23/04/2009

L'abbaye de Silvacane, n'y allez pas, c'est un piège !

J'aurais aussi bien pu dire « N'y allez pas, ça vaut pas le coup ! » ou « N'y allez pas, c'est de la merde ! » ou « N'y allez pas, c'est une arnaque ! » Chacun de ces titres aurait aussi bien résumé la misère de ce monument qui n'a de national que le logo.

Où donc est cette abbaye ?
Cette abbaye se trouve à la Roque d'Anthéron, une petite ville très pittoresque qui flirte avec le Lubéron tout proche et qui exhibe avec un orgueil justifié ses petites ruelles typiques, ses collines, ses forêts de pins bordées de thym et romarin, son festival estival, son Soleil envié par tant de Belges et d'Anglais et, bien sûr, ses méditerranéennes dont on attendrait les mêmes libertés sexuelles que les documentaires spécialisés évoquent certains samedis soir sur Canal +.

Où qu'il est le problème, alors ?
Il faudrait dire « les » problèmes...
A l'arrivée, un espace sablé sert de parking. Très bien, sauf que de ci de là, quelques mauvaises affiches (des feuilles en papier agrafées aux arbres) indiquent que c'est un parking surveillé qui coûte 2 €. Et moi, ça me plaît pas. Qu'à cela ne tienne, nous retournons cent mètres avant pour garer la voiture à un endroit plus à mon goût (à l'ombre et gratuit).
En nous approchant du site monastique, un type dans une vieille R19 toute pourrie nous demande si nous sommes garés sur le parking payant. Bien sûr que non, mais je félicite au passage la surveillance du parking.
Nous devinons le chemin que des générations entières de moines ont emprunté, à côté des oliviers et des murs en pierres sèches. Beau cadre, il faut dire.

Passage à la caisse, un tarif réduit pour les deux étudiants en histoire de l'art que nous sommes. Réduit ? Je me suis inscrit à la fac en histoire de l'art pour avoir des places gratuites et on me propose juste des places réduites. « C'est un scandale ! » crie-je assez fort en moi-même.
Bon, tant pis. A priori, le monument vaut sûrement les 4,5 € que nous dépensons chacun (6,5 € pour les non-jeunes, non-chômeurs, non-vieux, non-étudiants). La caissière nous glisse le prospectus de l'abbaye et nous franchissons le seuil du domaine.

Le cadre paraît alors moins féérique : une vue embarrassante sur la terrasse du gardien de l'abbaye et une vue directe sur des serres mal cachées par quelques arbres. Pas grave. Le site, lui, est beau. Un petit canal à déclinaison lente vient agrémenter l'accès à l'abbaye et quelques fondations lui font face. Tiens, c'est quoi ces fondations ? Tant pis, on saura pas...

Nous pénétrons alors dans cette antre rafraîchissant le printemps torride de la Provence. Ô, c'est beau, c'est grand, peut-être même grandiose. L'acoustique produite par nos paroles explique pourquoi cette nef accueille un festival de piano chaque année. La nef étant vide, je chante un peu pour profiter des jeux de la pierre. Tiens... la nef est vide, ça devrait nous mettre la puce à l'oreille.
Nous sommes alors trop occupés à essayer de deviner ce qu'est ce grand trou sur le côté droit. Nous continuons alors la visite à travers les pièces dont nous devons deviner l'utilité : celle-ci doit être le réfectoire, celle-là je sais pas, celle-là non plus.

Nous décidons d'ouvrir le dépliant pour en savoir un peu plus. Mais c'est peine perdue : les détails à la fois superflus et évidents y surclassent les explications.
Exemple : « La salle est composée d'un seule nef à quatre voûtées d'ogives. » Au cas où l'on ne sache pas compter. Et d'un autre côté : « C'est vers 1144 que des moines venus de Morimond (où est-ce ?) s'installent au bord de la Durance (pourquoi en partir ? pourquoi arriver là ?), dans un site désolé et marécageux [...] »
Sans oublier les charabias architecturaux inutiles et difficilement compréhensibles : « Les galeries sont couvertes d'une voûte en berceau en plein cintre sur doubleaux, et aux angles d'une voûte d'ogive, sauf au nord-est. »


En d'autres termes, les 9 € dépensés ne l'ont été que pour voir des jolies pierres, mais à l'état brut : pas (ou peu) d'explication pour les ignorants tels que moi, pas d'intelligence dans la mise en lumière du monument, presque pas de contextualisation historique, économique ou religieuse pour les époques que traversa l'abbaye. Le livre d'or compile d'ailleurs toutes les impressions des visiteurs, toutes très semblables aux miennes. Toutes ? Non. Les touristes polonais semblent apprécier la visite.
De là à dire qu'il faut être alcoolo pour aimer cette visite...

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Photo : Allos - août 2005

6 commentaires:

Unknown a dit…

Ahaha... en tant que haut dignitaire culturel, je prends note de ces graves manques! J'espère que vous l'avez noté dans le livre d'or, parce que malheureusement, 95% des visiteurs se disent satisfaits dans ces pages de libre expression, ce qui n'aide pas les conservateurs, euh... non, les stagiaires bénévoles à améliorer les visites!

Virgile A. a dit…

Allez, va relire la fin de l'article et tu verras que ça n'est pas toujours vrai.
Sinon, oui, j'ai laissé mon opinion, mais comme elle est semblable à celle de presque tous les autres visiteurs, je me dis que la charlot qui dirige le monument s'en moque pas mal...

Anonyme a dit…

J'y suis allé une fois, pour tourner un film. Comme l'équipe dont je faisais partie était entièrement constituée d'étudiants et que je dois être particulièrement charismatique, nous n'avons pas payé l'entrée...
L'acoustique y est impressionnante. Cela dit, nous n'en avons gardé les quelques "rushes" que nous y avions tournés. C'est normal. Silvacane n'avait rien à voir à notre sujet, et j'ai eu toute la peine du monde à l'expliquer aux trois autres.
Leur réponse ? "On s'en fout, c'est pour avoir de belles images"...
Mais je n'ai pas gardé une impression mémorable de cette courte visite, c'est vrai.

Yves Prêcheur a dit…

J'ai visité ce monument en 1956, avec Sénanque et Le Thoronet. Je crois me souvenir que l'entrée y était libre et "gracieuse". Tout change assurément. Dieu vous garde !
Yves, de Nancy.

Anonyme a dit…

Le lieu a du charme, mais pour ce qui est de l'acoustique pour la musique en concert : NON !

Il y a peu, j'ai écouté ... essayé d'écouter ... un concert Vivaldi. Pourtant j'étais au bord de l'allée centrale vers le 10° rang .. ce fut une horreur .. il me fallait essayer de deviner ce que j'entendrais si le son arrivait correctement à mes oreilles .. je n'ai pu que deviner que cela aurait pu être très beau. Un malaise frôlant la souffrance.
Je ne comprend pas pourquoi on continue à gâcher ainsi la beauté que nous prépare les musiciens puisqu'à nos oreilles n'arrivent que des bribes en fouillis !

Arrêtez de choisir des lieux inadaptés pour nous faire écouter de la musique. Cet art mérite que l'on porte du soin à la recherche des lieux d'écoute !

Erwan a dit…

On en revient aujourd'hui même. On ne bénéficie pas de réduction, alors plein pot : 15 € pour 2... et exactement les mêmes impressions. Et le plus dommage, c'est que les deux personnes de l'accueil (dont la régisseuse dont on voit le linge sécher dans la cour derrière) se sont dit amoureuses de Silvacane. Vu l'affluence, il me semble que l'une d'elles aurait pu parcourir les lieux et essayer de renseigner un tantinet les visiteurs, même si on n'était pas en visite guidée. Quand on a visité Senanque avant, il y a de quoi être très très très déçu. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant : l'ancien maire a accepté de récupérer le monument qui n'est donc plus "Monum" (monument national) mais municipal. Bon courage !
En conclusion, les années passent et vous voyez : ça ne s'arrange pas, ça se dégrade !