouver facilement dans toutes les bonnes crèmeries.
 (Je précise au passage que je ne touche pas de droits d'auteur en fonction des ventes effectuées. Je ne vous conseille donc pas ce livre pour mes intérêts personnels)

16/09/2011

Chacun son île


Si mes souvenirs sont bons – et ils ne le sont malheureusement pas toujours – l'un des premiers DVD que j'ai acheté était celui de La plage. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, La plage, ce n'est pas que l'envoûtante bande originale interprétée par les All Saints, La plage, c'est aussi l'histoire d'un très beau jeune homme, interprété par Leonardo Di Caprio, qui cherche un lieu paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent. C'est ainsi qu'il se retrouve sur une île thaïlandaise, paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent habitée par un petit groupe d'humains qui – comme lui – recherchent un endroit paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent.

Tout se passe bien pour Richard – c'est son nom – sur cette île paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent, jusqu'à ce que, pour une raison que je ne vous dévoilerai pas, Richard soit banni par la communauté.
Le protagoniste entre alors dans une nouvelle dynamique vis-à-vis des villageois, du village, mais aussi vis-à-vis de lui-même.
C'est en fait à ce moment-là que Richard devient totalement libre. Il veut espionner tel ou tel villageois ? Il l'espionne. Il veut courir ? Il court. Il veut rôder dans le village durant la nuit ? Il rôde. Il veut lire, il veut chasser ou manger, il veut résider à tel endroit ou tel autre ? Il le fait, comme bon lui semble, libre des contraintes des humains.

A y regarder de plus près, Richard expérimente ce dont nous fantasmons tous à des degrés différents, que ce soit par ou pour la liberté. Et de mon côté, je ressens souvent cette liberté. D'autres fois, je la recherche quand je ne l'impose pas (magnifique question philosophique au passage : peut-on imposer sa propre liberté à autrui ?). Si je devais remercier et féliciter mes parents sur un seul point, ce serait à propos de l'insistance dont ils ont fait preuve durant des années pour que j'apprenne à exprimer ce que je suis, que ce soit au travers de mes originalités, de mes goûts, de mes envies ou de toute autre chose, en me détachant du regard et du jugement de l'Autre, quel qu'il soit.
Pas toujours évidente à mettre en œuvre durant mon enfance, j'ai depuis cultivé cette graine du détachement jusqu'à ce qu'elle devienne mon premier point cardinal : ma liberté. Je veux courir ? Je cours. Je veux rôder dans le village durant la nuit ? Je rôde. Je veux croire ? Je crois, à ma façon. Je veux m'inspirer de telle pensée ? Je m'en inspire. Je veux inventer une pensée, l'extraire de mes seules expériences ? Je l'invente. Je veux prononcer des blagues racistes, misogynes ou dégoûtantes ? Je les prononce, peu importe qu'on me croie raciste, misogyne ou dégoûtant. Je veux lire, jouer, me défouler, résider à tel endroit, exprimer mes spécificités, mes excentricités parfois ? Je le fais, comme bon me semble, avec pour seules limites celles que je m'impose, avec pour seul prix à payer celui que j'accepte de verser, avec pour seules conséquences celles que j'accepte de subir.
Cela ne signifie pas que je suis un asocial, un anarchiste ou un hippie idéaliste qui ne voit son salut que par le rejet d'un monde jugé trop différent. Non, je vois la société telle qu'elle est, je vois la place que je peux y tenir, les latitudes qui me sont offertes ou que je peux conquérir.
Mais au fond, ce beau discours ne masque-t-il pas une vision idéaliste de ma condition, n'est-il pas le barbacane d'une vie dont personne n'est jamais entièrement satisfait ?

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Photo : Lac d'Allos, été 2010

30/07/2011

La machine a remonter le temps


Vous l'ignorez encore peut-être, mais je possède une machine à remonter le temps. Bien que le terme "récemment" soit à manipuler avec précaution en l'espèce, je puis dire que j'ai récemment pu utiliser cette machine pour aller prendre ce cliché en gare de Thorame Haute il y a tout juste un siècle, le 3 juillet 1911. 
Très beau temps au passage, ce jour-là. On regrettera juste l'absence d'eau réellement potable.

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Photo : Locomotive Henschel & Sohn E211 - Thorame Haute, juillet 1911

21/06/2011

25/05/2011

La réponse à une question que vous ne vous êtes jamais posée



En décortiquant mes grandes questions existentialistes, j'ai approfondi ma réflexion vers un point que je n'aurais pas soupçonné jusqu'alors. J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, je n'arrive qu'à cette explication pour répondre à cette question que seul moi semble me poser.


J'imagine parfaitement dans les années 50 ou 60, la France est alors en pleine reconstruction. Les théories capitalistes affrontent les théories communistes et dans une usine, Arcoroc ou Duralex, une réunion de travail ordinaire a lieu entre les cadres dirigeants de celle-ci. A l'ordre du jour : l'achat ou non d'un terrain voisin de trente mètres carrés afin d'y aménager la sortie du dépôt, le vote du budget de l'arbre de Noël des employés et d'autres questions courantes plus ou moins importantes.

Mais ce jour-là... Ce jour-là, l'un des employés, le directeur-adjoint de la boîte, arrive avec quelques minutes de retard. Il est venu en se pressant. Il a le souffle court. Des perles de sueur coulent à son front. Lors, il lâche à son patron et ses collaborateurs une phrase – LA phrase – qui va révolutionner l'industrie du verre : « Arrêtez tout, j'ai une idée !! »
L'homme, qui reprend peu à peu son souffle, enchaîne sur un monologue adressé à l'assemblée médusée :
- Martel, vous travaillez sur quoi en ce moment ? La prospective commerciale pour les Pays-Bas, c'est ça ? Laissez tomber, j'ai plus important !!
Peyrol, vous pouvez dire aux ingénieurs d'arrêter de plancher sur les nouvelles machines qu'on leur a commandées, ça sert plus à rien. Je sais qu'ils ont presque fini, mais j'ai mieux pour eux. Allez, maintenant !
Vialet, vous pouvez me rappeler vos prévisions des bénéfices pour l'année prochaine ? +12% ? D'accord. Refaites tous vos calculs avec +72%. C'est une première estimation, mais on va être dans ces eaux-là. Ne me regardez pas avec ces yeux de merlan frit, je vous dis +72%, c'est tout !
Patron ! Patron... J'ai eu une idée hier soir. Je l'ai tournée dans tous les sens, toute la nuit et... je comprends que vous puissiez être sceptique, mais c'est parce que vous n'avez pas encore entendu mon idée. Ce sera l'évènement le plus important de notre entreprise depuis sa création, nous allons multiplier le nombre de nos employés par deux en une année et sur cinq ans... je laisserai Vialet faire les calculs, mais nous allons créer sûrement quatre peut-être cinq fois plus d'emplois ! Et notre chiffre d'affaires sur cinq ans... Patron, nous allons révolutionner l'industrie du verre avec un supplément d'investissement inférieur à 4% !!
- Mais de quoi parlez-vous, bon sang ?
- Patron... Nous allons mettre des chiffres au fond des verres que nous fabriquons
- Je ne vous suis pas là.
- On va mettre des chiffres au fond de nos verres. Vous ne voyez pas toutes les répercussions que ça aura ?
- Non, vraiment, là je vois pas.
- Est-ce que vous vous êtes déjà demandé sur quels critères doivent se baser les millions d'enfants qui mangent dans les cantines françaises pour savoir qui doit aller remplir le pot à eau de leur tablée ?
- Je dois vous avouer que j'ai d'autres préoccupations.
- Et vous êtes-vous déjà demandé combien d'enfants veulent savoir quel âge ils ont dans le verre ?
- Mais où voulez-vous en venir ?
- Avec l'apposition d'un simple numéro au fond de nos verres, nous allons apporter toutes ces réponses à des millions d'enfants. Chaque gestionnaire de chaque école, collège, lycée, entreprise équipée d'une cantine achètera NOS verres avec un numéro au fond. Il suffit juste que vous donniez votre accord pour lancer ce projet.


Et voici comment cette entreprise a su proliférer d'une manière considérable en un claquement de doigts. Evidemment, la concurrence a depuis emboîté le pas et c'est ainsi que 60 ans après, mon verre Made in Thailand, fabriqué il y a quelques mois, m'indique que j'ai 27 ans dans le verre ce matin. Nous ne voyons pas d'autre explication. 

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Photo : Géode de la Villette – Paris, octobre 2008

22/04/2011

Chacun cherche son minou-chat



 Bonjour,
Aujourd'hui encore, Virgile laisse sa place à un nègre qui va se taper tout son boulot de rédacteur de ce blog.

En même temps, je m'y colle de bon cœur parce que c'est dans mon intérêt. Je me présente : je n'ai pas de nom, juste quelques surnoms : la petite ou la puce, en raison de ma taille XS. J'ai quarante jours et c'est vrai que je suis bien plus légère que mes frères et sœurs. 
Je suis comme au moment exact qui précède une partie de foot entre copains. Le problème, c'est que je suis la dernière à être choisie. Ah, évidemment, mon frère avec son pelage angora, lui il a été choisi tout de suite. Mes deux frères à la robe blanche et plus ou moins tachetée de beige aussi, mais moi, rien du tout ! Je suis sûr que c'est encore une espèce de discrimination sexuelle. A croire que les gens préfèrent avoir un mâle qui pisse partout dans la maison plutôt qu'une femelle toute câline comme moi, c'est dingue ! Ou bien un chat qui perdra des tonnes et des tonnes de poils à chaque printemps, alors que moi, non.
 
J'apprécie de me faire caresser durant de longs moments, j'aime jouer avec mes frères et sœurs et je me laisse pas impressionner par leur taille. Mais c'est peut-être aussi pour ça que je m'éloigne parfois de leurs jeux pour me retrouver un peu plus tranquille. Evidemment, je suis à un âge où j'ai des relations ambiguës avec ma mère : j'essaie de devenir autonome, mais je ne peux pas me passer d'elle. Mon psy dit que c'est une question de maturité, que c'est normal pour mon âge, que d'ici quelques jours, je trouverai la manière de « prendre mon envol toute seule ».

Mais je suis réaliste : pour cet « envol », il me faut pouvoir rejoindre un nouveau foyer. Si jamais vous pensez qu'il serait possible de me faire une toute petite place au sein du vôtre, vous pouvez en parler à Virgile qui m'aidera dans ma démarche d'émancipation.

A très bientôt, j'espère.

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Photos : Une jolie petite minou-chatouille – avril 2011

29/03/2011

Qui veut venir à la messe ?


Ben moi je dis, si c'est demandé si gentiment, pourquoi pas ?

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Photo : affiche sur la porte de l'église de Thorame - mars 2011

24/02/2011

La dure des vie des célibataires - stades 3 & 4

Avant toute chose, l'article actuel est la suite de mon article sur le célibat datant de novembre dernier et que je vous invite à lire, si ce n'est déjà fait.
Nous avons donc vu que le célibataire, en l'absence de sollicitations extérieures avait tendance à voir son train de vie décliner lentement, mais au fond sans qu'il en prenne vraiment conscience. Certaines personnes m'ont expliqué que le stade 2 du célibataire était déjà quelque chose d'assez inquiétant en raison du degré de laisser-aller, de déchéance. Et pourtant...


Pourtant il existe un troisième stade, bien pire que le second.
Dans le deuxième stade, Marc (je vous rappelle que c'est le prénom de notre célibataire) draguait des filles pas très jolies, voire moches. Dans le troisième stade, le célibataire est ce qu'on peut appeler un « mort de faim ». Il ne racle plus les fonds de tiroir, il fait les poubelles. Il drague les femmes auxquelles il n'aurait même jamais pensé avant, même avec beaucoup d'alcool en tête :

  • les folles que tout le monde évite soigneusement, 
  • les cousines éloignées, puis les cousines tout court,
  • les droguées ou les alcoolos qui sont dans un état végétatif vingt-deux heures sur vingt-quatre,
  • les filles en couple avec un autre gars qui pratique la boxe thaï,
  • les filles qui le poussent à se poser des questions sur la législation en vigueur concernant les relations sexuelles avec les mineures de plus de quinze ans,
  • les Albanaises,
  • les filles qui ne se lavent pas (mais on les confond souvent avec les filles de la catégorie précédente),
  • les femmes d'âge mûr, mais pas les « cougars » façon Demi Moore – non ! – les femmes qui ont un physique ravagé par leurs cinquante-cinq ans, leurs trois grossesses, leurs dix-sept régimes et leurs trente-huit ans de tabagisme,
  • et même elle, « l'ex », la connasse qui a pourtant fait souffrir Marc sept fois en couchant successivement avec le frère de Marc, trois de ses amis, son patron, son patron et trois de ses amis et un mec carrément louche que personne ne connaissait. Oui, celle que Marc avait prudemment décidé de supprimer de son répertoire, celle qui a provoqué le déménagement de Marc à cent-cinquante kilomètres, histoire d'être sûr.
L'une des autres conséquences se voit dans le comportement de Marc face aux films pornos. Dans le stade 3, Marc ne prend même plus la peine de les dissimuler dans un recoin de son ordinateur, il a carrément un dossier sur le bureau de son PC, appelé dans le meilleur des cas « Nouveau dossier ».
Dans le pire des cas, les dossiers sont ordonnés en fonction de leur contenu : un dossier « Blacks », un autre nommé « Asiatiques », mais aussi « EF », « MILF » et bien d'autres dont l'inventaire ici serait assez déplacé. Désormais, Marc n'a même plus honte !
 
A ce stade, le domaine de la nourriture s'avère préoccupant. Si une personne déraisonnable s'aventurait à ouvrir les placards ou le frigo, elle ne verrait plus que des condiments : du ketchup (louche), de la moutarde (angoissante), de la mayonnaise (alarmante), de la sauce salade (bizarre), plus quelques aromates que Sophie a laissé là. « En fait, on s'en sert dans quelle recette des clous de girofle ? » Le bac à légumes du frigo contient des restes alimentaires, souvent non-identifiés, toujours desséchés : peut-être des endives, des tomates et « le truc noir là, je vois vraiment pas. » Tout comme « le truc vert » qui se trouve à côté et « le machin noir-orange-bleu » dans le coin du bac qui est plus marron que le reste. Les prospectus qui traînent dans la cuisine laissent penser que le régime alimentaire de Marc se compose de pizzas, de hamburgers livrés à domicile et... c'est tout.

Mais au fond, tout cela n'est pas grand' chose par rapport à l'aspect général de l'appartement. Rien ne va plus, du sol (noirâtre) au plafond (tâché de projections de Coca et autre liquides dont il convient d'éviter une étude approfondie). Dans le stade 3, la méconnaissance ou la fainéantise du célibataire en matière de ménage atteint des abysses de saleté. Certaines tâches n'ont JAMAIS été effectuées par le célibataire : nettoyer la douche et autres pièces en céramique, laver les vitres, dégivrer le frigo, etc. Et puis franchement, là, il faut vraiment changer les draps. Le beige n'est pas une couleur habituellement visible sur un drap blanc !


Exceptionnellement, il peut arriver que le célibataire passe un coup de balai parce qu'il en a marre de sentir croustiller sous ses chaussettes, mais cela reste rare. Pour éviter d'avoir à faire la vaisselle, le célibataire utilise désormais des assiettes et des couverts jetables.

C'est officiel, le célibataire vit dans une véritable porcherie, dans laquelle il commence à se complaire, ce qui crée un véritable cercle vicieux. Au travail, Marc ne pense plus qu'à une chose : rentrer chez lui pour regarder, au choix, la finale avec l'équipe de France de hand, 24 heures chrono, Les experts ou la quinzième rediffusion de Piège de cristal (rien que pour la scène où Bruce Willis doit traverser la salle pleine de verre à pieds nus avant de tuer deux des méchants).
C'est également dans ce stade que le célibataire décline les propositions de rendez-vous de ses amis en fonction du programme télé « parce que ce soir, c'est le match décisif de l'OM en Ligue des champions, les gars ! »

Oui, dans le troisième stade, le célibataire devient ringard.


Mais, mais, mais... il y a pire. Le stade ultime, le point de non-retour, le moment où le célibataire ne pense même plus qu'une personne, à plus forte raison une femme, puisse avoir l'idée de pénétrer dans ce qu'il appelle « chez moi » mais qui est aussi chez plein d'autres animaux.


Dans ce dernier stade, la question de la propreté de l'appartement ne se pose même plus : les voisins menacent d'appeler le Ministère de l'Intérieur. Il n'est pas question d'hygiène publique, mais d'attaque terroriste. Bien qu'il y ait eu un miracle récemment (le célibataire a changé ses draps), les mots qui viennent spontanément à l'esprit pour décrire le lieu sont Capharnaüm et décharge publique. C'est difficile à croire, mais un seul homme peut produire tous ces déchets tout seul et sans se forcer.

Dans les cas où le célibataire possède des rongeurs, c'est dans le stade numéro 4 qu'il se demande où se trouve leur cage, parce qu'il n'a pas vu ses rats depuis... peu importe de toute façon, car désormais de nombreux congénères jouent en liberté dans l'appartement. Leur jeu préféré : jouer à cache-cache au milieu des cartons de pizzas à peu près vides. Tiens ! Dans celui-ci, il y a toute une portée qui se nourrit des olives écartées par Marc.

On croit alors qu'il est impossible de vivre dans un tel milieu, mais pourtant un nouveau biotope s'est développé dans le frigo et encore un autre sous l'évier, là où l'évacuation d'eau fuit.
D'ailleurs, le bac à légumes du frigo est toujours rempli. Avec des bières, mais il est rempli. Les bières sont désormais son principal apport en nourriture, avec le ketchup, avalé directement au bouchon. C'est difficile à croire, mais à ce stade Marc a même mangé la dernière boîte de corned beef que sa mère lui avait refourguée lors de son déménagement (elle-même avait reçu ce « cadeau » de la part de son père il y a une trentaines d'années).

A ce niveau-là, Marc a adopté un rythme de vie décalé. Oui, Marc reste facilement éveillé jusqu'à trois heures du matin pour regarder le Grand prix de Formule 1 du Japon, ou le match de rugby France/Nouvelle-Zélande. Bien évidemment, Marc s'est abonné à Canal Plus, parce que sinon « y'a rien de bien à la télé à partir d'une heure du mat' »

Mais le porno de Canal Plus ne lui suffit plus depuis longtemps, ni même ceux qu'il a téléchargé sur son PC. En fait, pour se satisfaire pleinement, Marc a acheté un disque dur externe où il stocke 250 Go de pornos !!
Bien sûr, Marc a abandonné l'idée même de draguer une femme, ce qui nous renvoie au point précédent.


Voilà, c'est fait, le célibataire est au fond du trou, avec pour seul espoir, fou, celui qu'une femme, à la limite un ami, ne le sorte de cette torpeur.



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Photo : Lac de Lignen - été 2010

28/01/2011

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera

J'ai un excellent ami que nous allons appeler Régis. Mais ce Régis n'est pas un con. Je le connais depuis environ toujours. Nous avons atteint une proximité que je rencontre avec peu de personnes et, sans vouloir me vanter, je pense être une des rares personnes sur Terre qui le connaisse et le comprenne aussi profondément. Souvent, il n'a pas besoin de parler, je sais ce qu'il veut me dire. Nous sommes, comme on dit, sur la même longueur d'ondes.
Oh, évidemment, tout n'est pas exactement parfait entre nous deux : nous avons des idées politiques on ne peut plus opposées, j'ai quelques légers reproches à lui faire, nous avons eu quelques différends. Et tous ces points sont réciproques.

Nous avons donc bâti quelque chose ensemble, quelque chose qui semble être d'une solidité singulière, mais malgré cela, je ne l'ai vu pleurer que trois fois, alors que je me doute qu'il est en vérité bien plus sujet à ce genre de manifestations.

La première fois, c'était il y a une dizaine d'années. Il traversait alors des difficultés que je comprenais mal. Moi-même, je n'aurais sûrement pas su faire face à ces difficultés. Il a tenu bon. Douloureusement, mais il a tenu bon. Un jour, il m'a manifesté cette douleur. Nous étions assis sur les marches d'une grande maison aux volets verts dominant une placette, et sans que l'un d'entre nous ne s'y attende, les digues ont lâché. Je ne savais pas trop quoi dire ou faire. J'ai essayé de l'aider, mais je me suis perdu dans des questions inutiles et je ne sais pas si je lui ai vraiment été utile à ce moment-là.

La deuxième fois, c'était il y a cinq ans, au décès de l'une de ses amies dont moi-même j'étais encore plus proche. Je l'ai vu entrer chez moi et lorsqu'il a voulu saluer les personnes présentes, il est tombé en sanglots dans les bras de la première personne venue, plus touchée que lui. Nous étions plusieurs, les yeux épuisés de larmes, et ses larmes apportaient encore de l'oxygène au feu qui nous consumait. Mais il était là, en partie pour moi et ça aussi ça m'a touché. Bon, durant les jours suivants, je l'ai vu pleurer pas mal de fois, mais je ne les compte que pour une seule.
Il a été d'une bienveillance et d'un soutien exemplaires envers moi et malgré son chagrin. Il n'a compté ni les heures ni les pleurs pour jouer son rôle d'ami. Il m'a remplacé durant mes absences, il a été un soutien lors de mes présences.
A un moment, il m'a tapé sur l'épaule pour me dire « Regarde, on est tous derrière toi. » Il avait réuni derrière moi tous mes amis les plus proches. J'ai n'ai jeté qu'un œil furtif. Un peu plus tard, j'ai glissé un mot à ma petite amie, puis j'ai à nouveau jeté un œil furtif encore plus tard. Il ne sait pas trop pourquoi, mais je ne lui ai jamais dit ce que j'ai ressenti à ce moment-là.

La troisième fois, c'était il y a juste quelques semaines. Il me dressait son bilan, particulièrement pessimiste, de l'année écoulée. Un excellent début, puis une dégringolade sans fin. Ses perspectives étaient à peine plus gaies. Et il a craqué. Je le soupçonnerais presque d'avoir préparé son coup.
C'est toujours gênant de voir quelqu'un pleurer. On ne sait jamais trop comment réagir. Surtout que là, je pouvais pas dire grand' chose. Il était lucide, ça faisait des mois qu'il avait tourné toutes ses idées dans sa tête. Ça faisait des mois qu'il cherchait des solutions. Et je me rendais compte que ça faisait des mois qu'il était en détresse. Et que ça faisait des mois que je n'avais pas été là.
Que pouvais-je lui apporter comme solution nouvelle ? Aucune. Mais ce soir-là, j'ai été présent. C'était peut-être la seule chose qu'il attendait de moi, faute de pouvoir lui apporter la solution miracle à laquelle il n'aurait pas pensé.

Au fond, c'est aussi cela que l'on peut attendre d'un ami : être là, rendre la pluie plus agréable, le froid moins mordant, la douleur plus légère. 

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Photo : Thorame, été 2006