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28/02/2013

Pour une passoire, ce n'est pas un défaut d'avoir des trous

Je n'ai aucun défaut. Ô, rien de très prétentieux derrière cette affirmation, je remets simplement certaines vues d'esprit en cause. Au reste, n'ayant aucun défaut, je ne suis pas parfait non plus.


Interrogeons-nous sur ce qu'est un défaut. Un défaut peut être un manque, une insuffisance de ce qui serait nécessaire, et définition très proche il peut aussi bien être une imperfection.
Or, qu'est-ce que la perfection ? La perfection est la réunion de toutes les qualités chez une personne ou un objet. Et c'est là que le bât blesse. Une qualité ne peut pas être objective, mais seulement subjective. Dit autrement, ce qui sera considéré comme qualité par l'un ne le sera pas forcément pour l'autre. Par exemple, je considère le fait d'être galant comme une qualité mais j'ai déjà entendu des femmes dénoncer le fait que la galanterie était une manière de rabaisser les femmes au rang d'êtres faibles.
Vous êtes beau ? Est-ce une qualité ? Vous êtes fortuné, drôle, cultivé, charismatique, melliflu et vous pensez que ce sont des caractéristiques que tout le monde recherche ? Je dois vous annoncer qu'il y aura toujours une ou plusieurs personnes qui ne considéreront pas ces qualités en tant que telles.

Mieux, ce qui est a priori un défaut ne l'est pas forcément. Comme vous le savez peut-être, j'ai une tendance exceptionnelle à la procrastination, le fait de remettre des tâches au lendemain – au passage, pourquoi remettre au lendemain ce qu'on pourrait remettre au sur-lendemain ? – mais à vrai dire, cela peut être une façon pour moi d'économiser mon temps. Combien de tâches n'ai-je reporté alors qu'elles furent finalement annulées ? Combien de livres ai-je lu, combien de sommeils réparateurs ai-je gagné, combien de films ai-je découvert, combien de rendez-vous amoureux ai-je connu pour éviter de passer le balai/écrire une lettre/enterrer ma dernière victime dans mon jardin/ faire de la paperasse/apporter des galettes à ma mère-grand/effectuer une quelconque tâche rébarbative ? Le bénéfice de ma fainéantise devient alors supérieur à son coût, le défaut devient utile, le gaspillage de temps devient lucratif, le défaut n'en est pas un, le défaut n'existe pas.

 
Pour la carotte, le lapin est la parfaite incarnation du mal
Thorame, janvier 2012
 
Réciproquement, la qualité en tant qu'aspect positif n'existe pas non plus. Je suis grand, ce qui est une qualité d'un point de vue social, mais le fait de devoir me baisser sans arrêt m'apporte régulièrement des douleurs au dos, ce qui en fait un défaut.
Non, les qualités n'existent pas, la perfection – qu'elle s'applique aux humains ou aux choses – devient donc impossible car indéfinissable.

 
Les défauts n'existent pas, les qualités n'existent pas, alors que reste-t-il ?
Moi, vous, ce que nous sommes, hier aujourd'hui et demain. Chaque médaille à son revers, chaque chose a un coût dont il faut s'acquitter, chaque tartine de Nutella est aussi faite avec du pain. Et bien pour nous, c'est pareil.

01/01/2013

Bonne année 2013 !

Au risque de manquer d'originalité, je souhaite une
bonne année 2013 à tous les lecteurs du blog !

Fossiles sur fond de pin et de bois d'olivier

22/12/2012

Lettre ouverte à Dieu

Après avoir écrit au Virgile du futur, il me paraissait logique de passer à l'étape supérieure et de m'adresser à Dieu. Nous y voici donc.


Cher Dieu,

Je t'écris aujourd'hui pour te faire part de mon immense mécontentement quant à tes dernières actions ou plutôt quant à tes dernières inactions.
En effet, nous sommes le 22 décembre 2012 et hier, à la grande surprise générale, la fin du monde n'a pas eu lieu.
Pour ma part, j'étais ravi d'avoir échappé au crash de la station Mir qui devait avoir lieu le 11 août 1999, puis au bug de l'an 2000 qui ne m'avaient même pas laissé une égratignure. Un peu plus tard, j'ai également survécu à la terrifiante date du 06/06/06. Et surtout, j'ai réussi à survivre à l'alignement exceptionnel du Soleil, de Vénus et des loches de Pénélope Cruz du 04 septembre 2010, événement rarissime et catastrophique, la dernière fois ayant été à l'origine de la déchéance de l'Empire romain. 

Peyresq - avril 2004
En revanche, pour le 21 décembre 2012, il était certain qu'il y aurait un alignement cosmique qui allait entraîner, si ce n'est la fin du monde, au moins un cataclysme gravissime qui aurait engendré la mort de plus de 95% des êtres humains de la planète. Ca devait se passer comme dans la Bible : de la grêle et du feu qui ravagent la Terre, la mer qui se transforme en sang, la lumière du Soleil qui faiblit, une invasion de sauterelles, etc.
Alors du coup, j'en ai profité pour faire tout ce que chaque être humain censé aurait fait : j'ai profité de l'imminence de la fin du monde pour faire tout ce que je n'aurais pas fait si j'avais imaginé que j'en paierais les conséquences.
La première des choses, c'est que j'ai évidemment laissé tomber mon travail quelques semaines avant l'apocalypse pour me dégager du temps libre. Bon, je suis pas bête, je savais que je n'allais pas tenir longtemps sans argent alors j'ai décidé de dépenser toutes mes économies. Et puis comme je savais qu'il n'y aurait pas de conséquences, j'ai aussi dépensé les économies de plusieurs personnes de mon entourage qui avaient eu la mauvaise idée de laisser traîner un RIB dans un tiroir de leur bureau.

La moindre des choses qu'on puisse dire, c'est que j'ai su en profiter. Toi-même, Dieu, tu serais surpris de la facilité à raccourcir le délai d'attente pour avoir un couvert dans les restaurants trois étoiles tant qu'on peut avancer suffisamment d'argent.
Et je n'y suis pas toujours allé seul, loin de là. Grâce à cette fin du monde annoncée, je me suis libéré de la contrainte de ma santé et je me suis donc rendu à Moscou. Pas pour photographier la ville, non, mais surtout, ne craignant plus les MST, pour profiter de la chaleur des femmes russes d'une part, et pour vendre l'un de mes reins d'autre part. Ça peut valoir très cher un rein. En tout cas, suffisamment pour pouvoir acheter une parure de diamants que j'ai offert à la fille de mes rêves. Certes, ça n'a pas suffi à la séduire, mais au moins j'ai rendu cette fille heureuse pendant toute une après-midi minimum.

Dieu sait, pardon, tu sais, que je ne me suis pas arrêté là. En effet, j'en ai aussi profité pour satisfaire nombre de mes curiosités : à quoi ressemble l'intérieur d'un écran de télévision plasma, d'un appareil photo ou de dizaines d'autres choses de mon intérieur, quelles mesures de coercition sont efficaces pour faire taire un bichon frisé, etc.
J'en ai même profité pour tuer plusieurs personnes au hasard dans la rue, pour voir si ça se passe comme dans les séries policières américaines (si tant est qu'on puisse utiliser l'expression « au hasard » pour décrire 870 kilomètres de voiture et 17h40 heures d'attente effectués dans trois villes de France).

Pour réussir tout ça, je n'ai pas hésité à prendre assez de cocaïne pour tenir le coup. Ça marche bien ce truc. Le problème, c'est que j'en avais acheté seulement pour tenir jusqu'au 21 décembre et qu'aujourd'hui nous sommes le 22 et je m'approche à grands pas du syndrome de manque. Je pourrais bien m'en acheter un peu pour me sevrer progressivement, mais j'ai déjà claqué tout ce qu'il me restait dans un baptême d'apesanteur (ça coûte cher la stratosphère). J'espérais d'ailleurs te voir en allant là-haut, mais je crois que tu n'as pas répondu au rendez-vous.
J'ai bien fait quelques autres choses dont je ne suis pas très fier, notamment dans un établissement du Marais que je déconseille ou avec un père Noël, histoire de choquer les enfants de l'assistance médusée.

Bon enfin bref, j'ai été particulièrement déçu de cette non fin du monde et je tenais à te le dire. A part l'album de reprises de Jean-Jacques Goldman, il faut dire qu'on n'a rien eu de très catastrophique pour ce 21 décembre, ce qui représente une double peine pour nous tous. Et établir une double peine alors que la gauche est au gouvernement, je trouve ça minable.

Je vais donc essayer de survivre à cette survie, mais une chose est sûre, c'est que ça ne sera pas grâce à toi.

24/10/2012

Pays-Bas, l'autre plat pays

Les Néerlandais sont-ils vraiment des êtres humains et si oui sont-ils des êtres humains comme les autres ? 

Commençons par une mise au point lexico-géographique et demandons-nous ce qu'est un Néerlandais. Un Néerlandais est un habitant des Pays-Bas (petit pays situé entre la Belgique, le pays de Angela et la mer du Nord) et par conséquent, il ne doit pas être confondu avec un Hollandais qui est un habitant de la Hollande. La Hollande est elle-même une région des Pays-Bas ; elle comprend actuellement deux provinces qui abritent environ un tiers des Néerlandais. Par conséquent, appeler un Néerlandais un Hollandais est aussi juste que d'appeler un Français un Parisien ou un Portugais un homme de bon goût. Les Néerlandais parlent le Néerlandais, qui est une langue germanique. En d'autres termes, les Néerlandais sont comme des Belges qui essaient de parler schleu. Précisons à toutes fins utiles qu'ils représentent le « ne » du mot Benelux, puisqu'en Néerlandais le pays s'appelle Nederland (qui, au reste, ne doit pas être confondu avec Neverland, le pays dans lequel vit Peter Pan). 
A l'heure du réchauffement planétaire et de la hausse du niveau de la mer, le Néerlandais développe son pays en construisant sous le niveau de la mer, démontrant ainsi la grande proximité de son intelligence avec celle de son frère Belge. 

Quand nous, Français, pensons aux Pays-Bas, nous nous représentons des tulipes, des fromages, des vélos et des moulins. Les plus sportifs d'entre nous se représentent leur équipe nationale de foot, les plus politisés se représentent le traité de Maastricht ou la cour internationale de la Haye, les plus cultivés se représentent Vincent Van Gogh et les plus idiots se représentent un samouraï. 
Néanmoins, les Pays-Bas, ça n'est pas que ça. Non. Les Pays-Bas, c'est aussi la drogue, les prostituées, l'extrême-droite au gouvernement, le climat lourd (météo moyenne en août : 17° pour 95 mm de pluie), la mer grise, les hooligans violents. Peut-être pour toutes ces raisons, la consommation annuelle de bière y atteint les 81,2 litres par habitant en moyenne. Ça fait rêver, hein ? 

Mais à la limite, dans l'absolu... On pourrait s'en moquer de tout ça ! Le problème, c'est qu'ils ne se limitent pas à cela. Non contents de nous avoir envoyé leur président, ils viennent par vagues entières chaque été ! Ils colonisent le Sud-Est de la France avec des millions de camping-cars. Cette colonisation apporte bien quelques utilités, mais à part le Vélib et le gouda au cumin, voyez-vous un seul autre avantage à leur invasion saisonnière ? La pollution de l'air dans la vallée du Rhône ? C'est à cause d'eux. Le trafic ralenti à 40 km/h en ligne droite et à 25 dans les virages ? C'est encore à cause d'eux. Les accidents de la route ? S'ils n'en sont pas coupables, tout au moins en sont-ils à l'origine dans la mesure où les autres conducteurs essaient de les doubler pour éviter de devoir arrêter un camping-car de force, obliger les occupants à en descendre et leur enfoncer leurs tubes de crème solaire dans l’œsophage avant de noyer leurs enfants albinos dans la première rivière venue. En somme, les Français donnent parfois de leur corps pour éviter d'avoir à faire du mal à ces Néerlandais. Raison de plus pour interdire l'accès du pays à cette vague orange.


Lac de Castillon, été 2012 - L'endroit plaît fortement aux Néerlandais



01/09/2012

Cette porte doit rester fermée

Le grand avantage de la photographie, par opposition à d'autres formes d'art, c'est qu'il est très facile de faire une très belle œuvre. 
Trouvez un beau décor, trouvez une jolie fille, demandez-lui de sourire, faites un plan serré et un centième de seconde plus tard, vous avez une photo probablement splendide. Demandez à votre sujet de regarder ailleurs et votre cliché n'en sera que plus beau. 

D'un autre côté, il est plus difficile de faire une belle photographie sans y inclure de sujet évidemment beau. C'est toutefois ce que je vais essayer de vous proposer aujourd'hui. 


Nikon D90, 1/30 s, f/5.6, 360 ISO, focale équivalente : 45 mm

Cette photographie a été prise en juillet dernier dans le centre de Rocheplane à Saint-Hilaire du Touvet, dans l'Isère. Dès lors, le cliché s'aborde de deux points de vue différents. Dans le premier cas, on ne connaît pas Saint-Truc du Machin et le cliché s'envisage tel qu'il est, dénué de tout contexte, exempt de toute émotion. 
Au premier abord, le cliché paraît bien réalisé, académiquement parlant. On peut y voir un jeu de lignes perpendiculaires et parallèles qui charpentent la composition. Il existe également plusieurs jeux de contrastes : la netteté d'un coté et le flou de l'autre, l'opposition entre l'aspect délabré des locaux et la nature qui semble vigoureuse à l'extérieur. Le panonceau offre une perspective intéressante à l'ensemble : en étant au premier plan, son orientation ouvre au second plan et invite à constater des débris difficiles à identifier. 
Enfin, il existe un antagonisme saisissant entre le texte du panonceau « CETTE PORTE DOIT RESTER FERMÉE » et le fait qu'elle demeure ouverte. Qu'est-ce que cela signifie ou a pu signifier ? Est-ce que cette porte doit rester fermée pour en faire un cache-misère ? Est-ce que, au contraire, son ouverture prohibée fait partie de la vétusté ? Souffle-t-il ici un vent libertaire qui aurait poussé on ne sait quel anarchiste à violer cette obligation unique qui nous indique, au cas où nous l'aurions oublié, que cette porte doit rester fermée ? Pour l'anecdote, on peut même se demander comment une porte sans poignée peut avoir été ouverte. 
De même, si l'on prend un peu de recul sur l'explication artistique, d'autres questions se font jour : où été pris ce cliché ? Quel est ce bâtiment au milieu de la forêt ? Qu'y a-t-il au-delà du cadrage photographique ? 

Il existe heureusement un deuxième point de vue possible permettant de comprendre les zones d'ombre de cette photographie, c'est le cas où l'on connaît parfaitement Saint-Hilaire du Touvet. Rocheplane est alors un nom très familier. Intime, même. 
Dans ce cas-là, l'émotion est présente et menace de vous submerger, telle une avalanche de neige qui emporterait les ignorants sur son passage. La seule évocation de certains termes que sont les petites roches ou la pierre courbe vous place dans un contexte où vous êtes frappé d'une souffrance causée par le regret obsédant du lieu qui vous a façonné et dont cette photo est le symbole de son irrémédiable déchéance. 
Vous savez alors très probablement les terribles mésaventures qui ont frappé ce jardin secret : la désaffection, l'abandon, le pillage, le délabrement progressif qui sont autant d'atteintes aux biens qu'à la petite flamme qui persistait dans votre cœur, là, tout au fond de votre nostalgie. 
Le cliché prend alors une toute autre dimension. Les lignes parallèles et perpendiculaires n'étayent plus la composition de la même façon. Les carreaux cassés viennent contaminer ces lignes et brisent ici la charpente de la composition. Les droites tracées par les tuyaux ne sont plus si droites que ça. La verdure de l'extérieur vient envahir la scène car on imagine qu'un jour ou l'autre elle recouvrira cette construction dans son ensemble, parachevant sa disparition. Les lambeaux de peinture, les morceaux de tuyaux, le carrelage en cours de désagrégation vont bien au-delà de la désaffection professionnelle : ils vous meurtrissent, exactement de la même façon que lorsque vous repensez à une scène heureuse de votre enfance dont vous savez qu'elle ne pourra jamais plus se reproduire parce que les personnes et les sentiments qui la composaient ont disparu. 
Alors le panonceau se charge d'un symbole supplémentaire. Le simple antagonisme décrit plus haut devient un terrifiant dilemme : que choisir entre l'invitation à pénétrer cette pièce lourde de tous ses symboles et suivre la consigne sur fond noir ? Si jamais vous suivez la perspective et décidez de passer ce panneau, vous ne serez plus la simple victime de la nostalgie, la douleur qu'on aime parfois avoir, car les blessures infligées au bâtiment vous enlèveront cette dimension de plaisir. Mais vous ne pouvez pas vous en empêcher : il faut aller voir, il faut avoir mal pour avoir envie de passer à l'étape suivante, la deuxième partie du dilemme. 

Enfin, vous suivez la consigne indiquée en gros depuis le début. Après une interminable promenade douce-amère dans vos souvenirs et votre aigreur, après une avalanche qui a détruit trop de choses, vous vous exécutez. Même si c'est la dernière chose dont vous ayez envie, vous n'avez pas le choix, car cela n'a jamais dépendu de votre avis. Cette porte doit rester fermée. 
Puis, le cœur lourd, vous ressortez du bâtiment, n'importe où pourvu que ce soit loin d'ici, à la recherche de nouvelles portes qui, elles, ne seront jamais aussi pesantes.

14/07/2012

Qui sont les psys ?

Moi sur la plage de Bugibba - Malte, avril 2012

Il y a des sujets personnels auxquels TOUS les psys sont confrontés plus ou moins fréquemment. Et je vais vous donner aujourd'hui ma réponse qui, je l'imagine, correspond à la vision de la majorité de mes confrères. 



La première croyance que les gens peuvent avoir, c'est que tous les psys auraient eu une relation symboliquement incestueuse avec leur mère ou bien qu'ils seraient des parents calamiteux ou bien encore qu'ils seraient « fous » à moins qu'ils ne fussent des pervers manipulateurs ou – pourquoi pas ? – tout cela en même temps ou n'importe quoi d'autre qui montre que les psys sont des personnes bizarres. D'ailleurs le psy ferait bien d'aller voir un autre psy puisqu'il est au minimum un peu fou. 

La deuxième croyance est l'exact contre-point de la précédente. En effet, le psy a fait des années et des années d'études. Son exercice professionnel lui a permis d'accumuler une incroyable somme de connaissances sur l'être humain et sur les relations inter-individuelles. A ce titre, il est évident que cet homme si intelligent réussit tout ce qu'il entreprend puisqu'il sait à l'avance comment les gens vont réagir. Un psy ne peut pas avoir de problèmes de couple puisqu'il aide les autres à résoudre les leurs. Un psy sait comment éduquer ses enfants puisqu'il a lu tout Dolto (bon, en vrai c'est encore mieux puisqu'un psy a lu pendant des années les livres de Mélanie Klein, Anna Freud ou Donald Winicott). Un psy ne se dispute jamais avec personne puisqu'il sait désamorcer les conflits. Mieux, il est tellement bienveillant qu'un psy ne peut jamais se disputer avec qui que ce soit. En plus, comme le bon psy va consulter un autre psy, c'est sûr qu'il sait prendre du recul sur la situation à tout moment. 


Je ne crois pas avoir exagéré les points que je viens d'énoncer, ce sont des lieux communs qui ressortent presque systématiquement lorsque j'annonce à quelqu'un le métier que je fais. 
Vous allez peut-être naturellement pencher vers l'un ou l'autre de ces stéréotypes, voire peut-être même les deux en même temps. Et ma réponse est que... ni l'un ni l'autre n'est juste. 

Ca va peut-être vous paraître insensé, mais les psys (-chiatres, -chologues, -chothérapeutes) sont des hommes et des femmes comme les autres. C'est fou, hein ? La plupart des psys ne sont pas plus ou moins « atteints » que n'importe qui, ils ne sont pas plus ou moins intelligents que dans n'importe quelle autre profession au niveau d'étude comparable. Le psy a des réussites et des échecs dans sa vie amoureuse comme n'importe qui d'autre. Je n'ai pas connaissance d'une étude comparative sur le taux de divorce des psys par rapport au reste de la population, mais je suis persuadé qu'il est sensiblement le même. On peut continuer comme ça pendant des heures : lorsqu'un psy joue avec son enfant, il ne cherche pas à développer le côté psycho-éducatif de la relation parent-enfant au travers d'un objet transitionnel. Non. Le psy cherche à jouer avec son enfant parce qu'il trouve ça agréable. Vous en voulez encore ? J'ai entendu dire une fois que le psy pouvait s'énerver contre cet idiot de voisin qui a encore bloqué la sortie de son garage. Pire : le psy peut être cet idiot de voisin ! Comme tout le monde, le psy est croyant ou non, il a des opinions politiques ou non. Comme vous, le psy est parfois illogique ou impatient, il pratique du sport ou non, il est sympathique ou froid. Peu importe au fond, le psy est un homme ou une femme comme les autres ! 

Tout au plus, peut-on remarquer que le psy est susceptible d'avoir dans sa vie personnelle quelques « trucs » qu'il tire de son expérience professionnelle. Mais au fond on pourra trouver ce genre de comportements chez n'importe quel chef d'équipe, employé des ressources humaines, avocat, etc. (cela fera d'ailleurs l'objet d'un article à venir). 


Vous voilà donc prévenus sur la nature intime du psy qui n'est pas foncièrement différente de la vôtre. 
Enfin, après on peut poser un interminable débat sur les différences et les points communs inter-individuels (chacun est différent et en même temps chacun ressemble à une partie du reste de la population), mais cela est une piste que nous pourrons explorer plus tard.

31/03/2012

Etre ou avoir ?

Il y a être et avoir. Ces deux verbes sont les plus utilisés de la langue française, et ce n'est pas seulement pour leur rôle d'auxiliaire de conjugaison, c'est aussi pour l'importance que nous accordons aux deux états qui vont avec : avoir quelque chose, être quelqu'un. 

Je ne vais pas m'étendre sur le double discours de la gauche qui consiste à diaboliser le verbe avoir, symbole de la société de consommation, en même temps qu'elle ne demande qu'une seule chose : attribuer plus d'argent à ceux qui en ont peu afin qu'ils puissent plus consommer. 

Peut-être l'interpréterez-vous justement comme l'un de ces symboles de la société de consommation, mais depuis quelques mois, je possède, j'ai, un nouvel appareil photo. Et ce nouvel avoir fait de moi un être légèrement différent d'avant. 


Thorame - janvier 2012
Plus rapide, plus polyvalent, plus permissif, plus sophistiqué, en bref : bien plus performant que mon précédent appareil, mon D90 va jusqu'à changer la représentation visuelle de mon environnement dans mon cerveau. Désormais, je ne vois plus d'oiseau. Je vois un sujet cadré dans mon objectif. Je sais à peu près la longueur de champ que je vais utiliser, je sais où je vais me positionner, j'imagine déjà le cliché. Auparavant, cet instant aurait été trop fugace, cet oiseau trop éloigné pour que j'en tire un cliché correct. Désormais, mon champ des possibles s'est ouvert à ces anciennes difficultés. D'autres vont progressivement s'ouvrir à moi au fil de ma maîtrise de l'appareil ou de mes futures acquisitions. 
A ce point-là, il est difficile de dire si mon appareil est seulement l'outil qui vient dans le prolongement de mon cerveau puisqu'il réorganise mes représentations. Il est difficile de dire si l'avoir ne vient pas compléter l'être ou le modifier. 



Nice - avril 2012
Mais cela ne s'arrête pas là. Dans quelques semaines, je partirai en vacances dans un lieu chargé d'histoire. Aux vieilles ruelles, aux monuments historiques et aux majestueux palais, viennent se greffer d'autres lieux auxquels je n'aurais peut-être pas prêté autant d'attention : réserves animalières, falaises, forêts méditerranéennes, etc. tout cela dans le but d'espérer rapporter quelque cliché plus surprenant ou plus esthétique que les autres. Mon appareil photo va donc jusqu'à modifier mon emploi du temps et les lieux où je me rends. Et à bien y réfléchir, j'avais déjà pensé à cette destination six mois auparavant, mais j'attendais d'acquérir cet appareil avant de m'y rendre... 
Et ça va encore plus loin ! Depuis que j'ai cet appareil, les gens me perçoivent différemment. Un inconnu vous a peut-être demandé un jour de le prendre en photo au pied d'un monument et vous avez sûrement accepté, écouté les consignes et pris quelques photos. Je suis passé à l'étape supérieure puisque maintenant, les gens ne me donnent même plus de consignes ou de conseils. Ils se contentent de dire que je sais sûrement comment faire avant de me laisser leur matériel à 400 € dans les mains. 


Vanina - Paris, mars 2012
Mes amis aussi me voient différemment. Je le vois très bien quand leurs yeux croisent le fond de mon objectif, j'en suis même surpris. Une expression de visage tout juste liminale, qui en devient même intime. L'espace d'un instant, il se produit une interaction qui n'était pourtant pas là quelques secondes auparavant. Mais pour ma part, c'est plus sur les expressions suivantes que je vais m'attarder. Les yeux qui ont vu mon appareil m'indiquent si je peux les prendre en photo ou pas. Existe-t-il cette connivence, cet accord pour figurer sur une photographie ? Existe-t-il ce regard de désapprobation qui bien souvent va m'arrêter ? Mais encore, est-ce que ce regard fuyant signifie l'envie de fuir l'objectif ou le photographe ou est-il l'expression d'un sentiment plus profond indécryptable sur le moment ? Et surtout, pourrai-je en tirer quelque chose d'esthétique ? 
Je prends mes amis plus souvent en photo qu'avant. Et paradoxalement, ils s'en plaignent plus, mais semblent plus impatients de voir le résultat final. 


Alors au final, ce nouvel appareil photo, c'est bien plus qu'un objet de consommation, c'est un loisir, un outil, un complément, une ressource. C'est un objet qui marque ma manière de voir mon environnement, qui m'y amène, parfois. Ce simple « avoir » ouvre la perspective à de nombreux autres verbes : faire, aller, créer, immortaliser, extraire, transmettre, trouver... Il en devient même un marqueur social puisque je suis passé de « celui qui prend des photos » à « photographe ».


P.S.: Si vous arrivez à identifier le rapace que j'ai pris en photo, je veux bien que vous m'indiquiez ce que c'est comme espèce.

21/11/2011

C'est la taille qui compte !


La Barben - été 2008
Derrière cette affirmation – très sujette à caution, je vous l'accorde – se cache une intolérable réalité que subit toute une frange de la société. Cette population, dont je fais moi-même partie, se voit pernicieusement entravée dans sa vie quotidienne.

En un sens, je fais partie d'une minorité opprimée, moi, homme blanc hétéro et chrétien. Combien sommes-nous ? De plus en plus. Qui sommes-nous ? Des hommes, principalement, qui viennent de tous les horizons. Riches, pauvres, blancs, noirs, peu importe. Que voulons-nous ? Le changement, à défaut de la révolution.

A l'heure où toutes les revendications communautaires sont exacerbées, montrées, communiquées, nous faisons partie des oubliés, des sans-parole. Tous ont droit à une place dans les médias : les sans-papiers, les handicapés, les homosexuels, les noirs, les juifs, les Roumains, les gros, les communistes, les bobos, les rappeurs, les pauvres, etc. Tous sont entendus, le commerce s'adapte à eux, les hommes politiques leur adressent des discours et adaptent leurs actions.

Et moi ? Et moi ? Et moi ?
Ou plutôt : et nous ? Et nous ? Et nous ?
Oui, nous les grands, que nous propose-t-on ? Car c'est là que se trouve le problème.
On nous propose juste des lits trop courts, des éviers trop bas, des volants trop proches, des places trop exigües dans les transports en commun, des miroirs qui ne permettent de se voir que le buste, des lumières en plein visage, des poutres sournoises, des couettes trop petites, des baignoires qui ne permettent même pas d'allonger nos jambes, des portes dont l'encadrement arrive juste à la hauteur de notre cuir chevelu (histoire qu'on ne puisse pas savoir a priori, si on peut passer), des chaises et des tables qui ne permettent ni d'étendre ses jambes, ni de les garder perpendiculaires, des rampes d'escalier inatteignables, des plafonds dans les voitures si bas qu'il est impossible de boire à la bouteille, des cercueils plus chers, des difficultés pour embrasser nos compagnes ou nos compagnons (et encore, je vous laisse imaginer si votre position sexuelle préférée serait compatible avec une personne de trente centimètres de plus ou de moins que vous). La liste est interminable.

Alors évidemment, il existe de nombreux avantages à avoir une grande taille, et plus particulièrement pour les hommes. Avant tout, les grands bénéficient de plusieurs représentations sociales, très souvent positives. En effet, dans l'imaginaire collectif les grands sont rassurants, virils, forts tandis que les grandes sont sveltes et distinguées.
Au quotidien, être grand c'est ne jamais avoir besoin de demander à quelqu'un de prendre cette boîte là-haut. Etre grand, c'est pouvoir retrouver plus facilement quelqu'un dans une foule (et inversement), c'est aussi pouvoir réaliser plus facilement d'innombrables tâches, avoir un avantage dans de nombreux sports. Là aussi, la liste est longue.
Mais notre quotidien est souvent oppressant, au sens physique du terme, les accidents sont fréquents et la posture voûtée que nous devons sans cesse adopter nous donne mal au dos, car notre environnement est adapté aux personnes de taille moyenne.
Pire, notre environnement est adapté aux femmes de taille moyenne, aux ménagères de moins de cinquante ans, c'est-à-dire aux femmes d'environ 1,60 m.

Prenons un exemple : la cuisine et le ménage. Allez dans votre cuisine et observez bien : aucun meuble, plan de travail, table de cuisson ou appareil électroménager ne dépasse les 90 cm de hauteur. 90 cm, ça n'arrive même pas au bassin d'une personne qui mesure 1,80 m !! Mesdames, essayez de cuisiner dans une casserole qui serait située à mi-chemin entre vos genoux et votre bassin !! De même, essayez de passer le balai, mais en supprimant les vingt-cinq derniers centimètres du manche. Essayez de faire la vaisselle debout sur un marche-pieds, vos doigts n'atteindront même pas l'évier. Dans toutes ces situations, au bout de même pas dix minutes, votre dos vous enjoindra à aller vous allonger !
Au fond, cela crée un cercle vicieux où les hommes fuient le ménage parce que le ménage est plus difficile à faire pour eux. Donc les femmes font plus le ménage, donc les industriels fabriquent de petits balais, donc les hommes ont mal au dos, donc ils font moins le ménage, donc...

Pour palier à ces désagréments, une marque, une seule, s'enorgueillit de faire des meubles adaptables à tous. Oui, Ikea est la seule marque à proposer des lits dont le standard est 200 cm de long au lieu de 1,90 m. Passage obligatoire quand on mesure 1,88 m comme moi. Hélas, ils n'ont pas poussé la réflexion jusqu'aux couettes encore un brin trop courtes, ni aux plans de travail auxquels il manque toujours la possibilité d'ajouter trente centimètres de hauteur...
Pire encore : les grands sont de plus en plus nombreux, ce que les commerçants semblent ignorer. La preuve, vous pouvez constater que les XL et les grandes pointures sont les tailles les plus fréquemment indisponibles, ce qui montre une inadéquation entre l'offre et la demande !

Alors si les ingénieurs sont capables de prévoir des rampes d'accès pour les fauteuils roulants, au nom de tous mes semblables, je réclame l'égalité d'accessibilité à tous les services du quotidien !!

27/10/2011

Le sacré à Thorame

Je n'ai de cesse de le dire : Thorame est le plus beau village du monde. Il est tellement beau, à vrai dire, qu'une personne de prestige s'y est arrêtée pour y rencontrer l'un des villageois. Une personne de prestige, oui. Clint Eastwood ? Dany Boon ? Kurt Cobain ? Catherine Deneuve ? Georges Brassens ? Non, mieux !!
Euh... François Mitterand ? Barack Obama ? Didier Super ?
Mieux, je vous dis !!
Napoléon ? De Gaulle ?
Bien plus prestigieux !
Je sais pas. Dieu ?
Presque !
Nicolas Sarkozy ?
Non plus. Thorame a connu une apparition de la Vierge Marie qui offrit une fleur cueillie dans le paradis à un paysan du village en lui demandant d'édifier une église à l'endroit de leur rencontre. C'est cette rencontre qui est à l'origine de l'église de Notre-Dame de la Fleur.
Je n'ai pas osé parler d' « érection de l'église », je me suis dit que ça faisait limite dans le même paragraphe que la Vierge.
Bref.

Chaque année, en mémoire de cet évènement, a lieu une procession où l'on transporte la statue de la Vierge de l'église de Thorame, jusqu'à l'église de Notre-Dame de la Fleur (7 km). J'ai photographié cette procession et il se trouve que l'une de mes photos a été choisie pour illustrer l'article dédié dans le livre Le sacré dans les Alpes que je vous recommande chaudement (Ouaiiiiiis, c'est là où je voulais en venir).


Statue de ND de la Fleur, procession de la Pentecôte 2011
(mais ce n'est pas cette photo qui illustre le livre)
Ce livre décrit quelques uns des lieux sacrés les plus remarquables dans les Alpes du Nord et du Sud : les incontournables, comme Notre-Dame de la Sallette ou le monastère des Chartreux, mais aussi d'autres, moins connus, comme cette église à deux clochers, l'un pour les messes catholiques, l'autre pour les messes protestantes. On y découvre aussi l'incroyable église de Passy (Haute-Savoie) décorée par Braque, Matisse, Chagall, Léger, Rouault et bien d'autres lieux encore.

Je vous invite donc à découvrir tous ces beaux lieux alpins en vous procurant ce livre, que vous devriez trouver facilement dans toutes les bonnes crèmeries.
 (Je précise au passage que je ne touche pas de droits d'auteur en fonction des ventes effectuées. Je ne vous conseille donc pas ce livre pour mes intérêts personnels)

16/09/2011

Chacun son île


Si mes souvenirs sont bons – et ils ne le sont malheureusement pas toujours – l'un des premiers DVD que j'ai acheté était celui de La plage. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, La plage, ce n'est pas que l'envoûtante bande originale interprétée par les All Saints, La plage, c'est aussi l'histoire d'un très beau jeune homme, interprété par Leonardo Di Caprio, qui cherche un lieu paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent. C'est ainsi qu'il se retrouve sur une île thaïlandaise, paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent habitée par un petit groupe d'humains qui – comme lui – recherchent un endroit paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent.

Tout se passe bien pour Richard – c'est son nom – sur cette île paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent, jusqu'à ce que, pour une raison que je ne vous dévoilerai pas, Richard soit banni par la communauté.
Le protagoniste entre alors dans une nouvelle dynamique vis-à-vis des villageois, du village, mais aussi vis-à-vis de lui-même.
C'est en fait à ce moment-là que Richard devient totalement libre. Il veut espionner tel ou tel villageois ? Il l'espionne. Il veut courir ? Il court. Il veut rôder dans le village durant la nuit ? Il rôde. Il veut lire, il veut chasser ou manger, il veut résider à tel endroit ou tel autre ? Il le fait, comme bon lui semble, libre des contraintes des humains.

A y regarder de plus près, Richard expérimente ce dont nous fantasmons tous à des degrés différents, que ce soit par ou pour la liberté. Et de mon côté, je ressens souvent cette liberté. D'autres fois, je la recherche quand je ne l'impose pas (magnifique question philosophique au passage : peut-on imposer sa propre liberté à autrui ?). Si je devais remercier et féliciter mes parents sur un seul point, ce serait à propos de l'insistance dont ils ont fait preuve durant des années pour que j'apprenne à exprimer ce que je suis, que ce soit au travers de mes originalités, de mes goûts, de mes envies ou de toute autre chose, en me détachant du regard et du jugement de l'Autre, quel qu'il soit.
Pas toujours évidente à mettre en œuvre durant mon enfance, j'ai depuis cultivé cette graine du détachement jusqu'à ce qu'elle devienne mon premier point cardinal : ma liberté. Je veux courir ? Je cours. Je veux rôder dans le village durant la nuit ? Je rôde. Je veux croire ? Je crois, à ma façon. Je veux m'inspirer de telle pensée ? Je m'en inspire. Je veux inventer une pensée, l'extraire de mes seules expériences ? Je l'invente. Je veux prononcer des blagues racistes, misogynes ou dégoûtantes ? Je les prononce, peu importe qu'on me croie raciste, misogyne ou dégoûtant. Je veux lire, jouer, me défouler, résider à tel endroit, exprimer mes spécificités, mes excentricités parfois ? Je le fais, comme bon me semble, avec pour seules limites celles que je m'impose, avec pour seul prix à payer celui que j'accepte de verser, avec pour seules conséquences celles que j'accepte de subir.
Cela ne signifie pas que je suis un asocial, un anarchiste ou un hippie idéaliste qui ne voit son salut que par le rejet d'un monde jugé trop différent. Non, je vois la société telle qu'elle est, je vois la place que je peux y tenir, les latitudes qui me sont offertes ou que je peux conquérir.
Mais au fond, ce beau discours ne masque-t-il pas une vision idéaliste de ma condition, n'est-il pas le barbacane d'une vie dont personne n'est jamais entièrement satisfait ?

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Photo : Lac d'Allos, été 2010

30/07/2011

La machine a remonter le temps


Vous l'ignorez encore peut-être, mais je possède une machine à remonter le temps. Bien que le terme "récemment" soit à manipuler avec précaution en l'espèce, je puis dire que j'ai récemment pu utiliser cette machine pour aller prendre ce cliché en gare de Thorame Haute il y a tout juste un siècle, le 3 juillet 1911. 
Très beau temps au passage, ce jour-là. On regrettera juste l'absence d'eau réellement potable.

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Photo : Locomotive Henschel & Sohn E211 - Thorame Haute, juillet 1911

25/05/2011

La réponse à une question que vous ne vous êtes jamais posée



En décortiquant mes grandes questions existentialistes, j'ai approfondi ma réflexion vers un point que je n'aurais pas soupçonné jusqu'alors. J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, je n'arrive qu'à cette explication pour répondre à cette question que seul moi semble me poser.


J'imagine parfaitement dans les années 50 ou 60, la France est alors en pleine reconstruction. Les théories capitalistes affrontent les théories communistes et dans une usine, Arcoroc ou Duralex, une réunion de travail ordinaire a lieu entre les cadres dirigeants de celle-ci. A l'ordre du jour : l'achat ou non d'un terrain voisin de trente mètres carrés afin d'y aménager la sortie du dépôt, le vote du budget de l'arbre de Noël des employés et d'autres questions courantes plus ou moins importantes.

Mais ce jour-là... Ce jour-là, l'un des employés, le directeur-adjoint de la boîte, arrive avec quelques minutes de retard. Il est venu en se pressant. Il a le souffle court. Des perles de sueur coulent à son front. Lors, il lâche à son patron et ses collaborateurs une phrase – LA phrase – qui va révolutionner l'industrie du verre : « Arrêtez tout, j'ai une idée !! »
L'homme, qui reprend peu à peu son souffle, enchaîne sur un monologue adressé à l'assemblée médusée :
- Martel, vous travaillez sur quoi en ce moment ? La prospective commerciale pour les Pays-Bas, c'est ça ? Laissez tomber, j'ai plus important !!
Peyrol, vous pouvez dire aux ingénieurs d'arrêter de plancher sur les nouvelles machines qu'on leur a commandées, ça sert plus à rien. Je sais qu'ils ont presque fini, mais j'ai mieux pour eux. Allez, maintenant !
Vialet, vous pouvez me rappeler vos prévisions des bénéfices pour l'année prochaine ? +12% ? D'accord. Refaites tous vos calculs avec +72%. C'est une première estimation, mais on va être dans ces eaux-là. Ne me regardez pas avec ces yeux de merlan frit, je vous dis +72%, c'est tout !
Patron ! Patron... J'ai eu une idée hier soir. Je l'ai tournée dans tous les sens, toute la nuit et... je comprends que vous puissiez être sceptique, mais c'est parce que vous n'avez pas encore entendu mon idée. Ce sera l'évènement le plus important de notre entreprise depuis sa création, nous allons multiplier le nombre de nos employés par deux en une année et sur cinq ans... je laisserai Vialet faire les calculs, mais nous allons créer sûrement quatre peut-être cinq fois plus d'emplois ! Et notre chiffre d'affaires sur cinq ans... Patron, nous allons révolutionner l'industrie du verre avec un supplément d'investissement inférieur à 4% !!
- Mais de quoi parlez-vous, bon sang ?
- Patron... Nous allons mettre des chiffres au fond des verres que nous fabriquons
- Je ne vous suis pas là.
- On va mettre des chiffres au fond de nos verres. Vous ne voyez pas toutes les répercussions que ça aura ?
- Non, vraiment, là je vois pas.
- Est-ce que vous vous êtes déjà demandé sur quels critères doivent se baser les millions d'enfants qui mangent dans les cantines françaises pour savoir qui doit aller remplir le pot à eau de leur tablée ?
- Je dois vous avouer que j'ai d'autres préoccupations.
- Et vous êtes-vous déjà demandé combien d'enfants veulent savoir quel âge ils ont dans le verre ?
- Mais où voulez-vous en venir ?
- Avec l'apposition d'un simple numéro au fond de nos verres, nous allons apporter toutes ces réponses à des millions d'enfants. Chaque gestionnaire de chaque école, collège, lycée, entreprise équipée d'une cantine achètera NOS verres avec un numéro au fond. Il suffit juste que vous donniez votre accord pour lancer ce projet.


Et voici comment cette entreprise a su proliférer d'une manière considérable en un claquement de doigts. Evidemment, la concurrence a depuis emboîté le pas et c'est ainsi que 60 ans après, mon verre Made in Thailand, fabriqué il y a quelques mois, m'indique que j'ai 27 ans dans le verre ce matin. Nous ne voyons pas d'autre explication. 

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Photo : Géode de la Villette – Paris, octobre 2008

22/04/2011

Chacun cherche son minou-chat



 Bonjour,
Aujourd'hui encore, Virgile laisse sa place à un nègre qui va se taper tout son boulot de rédacteur de ce blog.

En même temps, je m'y colle de bon cœur parce que c'est dans mon intérêt. Je me présente : je n'ai pas de nom, juste quelques surnoms : la petite ou la puce, en raison de ma taille XS. J'ai quarante jours et c'est vrai que je suis bien plus légère que mes frères et sœurs. 
Je suis comme au moment exact qui précède une partie de foot entre copains. Le problème, c'est que je suis la dernière à être choisie. Ah, évidemment, mon frère avec son pelage angora, lui il a été choisi tout de suite. Mes deux frères à la robe blanche et plus ou moins tachetée de beige aussi, mais moi, rien du tout ! Je suis sûr que c'est encore une espèce de discrimination sexuelle. A croire que les gens préfèrent avoir un mâle qui pisse partout dans la maison plutôt qu'une femelle toute câline comme moi, c'est dingue ! Ou bien un chat qui perdra des tonnes et des tonnes de poils à chaque printemps, alors que moi, non.
 
J'apprécie de me faire caresser durant de longs moments, j'aime jouer avec mes frères et sœurs et je me laisse pas impressionner par leur taille. Mais c'est peut-être aussi pour ça que je m'éloigne parfois de leurs jeux pour me retrouver un peu plus tranquille. Evidemment, je suis à un âge où j'ai des relations ambiguës avec ma mère : j'essaie de devenir autonome, mais je ne peux pas me passer d'elle. Mon psy dit que c'est une question de maturité, que c'est normal pour mon âge, que d'ici quelques jours, je trouverai la manière de « prendre mon envol toute seule ».

Mais je suis réaliste : pour cet « envol », il me faut pouvoir rejoindre un nouveau foyer. Si jamais vous pensez qu'il serait possible de me faire une toute petite place au sein du vôtre, vous pouvez en parler à Virgile qui m'aidera dans ma démarche d'émancipation.

A très bientôt, j'espère.

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Photos : Une jolie petite minou-chatouille – avril 2011

28/01/2011

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera

J'ai un excellent ami que nous allons appeler Régis. Mais ce Régis n'est pas un con. Je le connais depuis environ toujours. Nous avons atteint une proximité que je rencontre avec peu de personnes et, sans vouloir me vanter, je pense être une des rares personnes sur Terre qui le connaisse et le comprenne aussi profondément. Souvent, il n'a pas besoin de parler, je sais ce qu'il veut me dire. Nous sommes, comme on dit, sur la même longueur d'ondes.
Oh, évidemment, tout n'est pas exactement parfait entre nous deux : nous avons des idées politiques on ne peut plus opposées, j'ai quelques légers reproches à lui faire, nous avons eu quelques différends. Et tous ces points sont réciproques.

Nous avons donc bâti quelque chose ensemble, quelque chose qui semble être d'une solidité singulière, mais malgré cela, je ne l'ai vu pleurer que trois fois, alors que je me doute qu'il est en vérité bien plus sujet à ce genre de manifestations.

La première fois, c'était il y a une dizaine d'années. Il traversait alors des difficultés que je comprenais mal. Moi-même, je n'aurais sûrement pas su faire face à ces difficultés. Il a tenu bon. Douloureusement, mais il a tenu bon. Un jour, il m'a manifesté cette douleur. Nous étions assis sur les marches d'une grande maison aux volets verts dominant une placette, et sans que l'un d'entre nous ne s'y attende, les digues ont lâché. Je ne savais pas trop quoi dire ou faire. J'ai essayé de l'aider, mais je me suis perdu dans des questions inutiles et je ne sais pas si je lui ai vraiment été utile à ce moment-là.

La deuxième fois, c'était il y a cinq ans, au décès de l'une de ses amies dont moi-même j'étais encore plus proche. Je l'ai vu entrer chez moi et lorsqu'il a voulu saluer les personnes présentes, il est tombé en sanglots dans les bras de la première personne venue, plus touchée que lui. Nous étions plusieurs, les yeux épuisés de larmes, et ses larmes apportaient encore de l'oxygène au feu qui nous consumait. Mais il était là, en partie pour moi et ça aussi ça m'a touché. Bon, durant les jours suivants, je l'ai vu pleurer pas mal de fois, mais je ne les compte que pour une seule.
Il a été d'une bienveillance et d'un soutien exemplaires envers moi et malgré son chagrin. Il n'a compté ni les heures ni les pleurs pour jouer son rôle d'ami. Il m'a remplacé durant mes absences, il a été un soutien lors de mes présences.
A un moment, il m'a tapé sur l'épaule pour me dire « Regarde, on est tous derrière toi. » Il avait réuni derrière moi tous mes amis les plus proches. J'ai n'ai jeté qu'un œil furtif. Un peu plus tard, j'ai glissé un mot à ma petite amie, puis j'ai à nouveau jeté un œil furtif encore plus tard. Il ne sait pas trop pourquoi, mais je ne lui ai jamais dit ce que j'ai ressenti à ce moment-là.

La troisième fois, c'était il y a juste quelques semaines. Il me dressait son bilan, particulièrement pessimiste, de l'année écoulée. Un excellent début, puis une dégringolade sans fin. Ses perspectives étaient à peine plus gaies. Et il a craqué. Je le soupçonnerais presque d'avoir préparé son coup.
C'est toujours gênant de voir quelqu'un pleurer. On ne sait jamais trop comment réagir. Surtout que là, je pouvais pas dire grand' chose. Il était lucide, ça faisait des mois qu'il avait tourné toutes ses idées dans sa tête. Ça faisait des mois qu'il cherchait des solutions. Et je me rendais compte que ça faisait des mois qu'il était en détresse. Et que ça faisait des mois que je n'avais pas été là.
Que pouvais-je lui apporter comme solution nouvelle ? Aucune. Mais ce soir-là, j'ai été présent. C'était peut-être la seule chose qu'il attendait de moi, faute de pouvoir lui apporter la solution miracle à laquelle il n'aurait pas pensé.

Au fond, c'est aussi cela que l'on peut attendre d'un ami : être là, rendre la pluie plus agréable, le froid moins mordant, la douleur plus légère. 

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Photo : Thorame, été 2006

21/12/2010

Deux ans avant l'apocalypse

C'est officiel, nous sommes à deux ans exactement de la fin du monde. Oui, c'est officiel. Le calendrier maya prend fin le 21/12/2012. Le même constat s'impose au regard des prédictions de Nostradamus ou du webbot, du nouveau cycle hindou, etc. Même la Bible l'affirme ! (cf. le code secret de la Bible) Raz-de-marées, éruptions volcaniques, séismes, météorites, holocauste nucléaire, c'est ce qui nous attend. Fin du monde, nous voilà !

Là où tout le monde n'est pas d'accord, c'est sur la façon dont ça va se passer. Destruction totale de la population terrienne ou énorme(s) cataclysme(s) laissant quelques poignées de survivants par-ci par-là ?


Une chose est sûre, c'est que je ne vivrai pas la fin du monde avec certaines personnes parties durant l'année. Pas qu'il y ait eu beaucoup de morts dans mon entourage, juste que quelques amis ou compagnons ont décidé de continuer leur chemin en se séparant de moi.
J'ai d'abord été blessé à chacun de ces départs, mais aujourd'hui, je suis simplement déçu.

Toi, mon ami qui rendit la pente de mon chemin moins abrupte,
Toi, autour de qui je bâtis ma plus belle œuvre,
Toi, la compagne d'un moment trop bref, en qui j'avais placé peut-être plus que tu ne le penses,
Toi, l'ancienne inconnue rencontrée au hasard de mes divagations,
Toi, qui n'as pas su pardonner mes erreurs,
Toi encore, qui n'a pas voulu chercher plus profondément une signification dans mes paroles,
Tu as décidé de partir, j'ai essayé de te retenir, peut-être trop. Mais c'est toujours difficile d'accepter l'impuissance. Alors je t'en ai voulu de partir comme ça, pour de mauvaises raisons. Mais après tout, tu ne me dois rien. Tu es parti avec la confiance que je t'avais donnée, l'espoir que je t'avais confié, un peu de mon amitié, un peu de mon cœur, un peu de mes fondations ou un peu de tout ça.
Voilà tout ce que tu as pu emporter avec toi, mais je te le laisse. Un jour ou pendant des années, je t'ai offert tout ça et tu m'en as offert autant en retour jusqu'à ce jour où, pour des raisons qui t'appartiennent, tu as voulu arrêter ces échanges. Garde ces cadeaux en ton sein, utilise-les, fais-les fructifier, régale-toi de ces fruits. Que notre ancien lien te serve encore longtemps.

En venant t'asseoir auprès de moi, même le temps d'un battement d'aile, tu as gagné une place unique. Comme on le dit, les histoires, d'amour ou d'amitié, ne se terminent jamais vraiment. Elles continuent, chacun de son côté. Et peut-être qu'un jour tu voudras de nouveau goûter les joies que nous avons connues ou en construire d'autres, différentes. Alors tu pourras revenir prendre ta place parce que tu ne m'as pas blessé assez pour que je veuille t'en bannir.

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Photo : Porto, Noêl 2007 - Avec un peu d'imagination, on peut penser voir l'ange de l'apocalypse...

30/11/2010

La dure vie des célibataires - Stade 0 à 2

Mardi 17. C'est la énième dispute et Sophie a franchi le cap : elle l'a plaqué. A cet instant, Marc entre dans le stade 0 du célibataire. Ce stade est indéfinissable tant il est différent chez les millions d'hommes célibataires dans le monde. Cette rupture peut être perçue comme une libération, un drame, un mauvais passage, un recentrage sur soi, etc. Même si, au fond, c'est souvent un mélange de tout ça...

C'est à partir du stade 1 que nous pouvons commencer à définir les points communs à tous les célibataires.

Ce stade arrive souvent sans que le sujet n'en ait vraiment conscience. Il se développe lentement, dans la prolongation du stade 0. Un indice permet toutefois de déceler la transition entre ces deux stades : c'est quand le célibataire se remet à draguer. Il utilise alors les méthodes traditionnelles : collègues de travail, amis d'amis en soirée, boîtes de nuit, etc.
Il faut dire que, sans mauvais jeu de mots, le pendant de cette situation, c'est que le célibataire commence à regarder quelques pornos par-ci par-là.

L'aspect général de l'appartement montre peu à peu que son occupant est célibataire : la vaisselle sale s'entasse, le frigo et les placards se vident. Le sol aurait bien besoin d'un coup de balai.
Seul point positif qui change l'appartement : le célibataire décide qu'il est enfin temps de s'acheter son fameux écran plat...


Au stade 2, les choses commencent à se gâter.

Côté drague, le célibataire passe en marche forcée. Ses seuils d'exigence vont peu à peu s'abaisser au niveau des filles potables, puis au niveau des moches. Ce point est valable pour tous les autres critères : le célibataire va draguer des femmes plus âgées qu'à l'accoutumée, des filles de moins en moins drôles, de plus en plus paumées, éventuellement de moins en moins riches...
Parallèlement, le célibataire regarde de plus en plus de pornos. Il en télécharge quelques uns sur son ordi, mais il les dissimule dans un dossier appelé « Factures 2007 » ou bien « Photos réfection de la toiture » ou encore « Courrier SFR ». De toute façon, le genre de dossier où personne n'ira fouiller...

L'aspect nourriture est aussi intéressant. Les placards contiennent principalement des pâtes, de la sauce tomate et des paquets de biscuits que le célibataire n'aime pas. En y repensant bien,la dernière fois qu'il a mangé un légume c'était... « hier ? La sauce tomate ? Ah ! Un légume frais ? Une salade ? Ben... c'était la fois où Sophie avait préparé une salade de tomates. Y'a deux mois à peu près... »

Dans ce stade, la propreté commence à être préoccupante, mais pas encore inhumaine. Le linge propre s'accumule sur une chaise en même temps que son armoire se vide. Le célibataire tape à chaque fois dans le tas de vêtements pas repassés pour s'habiller. Les poubelles débordent, la vaisselle sale déborde, la table du salon déborde de courrier à peine ouvert. Tout déborde. Sauf le frigo, toujours plus vide.

Seul sanctuaire à peu près acceptable, le coin télé est bien aménagé : un petit meuble à côté du fauteuil pour déposer la bière ou la pizza, les étagères qui s'enjolivent de nouveaux DVD, des DVD pour les vrais mecs avec Will Smith ou Angelina Jolie, avec plein d'explosions et d'action.


Désormais, le célibataire aime aller au travail, non pas parce qu'il aime ça, mais par contraste avec son domicile...


Le pire, c'est-à-dire les stades 3 et 4, sera abordé lors d'un prochain article.

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Photo : Une bonne photo pour illustrer la solitude, prise lors d'une rando incroyable autour de Thorame, (au lac de Lignen pour ceux que ça intéresse) - été 2010

18/10/2010

Lettre de Virgile Moquet

Ma petite Maman chérie,
Ma grande sœur adorée,
Mon petit Papa aimé,

Je vais vivre ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite Maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais pu mourir. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma vie serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser ma sœur. J'ai embrassé mes deux neveux. Quant au véritable je ne peux le faire hélas.
J'espère que je pourrai garder mes affaires elles pourront me servir, et je l'escompte, les garder longtemps. A toi petit Papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour développer la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon neveu que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
28 ans, ma vie est encore courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de rester encore trop proche de certains. Je vais vivre avec mes amis ou loin d'eux. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous attends tous, toutes, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur de grand enfant. Courage !

Votre Virgile qui vous aime.

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Photo : La Mur(g)e - été 2005

30/09/2010

Je suis en manque !

J'ai peine à le dire ici, l'avouer à mes proches ou aux autres.
Au début, on se dit que « c'est pas grave », qu'on n'est « pas seul à faire comme ça » et... je me rends compte que je parle avec des « on » au lieu de « je ». Je vais alors essayer de dire « je », même si ce n'est pas facile.
Je ressens depuis longtemps cette chose. J'entends cette voix douce murmurant sans fin : « Regarde, voilà comme tu es ! »

Vous essayez d'abord de lui résister mais le besoin grandit, déferlant sur vous comme une vague. Un besoin qui vous taraude, vous excite, vous provoque pour pouvoir être assouvi. Puis la voix douce que vous entendiez finit par vous hurler « Fais-le ! » Et vous savez que vous allez obéir parce que c'est la seule chose que vous désirez.
Alors il vous a possédé et vous appartenez à cette chose tapie au fond de vous, à ce passager noir.

Tout a commencé il y a huit ans, presque jour pour jour. C'étaient les prémices. J'avais encore beaucoup de mal à le faire « comme il le fallait. » J'étais assez maladroit et j'en avais honte. Enfin, honte d'être maladroit. Je le faisais deux jours par semaine, des fois plus. J'essayais d'imiter ceux qui avaient l'air d'y arriver, mais je n'y arrivais pas.
C'est devenu vraiment grave trois ans plus tard, là aussi, presque jour pour jour. Au début, je n'y faisais pas attention. Je faisais ça bien et je le faisais plus souvent. Ça devenait naturel et je crois que c'était le problème. C'était naturel. Etait-ce une seconde nature ou ma vraie nature ? La question ne se pose même plus aujourd'hui tant la réponse est évidente.

J'y pensais pendant que je le faisais bien sûr, mais aussi un peu avant et un peu après. Et au bout d'un moment, j'y pensais tout le temps. Ce qu'il s'était passé, dans les moindres détails. Comment ça allait se passer la fois suivante. C'était une obsession et le pire, c'est que j'aimais ça ! Je me faisais détester par de nombreuses personnes, mais j'y étais totalement indifférent. Et puis, d'ailleurs, je me demande si je ne prenais pas plaisir à ça aussi. 


Voilà à peu près comment je vivais mon emploi de surveillant dans un collège.
Mes anciens collègues peuvent en témoigner : j'en ai mis des punitions, j'en ai collé des morveux, j'en ai interdit des jeux stupides, j'en ai terrorisé des enfreigneurs de règlements.
C'était devenu une vraie drogue. Le pouvoir d'interdire à un élève en pleurs de sortir de l'établissement parce qu'il n'avait pas son passeport. Son carnet de correspondance, je veux dire. L'adrénaline qui montait lorsque j'attrapais un élève en train de fumer dans un couloir caché. L'extrême jouissance que je pouvais ressentir quand j'arrivais enfin à coincer l'élève qui avait claqué une boule puante dans le grand hall.

Je guettais toutes les occasions de sortir mes phrases, devenues cultes pour des milliers d'élèves : « Si vous croyez que ça me gène de coller quinze élèves d'un coup, vous vous trompez. » ou bien « Tu sais pourquoi les garçons là-bas regardent dans ta direction ? C'est parce que quand on met une jupe et qu'on s'assoit, il vaut mieux serrer les jambes. »
J'en avais des dizaines ! « On va essayer de communiquer par la pensée. Lis dans mes pensées maintenant. » Ça, c'était quand les élèves se trouvaient aux endroits interdits. En général, ils me comprenaient et partaient. Parfois, je n'avais même pas à dire un mot, un regard (très) appuyé pouvait suffire.
« Je sais pas quoi faire, là. Selon toi, quelle punition je devrais te mettre ? » ou l'une de mes préférées : « Tu as fait ça, ça et ça. Est-ce que tu vois une seule raison pour que je ne te colle pas ? » Eventuellement suivie de « Non, le fait que je sois sympa n'est pas une raison. T'as pas mieux ? Tant pis. Ton prochain mercredi après-midi n'est plus libre. Ah... Tu as foot ? Peut-être, mais pas mercredi prochain. Ou à la limite celui d'après, c'est comme tu préfères. »
Quel plaisir je prenais lorsqu'un élève me demandait quelque chose. La joie dans ses yeux quand je commençais mes phrases, c'était magnifique. Tout autant que l'expression de déception qui se lisait juste après. C'est fou ce qu'un « Bien sûr que non ! » bien prononcé peut avoir plus de répercussions qu'un simple « Non. »
Je m'amusais aussi avec les parents : « Ecoutez Madame, vous êtes la une, deux, trois... la treizième parent d'élève de cette classe que j'appelle et vous êtes le treizième à me dire que votre fils n'est pas allé en cours parce qu'il était le seul dans sa classe. »

J'aurais encore mille anecdotes où j'étais comme poussé à la cruauté et au cynisme. Hélas, mille fois hélas cette période est révolue. Cette partie de moi ne peut plus s'exprimer que lors de rares escarmouches avec quelque interlocuteur généralement hypo-cortiqué...
Plus sérieusement, ces années de pionnicat ont été parmi les expériences les plus formatrices de ma vie d'aujourd'hui, de ma personne même, au même rang que mes études. J'ai tant appris sur les relations humaines et sur la communication, j'ai passé tant de  bon temps que j'y repense souvent avec nostalgie. C'est aussi ça qui est intéressant : les souvenirs désagréables s'effacent peu à peu, laissant d'innombrables moments plus beaux en tête.
Je n'oublierai sûrement jamais cette petite fille qui était amoureuse de moi, mais il m'est déjà difficile de remettre un nom sur ce collégien arrogant qui m'a inspiré moult pensées pas du tout professionnelles.
Sur le chemin de ma vie, ce passage est agréable et - qui sait ? - peut-être y retournerai-je un jour dans d'autres conditions. En attendant, j'invite mes anciens collègues (et éventuellement anciens élèves) à mettre en commentaires ce qu'ils ont aimé ou détesté chez moi, ce qui les a marqué durant cette période.

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Photo : Allos, été 2005
P.S.: une partie du début de ce post  à été inspirée par un épisode de Dexter où sa tutrice évoque son rapport avec l'addiction aux narcotiques. Vous pouvez voir cela comme un hommage plus que comme un plagiat...