J'ai six ans et je m'émerveille des centaines de coquillages de mon père. Parfois, il me laisse les sortir de leurs boîtes pour les toucher, les regarder, entendre la mer dedans. J'observe aussi le corail rouge que je n'ai pas le droit de toucher car c'est trop fragile. Je demande à mon père où ils les a achetés, il me répond qu'il les a simplement récoltés sur la plage au fil des mois et des années. Je lui pose encore mille questions sur ces coquillages, sur ces plages, sur ses voyages, je m'émerveille et en même temps ça me paraît normal d'avoir ces coquillages tropicaux et du corail chez soi.
J'ai sept ans, c'est la période de Noël. Ma mère me fait découvrir les litchis, elle me montre comment on les ouvre et comment on les mange. Elle me précise alors qu'il faut bien les déguster car ils viennent de loin et ils sont chers. Je m'en régale, comme ma sœur. Nous sommes d'accord que ceux qui ont le tout petit noyau rabougri sont bien meilleurs.
J'ai sept ans, je lis que les dodos étaient des oiseaux dodus, lents, pas très intelligents, qui ne savaient pas voler et qu'on ne trouvait que sur une seule île. Quand les gens sont arrivés sur l'île des dodos, ils ont pu les tuer et les manger facilement à cause de leurs tares. C'est un symbole de ce que l'Homme peut faire à la nature s'il ne fait pas attention. Je vois aussi ces drôles de bêtes dans des dessins animés.
J'ai huit ans, j'apprends à l'école que les femmes en Afrique portent des tas d'objets en équilibre sur leur tête en marchant. J'essaye évidemment d'en faire de même, je n'y arrive évidemment pas.
J'ai neuf ans, j'interroge mon père sur l'orthographe des litchis car je vois ce mot écrit de toutes les sortes dans les magasins : leechees, litchis, leetchees... Il me répond qu'il est souvent difficile de transcrire en Français des mots étrangers et que celui-là on peut l'écrire un peu comme on veut.
J'ai dix ans et pour la première fois je crois, j'ai un noir dans ma classe. Je peux le voir en vrai et je me pose des questions. J'imagine sa peau rugueuse et j'use de stratagèmes pour essayer de lui toucher le bras mine de rien. Je regarde ses mains, je demande à mon père pourquoi elles sont plus claires. Je n'arrive pas à imaginer son zizi. Un zizi noir, comment c'est possible ?
J'ai quatorze ans et je fais mon stage de troisième chez un vétérinaire. Un client amène un mérou car il a des parasites sur la peau. Pour moi, c'est juste un gros poisson. Lorsque j'en parle à ma prof principale, je vois qu'elle est stupéfaite de savoir qu'il y a un mérou dans un aquarium à Marseille, mais je ne comprends pas ce qu'il y a d'exceptionnel à ça.
J'ai quinze ans, je regarde le dessin animé Flo et les Robinson suisses. Dans un épisode, on y explique qu'il y a des arbres à pain sur l'île. Des arbres dont le fruit a le goût du pain. Je n'arrive pas non plus à me représenter cette idée dans ma bouche.
J'ai dix-huit ans et au début de mes études, je rencontre Tiina, une fille un peu plus âgée que moi venue de Finlande. Nous nous entendons bien, je fais la connaissance de son petit ami mauricien Jérôme. Je ne sais pas trop où se trouve l'île Maurice, quelle taille ça fait, quel statut ça a... Jérôme me parle de l'île, il s'énerve un peu quand je lui demande de quel pays l'île dépend et nous parlons d'autre chose.
J'ai dix-neuf ans, les litchis ne sont plus chers et j'en prends souvent aux alentours de Noël quand je fais les courses.
J'ai vingt ans et j'ai un mixeur. Je tente des cocktails de fruits improvisés. Dans celui-ci, je mixe des oranges et une mangue. C'est en voyant des particules blanches dans le mixeur que je découvre que les mangues ont un noyau manifestement assez gros. Je me rattrape quelques jours plus tard en autopsiant un autre fruit.
J'ai vingt-cinq ans et Tiina me dit dans un courriel qu'elle est partie vivre à l'île Maurice avec son mari. Si j'en ai l'espoir, je sais que je ne la reverrai plus jamais car ce n'est pas trop mon truc de vouloir aller sous les Tropiques. Peut-être qu'une fois où elle viendrait passer des vacances en France... mais je n'y crois pas.
J'ai vingt-neuf ans, mes amis Julien et Anna partent vivre un an à la Réunion. Je me renseigne pour les rejoindre en vacances mais mon budget m'en empêche. J'irai plutôt à Malte. Ils me raconteront leurs voyages à Maurice, Rodrigues, etc.
J'ai trente-deux ans, je visite le musée Confluences à Lyon. Je vois la reconstitution d'un dodo et je me dis que cette fois-ci, je vais retenir sur quelle île il existait. L'île Maurice, donc. Je retiens mieux ce qu'il en est car j'avais lu l'histoire de l'île Maurice quelques mois auparavant.
J'ai sept ans, c'est la période de Noël. Ma mère me fait découvrir les litchis, elle me montre comment on les ouvre et comment on les mange. Elle me précise alors qu'il faut bien les déguster car ils viennent de loin et ils sont chers. Je m'en régale, comme ma sœur. Nous sommes d'accord que ceux qui ont le tout petit noyau rabougri sont bien meilleurs.
J'ai sept ans, je lis que les dodos étaient des oiseaux dodus, lents, pas très intelligents, qui ne savaient pas voler et qu'on ne trouvait que sur une seule île. Quand les gens sont arrivés sur l'île des dodos, ils ont pu les tuer et les manger facilement à cause de leurs tares. C'est un symbole de ce que l'Homme peut faire à la nature s'il ne fait pas attention. Je vois aussi ces drôles de bêtes dans des dessins animés.
J'ai huit ans, j'apprends à l'école que les femmes en Afrique portent des tas d'objets en équilibre sur leur tête en marchant. J'essaye évidemment d'en faire de même, je n'y arrive évidemment pas.
J'ai neuf ans, j'interroge mon père sur l'orthographe des litchis car je vois ce mot écrit de toutes les sortes dans les magasins : leechees, litchis, leetchees... Il me répond qu'il est souvent difficile de transcrire en Français des mots étrangers et que celui-là on peut l'écrire un peu comme on veut.
J'ai dix ans et pour la première fois je crois, j'ai un noir dans ma classe. Je peux le voir en vrai et je me pose des questions. J'imagine sa peau rugueuse et j'use de stratagèmes pour essayer de lui toucher le bras mine de rien. Je regarde ses mains, je demande à mon père pourquoi elles sont plus claires. Je n'arrive pas à imaginer son zizi. Un zizi noir, comment c'est possible ?
J'ai quatorze ans et je fais mon stage de troisième chez un vétérinaire. Un client amène un mérou car il a des parasites sur la peau. Pour moi, c'est juste un gros poisson. Lorsque j'en parle à ma prof principale, je vois qu'elle est stupéfaite de savoir qu'il y a un mérou dans un aquarium à Marseille, mais je ne comprends pas ce qu'il y a d'exceptionnel à ça.
J'ai quinze ans, je regarde le dessin animé Flo et les Robinson suisses. Dans un épisode, on y explique qu'il y a des arbres à pain sur l'île. Des arbres dont le fruit a le goût du pain. Je n'arrive pas non plus à me représenter cette idée dans ma bouche.
J'ai dix-huit ans et au début de mes études, je rencontre Tiina, une fille un peu plus âgée que moi venue de Finlande. Nous nous entendons bien, je fais la connaissance de son petit ami mauricien Jérôme. Je ne sais pas trop où se trouve l'île Maurice, quelle taille ça fait, quel statut ça a... Jérôme me parle de l'île, il s'énerve un peu quand je lui demande de quel pays l'île dépend et nous parlons d'autre chose.
J'ai dix-neuf ans, les litchis ne sont plus chers et j'en prends souvent aux alentours de Noël quand je fais les courses.
J'ai vingt ans et j'ai un mixeur. Je tente des cocktails de fruits improvisés. Dans celui-ci, je mixe des oranges et une mangue. C'est en voyant des particules blanches dans le mixeur que je découvre que les mangues ont un noyau manifestement assez gros. Je me rattrape quelques jours plus tard en autopsiant un autre fruit.
J'ai vingt-cinq ans et Tiina me dit dans un courriel qu'elle est partie vivre à l'île Maurice avec son mari. Si j'en ai l'espoir, je sais que je ne la reverrai plus jamais car ce n'est pas trop mon truc de vouloir aller sous les Tropiques. Peut-être qu'une fois où elle viendrait passer des vacances en France... mais je n'y crois pas.
J'ai vingt-neuf ans, mes amis Julien et Anna partent vivre un an à la Réunion. Je me renseigne pour les rejoindre en vacances mais mon budget m'en empêche. J'irai plutôt à Malte. Ils me raconteront leurs voyages à Maurice, Rodrigues, etc.
J'ai trente-deux ans, je visite le musée Confluences à Lyon. Je vois la reconstitution d'un dodo et je me dis que cette fois-ci, je vais retenir sur quelle île il existait. L'île Maurice, donc. Je retiens mieux ce qu'il en est car j'avais lu l'histoire de l'île Maurice quelques mois auparavant.
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