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23/04/2020

Pitons d'Aphrodite

Plage de l'Hermitage (La Réunion)
Janvier 2018

Seul l'ultime horizon s'ouvre sur son éclat.
Aphrodite, osons, en sa tenue de gala,
Dévoile, par trop timide, les mille couleurs
De forêts humides, de lapis racoleurs,
De ses pitons de feu, de ses jours de froid,
De ses si beaux cheveux, du meilleur endroit.
Mon bonheur en son sein, rêve trop repoussé.
Saurai-je son dessein ? Allons-nous rebrousser ?

05/05/2018

Là-bas

Partir fut l'un des évènements les plus déchirants de ma vie, d'autant que j'en étais le seul responsable. Il est difficile de s'imaginer la douleur que l'on peut ressentir lors d'une déchirure causée par soi-même.
Quelle affliction que de transformer des relations existantes en peau de chagrin, quel calvaire que de ne pouvoir se rendre auprès de ses proches quand son cœur l'ordonne pourtant, quelle énergie incroyable pour sortir de sa zone de confort !


Oh évidemment, cette vie qui avait ses côtés agréables n'a pas été remplacée par le néant, ni par l'enfer. Evidemment, j'aime les plaisirs des Tropiques, je me délecte de connaissances, de saveurs, de découvertes mais toujours avec ce manque de l'avant, quelque part en arrière-plan.

Jusqu'à hier, précisément à l'heure où le Soleil prenait son temps pour se coucher.
Auparavant, j'avais gravi puis descendu la plaine des remparts pour me rendre dans la plaine des sables. Premier choc : l'impression de poser le pied sur un océan asséché de Mars.
Je m'étais ensuite rendu au rempart Bellecombe afin d'assister à l'éruption du piton de la Fournaise en cours. 

Et je suis là, face à l'immensité de l'enclos rempli de millénaires de couches de lave, le brouillard remonte doucement dans ma direction et se laisse percer par les derniers rayons du Soleil, quand la lave est déjà à l'ombre. Pour la première fois de ma vie, je vois un léger arc-en-ciel poser son arrondi sur de la lave rougeoyante. Je regarde autour de moi et vois la mer de nuages après la montagne ainsi que l'immensité de l'océan. Moment hors du monde. A ce moment-là plus rien n'existe que ce paysage surréaliste. L'assemblement de ces couleurs est inédit, peint par le plus talentueux artiste de l'Univers : les nuances de noir qui composent l'enclos, le cratère qui éructe sa matière et ses sons, le rouge de la lave en fusion surplombé d'un arc-en-ciel de couleurs, le brouillard découpé en blanc d'une part, en bleu-gris de l'autre, les rayons du Soleil blancs par endroits, oranges par d'autres, le jeu des ombres des montagnes environnantes qui inondent peu à peu les lieux, l'océan d'un bleu qui s'approche inévitablement du noir.
Je suis face au plus beau spectacle de ma vie.

Et tout ce que j'ai dépensé de moi pour venir a sa justification dans cet instant-là.



10/12/2017

La fille croisée dans la rue à Saint-Denis

Chère Demoiselle,


Il ne s'agit pas pour moi aujourd'hui de remettre en cause votre plastique irréprochable. La fraîcheur de votre poitrine qui reflétait votre jeunesse, le galbe de vos fesses qui semblait dessiné par les meilleurs artistes contemporains, la coloration unique de votre grain de peau, l'onctuosité prévisible de vos lèvres, la dimension de votre regard, la douce et merveilleuse harmonie de vos formes, votre chevelure parfaitement entretenue, définitivement, ne pouvaient laisser personne insensible. Il ne s'agit pas non plus de critiquer votre robe qui mettait si brillamment vos atouts en valeur. 
J'ai bien remarqué votre intérêt pour moi, auquel je n'ai, hélas, donné suite.

Peut-être aurions-nous pu avoir une discussion agréable, instructive. Obligatoirement, nous aurions passé un moment où nous aurions ôté votre robe si affriolante qui, je l'imagine, dissimulait d'aussi affriolants sous-vêtements. Peut-être eût-ce été un moment incroyable de belle intensité dans ma vie parfois bien compliquée. 

Toutefois, chère Demoiselle, je vous prie, je vous implore de me croire lorsque je vous écris cela : j'ai arrêté ma voiture devant le bout de trottoir que vous occupiez uniquement car je n'arrivais pas à m'orienter de nuit dans les rues de Saint-Denis que je connaissais surtout de jour. Je voulais uniquement rentrer dans mon GPS l'adresse du domicile que j'occupais depuis peu.