25/06/2017

Les Comores, de Charybde en Scylla

La kwassa-kwassa, souvent abrégée en « kwassa », est une danse originaire d'Afrique et particulièrement populaire aux Comores. C'est une danse énergique et festive où celui qui la pratique bouge dans tous les sens, d'où son autre nom « soukouss ».

Par extension, ce nom désigne aussi les bateaux de pêche comoriens. En effet, comme le fond de ces bateaux est plat, ils tanguent beaucoup et les personnes qui sont à bord bougent dans tous les sens comme s'ils dansaient.

« Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. »
Emmanuel Macron

Ces kwassas servent aussi à passer des clandestins des Comores à Mayotte ou plus rarement de Madagascar à Mayotte, ce petit bout de France échoué entre les côtes de l'Afrique et celles de Madagascar.

Kwassas à M'Tsamboro (Mayotte) - Septembre 2016

Le PIB par habitant des Comores est le vingtième plus faible au monde. Pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de routes, pas de médecins, pas d'argent. Rien ou si peu. Le tiers-monde au plus nu.

Soixante kilomètres, c'est la longueur de l'achéron qui sépare l'île d'Anjouan de la Grande Terre de Mayotte.

« J'étais à la plage en train de nager et j'ai vu un sac à main flotter. Puis un autre sac et un autre et encore des affaires. J'étais avec une copine, je lui ai dit « Viens, on s'en va, bientôt on va voir des corps qui vont arriver ! » Et en fait, c'était un kwassa qui avait chaviré. On l'a su parce qu'après on a vu l'hélicoptère de la gendarmerie venir sur place. »
Aurélie

En 2016, les autorités ont intercepté 432 kwassas avec 20 à 30 personnes à bord, parfois plus. 12 000 en tout. Combien d'autres arrivent à destination, mais surtout combien n'y arrivent pas ? Les autorités comoriennes parlent de 600 morts par an. 12 000 en vingt ans.

Mayotte est la Lampedusa de l'océan Indien, le lien entre l'indigence des Comores et les luxes de la vie en France. Oui, on peut déplorer l'impact de cette immigration sur l'Europe, la France et Mayotte. Et après ? 

« Quand j'étais à la PAF, le plus difficile, c'était quand on allait en mer parce qu'un kwassa s'était retourné. On devait aller repêcher les corps et les mettre dans des sacs plastique. Moi ça me choquait, surtout quand on cherchait les corps des enfants ou des bébés. Pourquoi ils traversent avec leurs enfants aussi ? C'est la faute des parents ! »Attoumani


Elle est là, l'horreur de ce monde, l'injustice d'être né au mauvais endroit. On ne peut accuser personne. Les parents qui mettent la vie de leur enfant en danger pour cette traversée à la fois courte et interminable ? Peut-être le ferions-nous à leur place. La France qui aurait pillé les richesses de ces îles avant la décolonisation ? En ont-elles jamais eues ? Les pays riches qui n'envoient pas assez d'aide ? Le problème se pose de la même façon dans des dizaines d'autres pays, rendant le problème insurmontable. Les dirigeants successifs qui ont détourné cette aide ? Peut-être un peu, mais si elle était totalement utilisée, cela ne résoudrait qu'une faible partie des pauvretés locales.

« Aujourd'hui, je suis allé donner des vêtements dans une association humanitaire de Mamoudzou.
J'ai attendu un instant dans une salle d'attente avec un gamin noir de 7-8 ans. Des femmes parlaient en Français derrière la porte juste à côté de sa chaise. J'ai regardé la feuille qu'il avait à la main.
Son dessin était un kwassa avec trois adultes et un enfant à moitié sur le kwassa et à moitié dans l'eau, comme agrippés.
Le dessin montrait plusieurs autres bonhommes, loin derrière le bateau avec des affaires. Il y avait aussi le mot « KWASSA » écrit en bas de la feuille et un poisson devant le bateau.
Je lui ai demandé "Bonjour. Tu sais parler Français ?" Pas de réponse. »

Ce cimetière à mer ouverte continuera à se remplir des corps de ces milliers de personnes et des larmes de leurs familles tandis que Mayotte continuera à se peupler de ceux qui ont survécu à la traversée.
Partout sur Terre, le problème se pose. Les USA font face à un afflux de Mexicains. La Chine subit une immigration de Birmans. L'Algérie ne sait plus que faire des Maliens, etc. Alors quelle solution ?
L'Australie gère une immigration venant d'Asie du Sud-Est. Au programme : des campagnes publicitaires dans les pays générant l'immigration illégale où il est indiqué que les gens n'auront aucune chance de vivre en Australie. Et surtout des patrouilles incessantes de la Marine australienne qui intercepte ces radeaux de fortune et sauve ainsi des milliers de personnes chaque année. Par la suite, ces migrants sont expédiés dans des camps en attente de leur traitement administratif. Est-ce la solution ?
« Le passeur explique aux clandestins qu'il faut passer de nuit pour pas se faire attraper par la PAF.
Parfois, il débarque les Comoriens sur la barrière de corail à marée basse en disant aux Comoriens de marcher dans telle direction puis il repart aussitôt.
La barrière de corail ne mène nulle part puis la marée monte inexorablement. »

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