Partir fut l'un des évènements les plus déchirants de ma vie, d'autant que j'en étais le seul responsable. Il est difficile de s'imaginer la douleur que l'on peut ressentir lors d'une déchirure causée par soi-même.
Quelle affliction que de transformer des relations existantes en peau de chagrin, quel calvaire que de ne pouvoir se rendre auprès de ses proches quand son cœur l'ordonne pourtant, quelle énergie incroyable pour sortir de sa zone de confort !
Oh évidemment, cette vie qui avait ses côtés agréables n'a pas été remplacée par le néant, ni par l'enfer. Evidemment, j'aime les plaisirs des Tropiques, je me délecte de connaissances, de saveurs, de découvertes mais toujours avec ce manque de l'avant, quelque part en arrière-plan.
Jusqu'à hier, précisément à l'heure où le Soleil prenait son temps pour se coucher.
Auparavant, j'avais gravi puis descendu la plaine des remparts pour me rendre dans la plaine des sables. Premier choc : l'impression de poser le pied sur un océan asséché de Mars.
Je m'étais ensuite rendu au rempart Bellecombe afin d'assister à l'éruption du piton de la Fournaise en cours.
Et je suis là, face à l'immensité de l'enclos rempli de millénaires de couches de lave, le brouillard remonte doucement dans ma direction et se laisse percer par les derniers rayons du Soleil, quand la lave est déjà à l'ombre. Pour la première fois de ma vie, je vois un léger arc-en-ciel poser son arrondi sur de la lave rougeoyante. Je regarde autour de moi et vois la mer de nuages après la montagne ainsi que l'immensité de l'océan. Moment hors du monde. A ce moment-là plus rien n'existe que ce paysage surréaliste. L'assemblement de ces couleurs est inédit, peint par le plus talentueux artiste de l'Univers : les nuances de noir qui composent l'enclos, le cratère qui éructe sa matière et ses sons, le rouge de la lave en fusion surplombé d'un arc-en-ciel de couleurs, le brouillard découpé en blanc d'une part, en bleu-gris de l'autre, les rayons du Soleil blancs par endroits, oranges par d'autres, le jeu des ombres des montagnes environnantes qui inondent peu à peu les lieux, l'océan d'un bleu qui s'approche inévitablement du noir.
Je suis face au plus beau spectacle de ma vie.
Et tout ce que j'ai dépensé de moi pour venir a sa justification dans cet instant-là.
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