Nous n'y faisons pas forcément attention, mais lorsque nous y regardons de plus près, nous n'avons jamais ni le même discours, ni le même comportement face aux différentes personnes que nous rencontrons. En effet, s'il existe des invariants intrinsèques à chaque individu, nous ne nous comportons pas de la même façon au travail, entre amis, dans l'intimité, etc. Par exemple, qui parmi vous sort des blagues salaces à ses parents, son supérieur, un enfant ?
Imaginons un instant qu'un psy, bon cuisinier, incroyablement doué en drague et au lit, – moi, au hasard – se trompe de situation sociale...
On pourrait imaginer qu'un psy confonde travail et drague...
- Bonjour, je viens vous voir parce que ça va pas bien en ce moment. Mes parents et mon frère sont morts le mois dernier dans un accident de voiture, il n'y a plus que ma sœur et moi. En plus, je me remets à peine d'une chimio qui m'a abattu physiquement. Et comme si ça suffisait pas, mon copain est parti en vidant mon appartement, après m'avoir violée. J'en peux plus et j'ai besoin d'aide. Une amie m'a parlé de vous, c'est pour ça que je viens vous voir.
- Mouiiii. Et si on allait parler de ça, ailleurs. Un café, ça vous dit ?
- C'est à dire, je pensais à quelque chose de plus...
- Non, ne dites rien. J'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez un peu changer d'air et c'est pour ça que vous êtes venue. J'ai une meilleure idée pour le café : vous pouvez appeler votre sœur. Moi, j'appelle un ami et on s'organise un petit truc sympa.
La suite (pas forcément logique) pourrait se passer au lit. Situation qui ressemble à s'y méprendre à la préparation de la cuisine...
Bon alors, tu m'excuses, mais j'ai besoin d'un petit coup de pouce pour ce genre de choses. Excuse-moi, je cherche dans l'index. Tatata, voilà : « Donner du plaisir à une femme », c'est page 28. Attends, attends, je sais faire, c'est juste que j'ai pas la recette en tête. J'y suis.
Imaginons un instant qu'un psy, bon cuisinier, incroyablement doué en drague et au lit, – moi, au hasard – se trompe de situation sociale...
On pourrait imaginer qu'un psy confonde travail et drague...
- Bonjour, je viens vous voir parce que ça va pas bien en ce moment. Mes parents et mon frère sont morts le mois dernier dans un accident de voiture, il n'y a plus que ma sœur et moi. En plus, je me remets à peine d'une chimio qui m'a abattu physiquement. Et comme si ça suffisait pas, mon copain est parti en vidant mon appartement, après m'avoir violée. J'en peux plus et j'ai besoin d'aide. Une amie m'a parlé de vous, c'est pour ça que je viens vous voir.
- Mouiiii. Et si on allait parler de ça, ailleurs. Un café, ça vous dit ?
- C'est à dire, je pensais à quelque chose de plus...
- Non, ne dites rien. J'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez un peu changer d'air et c'est pour ça que vous êtes venue. J'ai une meilleure idée pour le café : vous pouvez appeler votre sœur. Moi, j'appelle un ami et on s'organise un petit truc sympa.
La suite (pas forcément logique) pourrait se passer au lit. Situation qui ressemble à s'y méprendre à la préparation de la cuisine...
Bon alors, tu m'excuses, mais j'ai besoin d'un petit coup de pouce pour ce genre de choses. Excuse-moi, je cherche dans l'index. Tatata, voilà : « Donner du plaisir à une femme », c'est page 28. Attends, attends, je sais faire, c'est juste que j'ai pas la recette en tête. J'y suis.
- "Embrasser votre partenaire en différents endroits : mains, cou, ventre, poitrine, par exemple." Comme ça, ça te plaît ?
- Bien, ensuite, "Caresser votre partenaire à son rythme à des endroits plus ciblés : poitrine, hanches, pubis. Lorsque ses pupilles sont dilatées, commencez à lui ôter ses vêtements. Attention, n'y allez pas trop fort sans quoi vous risquez de déchirer ses vêtements, et ainsi recommencer à la première étape. De même, prenez garde à l'électricité statique de son pull-over ou encore à ne pas lui arracher des cheveux. Pour les partenaires chauves, rendez-vous à la page 33 pour voir une recette plus adaptée à cette particularité." Excuse-moi, tes cheveux, ils sont bien vrais ? D'accord, je continue.
- "Pour les partenaires à forte corpulence, méfiez-vous lorsque vous approcher de son pantalon puisque les coutures des boutons risquent d'exploser et de vous blesser l'œil, ce qui mettrait fin à votre travail. Dans ces cas-là, demandez d'une manière diplomatique à votre partenaire de retirer elle-même son pantalon. Pour plus de détails, rendez-vous aux pages 37-42." Euh, je dois changer de page, ça te dérange ? Continue sans moi pendant que je cherche.
En revanche, il y a d'autres façons de cuisiner qui ne sont pas forcément les meilleures...
Donc, si je résume, d'un côté, vous reprochez, vous Madame Pommedeterre, à votre mari, Monsieur Oignon, de faire pleurer tout le monde dès qu'il sort, y compris vous. Et de l'autre côté, vous Monsieur Oignon, vous reprochez à votre épouse de retirer sa robe devant tout le monde, c'est ça ? Il est également apparu que vous déploriez tous les deux le manque d'intimité dû à la présence de vos « lardons » comme vous les appelez. Vous ne pouvez donc plus « passer à la casserole », comme vous dites, Madame. La question que je me pose, c'est de savoir si, au fond, toutes ces choses que vous cherchez à changer ne sont pas imbriquées les unes avec les autres. Qu'en pensez-vous ?
Donc, si je résume, d'un côté, vous reprochez, vous Madame Pommedeterre, à votre mari, Monsieur Oignon, de faire pleurer tout le monde dès qu'il sort, y compris vous. Et de l'autre côté, vous Monsieur Oignon, vous reprochez à votre épouse de retirer sa robe devant tout le monde, c'est ça ? Il est également apparu que vous déploriez tous les deux le manque d'intimité dû à la présence de vos « lardons » comme vous les appelez. Vous ne pouvez donc plus « passer à la casserole », comme vous dites, Madame. La question que je me pose, c'est de savoir si, au fond, toutes ces choses que vous cherchez à changer ne sont pas imbriquées les unes avec les autres. Qu'en pensez-vous ?
Enfin, il n'est pas toujours évident de savoir comment se comporter avec un enfant. Parfois, on peut avoir tendance à discuter avec un enfant comme avec un pote...
Dis-moi, je voudrais bien savoir ce que tu penses de Cécile Duflot. Moi, j'aime bien ses idées, les éoliennes, tout ça, mais le problème c'est qu'elle est de gauche. Qu'est-ce que t'en penses, toi ? T'aimes bien les éoliennes, c'est joli. Ouais, je comprends. Mais quand même, en votant pour les verts, ça me donne l'impression de voter PS et ça me gêne pas mal. T'en dis quoi ? Que t'aimerais bien voter, mais pour ça, il faut être grand. Ouais, je comprends.
Et puis entre nous, hein, j'aimerais bien glisser mon bulletin dans son urne à Cécile Duflot, pas toi ? J'irais bien planter mon éolienne en plein milieu de son champ de maïs bio, si tu vois ce que je veux dire. Tu vois pas ? La croissance, la décroissance, ça te parle pas ? Parce que pour le coup, la croissance, j'en ai une bien. Ça la fera peut-être changer d'idée sur les OGM. Ça t'intéresse pas son programme ? C'est ça, t'as neuf ans, tu t'intéresses pas aux choses importantes. Bon, va jouer avec ta copine de CM1. Et puis, hé ! Tu me diras ce que t'as fait avec elle, après.
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Photo : des cigognes qui « claquètent. » Un peu comme les coiffeuses, en fait – Munster (68), été 2007
Et puis entre nous, hein, j'aimerais bien glisser mon bulletin dans son urne à Cécile Duflot, pas toi ? J'irais bien planter mon éolienne en plein milieu de son champ de maïs bio, si tu vois ce que je veux dire. Tu vois pas ? La croissance, la décroissance, ça te parle pas ? Parce que pour le coup, la croissance, j'en ai une bien. Ça la fera peut-être changer d'idée sur les OGM. Ça t'intéresse pas son programme ? C'est ça, t'as neuf ans, tu t'intéresses pas aux choses importantes. Bon, va jouer avec ta copine de CM1. Et puis, hé ! Tu me diras ce que t'as fait avec elle, après.
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Photo : des cigognes qui « claquètent. » Un peu comme les coiffeuses, en fait – Munster (68), été 2007
