05/11/2012

Retour vers le futur

Aujourd'hui, tu viens carrément
de sortir de la zone 30
Cher moi du futur, 

Je viens de créer un mémo sur Google agenda pour te rappeler de lire cet article dans exactement dix ans, pour le jour de tes quarante ans. 
Cela sous-entend que dans dix ans 
1) Le monde existera toujours 
2) Google existera toujours 
3) Tu existeras toujours 
Théoriquement, tu devrais recevoir ce rappel le samedi 05 novembre 2022 à 10 heures. Si tout se passe très bien pendant les dix prochaines années, tu seras en train de terminer un rapport sur un patient avant de peaufiner les derniers détails de ton prochain séjour avec ta femme dans les montagnes du Vietnam pour aller à la rencontre d'habitants au nom qui prête à sourire : les Lolos noirs. Tel que je te connais, tu auras réglé tous les points les plus importants et ce samedi matin, tu seras en train de chercher sur wikipedia (si wikipedia existe encore évidemment) un lexique pour te débrouiller aussi bien que possible dans ce pays : savoir demander où se trouve l'arrêt de car, demander si ce village est atteint par la grippe B (celle qui a provoqué la mort de milliers de personnes en 2017), demander où tu peux recharger les batteries de ton appareil photo, t'assurer que ton repas n'est pas fait avec du chat, etc. 

Si tout se passe très bien, encore, tes enfants seront en train de te préparer un magnifique cadeau pour ton anniversaire : un pêle-mêle de photos et d'objets qui te définissent et retracent ta biographie qu'ils auront trouvé en cherchant partout depuis plusieurs semaines. Ils sont doués, tes gosses. 

Si tout se passe très bien, toujours, ta femme sera en train de faire comme si de rien n'était en t'offrant un ou plusieurs cadeaux, soigneusement choisis comme à chaque fois. Tu ne te douteras pas vraiment que le soir même, elle aura organisé une fête avec tes amis les plus chers. Elle aura même réussi à faire revenir en France Paul l'espace d'un week-end. Paul qu'on ne voit quasiment plus depuis qu'il a trouvé un travail en 2020. Ce sera peut-être l'occasion pour toi de comprendre précisément en quoi consiste son travail à Montréal. 

Si tout se passe très bien, tu auras évidemment préparé le menu du formidable repas que tu comptes préparer pour toi et ta famille. Tu prévois même de te lever à six heures demain matin pour te mettre aux fourneaux. 

Si tout se passe très bien, tu jetteras aussi un coup d'œil sur l'étagère où tu as déposé la semaine dernière le trophée que tu as remporté lors d'une petite course locale, en étant fier d'avoir presque atteint les minima olympiques du marathon quelques années auparavant (un « presque » très relatif puisque 32 minutes de différence, ce n'est pas « presque ». Mais si tu peux te vanter un peu auprès de tes amis, ça peut pas faire de mal). 

Ce ne sera pas facile pour toi de gérer tout ça de front, d'autant que tu auras reçu la commande d'un rapport important pour la ville de Nice. Mais au fond, ça te plaira de passer une matinée avec tes patients, puis une après-midi sur ton rapport, puis trois heures à faire du sport, puis... puis tout ça.

En lisant cet article, tu seras ravi de ces dix et même de ces vingt dernières années. Tu repenseras aux galères que tu as dû traverser et tu auras un agréable sentiment de travail bien accompli, en te disant que cette journée est représentative de tout ce que tu peux rechercher et aimer. Attendrissant. 


En revanche, si tout se passe mal pendant les dix prochaines années, tu émergeras difficilement de ton sommeil alcoolisé de ce samedi matin. Tu seras en train de rédiger un courrier à l'avocat de ton ex-femme parce que celle-ci t'aura présenté votre fils la veille à 20h34 au lieu de 19 heures pour la quatrième fois en deux mois. 

Si tout se passe mal, tu n'auras plus le goût de cuisiner depuis plusieurs années et tu auras prévu pour le repas de ce soir, joie immense, une pizza surgelée (au saumon, c'est ton anniversaire) accompagnée d'une bouteille de Bordeaux blanc cuvée 2015. Une cuvée exceptionnellement bonne mais pas chère à cause de l'incident d'une centrale nucléaire anglaise qui a diffusé du césium radioactif durant cette année partout en Europe. Si tout se passe très mal, tu auras pris deux bouteilles de la cuvée 2016. Presque autant chargées en radioactivité, mais un peu moins bonnes et encore moins chères, c'est d'ailleurs pour ça que tu pourras en acheter deux. Avec un peu de chance, tu auras le bon goût d'acheter des apéritifs hors de prix mais terriblement bons des magasins Picard (si bien sûr...) Pour faire plaisir à ton fils, tu auras probablement acheté une bouteille de Coca. Du décaféiné, puisque tu comptes t'endormir bien tôt ce soir (la cuvée 2016 est un peu capiteuse et tu seras le seul à boire ces deux bouteilles). 

Si tout se passe mal, encore, ton projet ultime sera de déménager de ton studio minable orienté plein Nord, froid et humide, mais pas cher, vers un studio du même immeuble, mais un peu moins minable, bien qu'exposé aux bruits de la rue et aux odeurs d'échappement. Si tout se passe très mal, tu n'espéreras même plus aller vers de nouveaux horizons ni améliorer ta condition. 

Si tout se passe mal, ce qui se rapprochera le plus d'une relation affective pour toi sera une relation virtuelle avec une quinqua, fruit d'une union consanguine, schizophrène et handicapée (« mais ça va, elle l'est juste un peu ») qui vit dans un village près de Dunkerque, l'un des villages français les plus radioactifs à cause de la centrale anglaise. Si tout se passe très mal, tu voudras emménager avec cette femme que tu n'as jamais vue en vrai, en te disant que ce serait la meilleure alternative au suicide. Même si on lui a retiré ses droits parentaux, tu n'as pas peur pour ton fils parce que depuis qu'elle a été reconnue irresponsable et qu'elle a fait son séjour en HP, « elle est vachement plus tranquille » pour te citer. 

Si tout se passe mal, tu n'auras plus le goût ni de la photo, ni de la cuisine, ni des simples promenades en forêt ni de quoi que ce soit d'autre, si ce n'est d'essayer de draguer la caissière de la supérette où tu vas acheter ton pack de bières chaque matin. D'ailleurs tu as tes chances, ce matin elle t'a souhaité un joyeux anniversaire en te donnant un bon de réduction de trente centimes sur ton prochain pack de douze. Si tout se passe très mal, elle t'aura déjà giflé et aura porté plainte pour harcèlement, suite à quoi tu devras marcher huit minutes de plus chaque matin pour aller acheter tes bières. Tes goûts seront limités au télé-achat, au Juste prix, à la dernière émission plateau de Michel Drucker, enfin, tout ce que tu arrives à suivre raisonnablement avec tes 1,5 g d'alcool dans le sang au réveil (environ 2,7 après le repas). 

Si tout se passe mal, tu accuseras les immigrés de ta situation, puisque de toute façon c'est à cause d'eux que tu n'as plus de travail. Les patrons aussi, c'est de leur faute. Et puis ta connasse d'ex-femme, si elle s'était mieux comportée, tu n'en serais sûrement pas là. En résumé, tout le monde sera responsable de ta situation du moment que ça n'est pas toi. 

Si tout se passe mal, tu viendras de coller une tarte à ton fils parce qu'il vient de dire que « Chez Maman, au petit-déjeuner, on mange des céréales. » Et pas du pain caoutchouteux de la veille comme chez toi. En même temps, il a bien mérité sa claque, ça fait dix fois que tu lui dis de pas comparer ses deux maisons. Ou plutôt la maison de sa mère et de son beau-père avec ton appartement. Ou plutôt le maset de son beau-père avec ton studio. Et tu comprendras toujours pas pourquoi elle sera partie avec ce Jean-Luc que tu surnommeras affectueusement « J'encule ». 

Si tout se passe mal, tu auras prévu d'inviter Paul demain à midi. Paul que tu aimes bien rencontrer parce qu'il te valorise comparativement à toi et surtout parce qu'il apporte toujours deux ou trois bouteilles de Castan pour vos repas. En général, pendant l'après-midi, vous déblatérez sur ce « gouvernement de cons », sur ces « enculés de patrons » sans oublier « tous ces bougnoules qui viennent en France juste pour toucher les allocs. Et puis c'est à cause d'eux la nouvelle taxe sur l'alcool, c'est pour leur payer des survêts' Nike, tout le monde le sait. » Vivement que Marie-Pierre Le Pen, l'arrière-petite-fille de Jean-Marie, arrive au pouvoir. Tu t'ennuies fermement avec Paul, mais vous vous remémorez votre passé en vous disant que « Putain c'est pas comme avant, et quand tu vois l'état de la France, t'as envie de te barrer loin. » Le point positif, c'est que tu gardes une certaine cohésion de pensée d'un jour sur l'autre. 
Si tout se passe très mal, Paul aura eu la même idée et les mêmes moyens que toi pour ton anniversaire, à savoir qu'il t'aura offert les deux mêmes bouteilles de Bordeaux blanc 2016 que celles que tu auras bu la veille. Rencontre de deux grands esprits déchus. 

Si tout se passe mal, tu auras abandonné tout idée de faire un effort pour ton physique depuis que tu as passé la barre des cent kilos et tu ne verras aucun lien avec tes problèmes cardiaques. « Je mesure 1, 88 m, c'est normal d'avoir un poids comme ça. Toutes ces conneries de cinq fruits et légumes par jour, c'est pour nous empêcher de vivre comme ça nous plaît, c'est tout. » Si tout se passe très mal, ton fils évitera de t'approcher car, je cite, « tu sens comme le cendrier. » Là aussi, ça méritera une claque d'ailleurs. 

Si tout se passe mal, tu jetteras un œil à ton chien, un bâtard qui boîte depuis trois mois parce que tu n'as pas eu les moyens de l'amener chez le vétérinaire quand tu as vu cette grosse boule sur sa cuisse. Tu te diras qu'il faudra sûrement le tuer un de ces jours. Mais toi-même, hein, ce sera moins cher. 

Alors, tu regarderas cette journée d'un désarroi incommensurable en te disant que ce n'est pas la vie que tu aurais voulu et de nouveau, tu accuseras la terre entière. Auto-mensonge déculpabilisant ou fausse croyance intime ? Je te souhaite au minimum de te poser cette question.

24/10/2012

Pays-Bas, l'autre plat pays

Les Néerlandais sont-ils vraiment des êtres humains et si oui sont-ils des êtres humains comme les autres ? 

Commençons par une mise au point lexico-géographique et demandons-nous ce qu'est un Néerlandais. Un Néerlandais est un habitant des Pays-Bas (petit pays situé entre la Belgique, le pays de Angela et la mer du Nord) et par conséquent, il ne doit pas être confondu avec un Hollandais qui est un habitant de la Hollande. La Hollande est elle-même une région des Pays-Bas ; elle comprend actuellement deux provinces qui abritent environ un tiers des Néerlandais. Par conséquent, appeler un Néerlandais un Hollandais est aussi juste que d'appeler un Français un Parisien ou un Portugais un homme de bon goût. Les Néerlandais parlent le Néerlandais, qui est une langue germanique. En d'autres termes, les Néerlandais sont comme des Belges qui essaient de parler schleu. Précisons à toutes fins utiles qu'ils représentent le « ne » du mot Benelux, puisqu'en Néerlandais le pays s'appelle Nederland (qui, au reste, ne doit pas être confondu avec Neverland, le pays dans lequel vit Peter Pan). 
A l'heure du réchauffement planétaire et de la hausse du niveau de la mer, le Néerlandais développe son pays en construisant sous le niveau de la mer, démontrant ainsi la grande proximité de son intelligence avec celle de son frère Belge. 

Quand nous, Français, pensons aux Pays-Bas, nous nous représentons des tulipes, des fromages, des vélos et des moulins. Les plus sportifs d'entre nous se représentent leur équipe nationale de foot, les plus politisés se représentent le traité de Maastricht ou la cour internationale de la Haye, les plus cultivés se représentent Vincent Van Gogh et les plus idiots se représentent un samouraï. 
Néanmoins, les Pays-Bas, ça n'est pas que ça. Non. Les Pays-Bas, c'est aussi la drogue, les prostituées, l'extrême-droite au gouvernement, le climat lourd (météo moyenne en août : 17° pour 95 mm de pluie), la mer grise, les hooligans violents. Peut-être pour toutes ces raisons, la consommation annuelle de bière y atteint les 81,2 litres par habitant en moyenne. Ça fait rêver, hein ? 

Mais à la limite, dans l'absolu... On pourrait s'en moquer de tout ça ! Le problème, c'est qu'ils ne se limitent pas à cela. Non contents de nous avoir envoyé leur président, ils viennent par vagues entières chaque été ! Ils colonisent le Sud-Est de la France avec des millions de camping-cars. Cette colonisation apporte bien quelques utilités, mais à part le Vélib et le gouda au cumin, voyez-vous un seul autre avantage à leur invasion saisonnière ? La pollution de l'air dans la vallée du Rhône ? C'est à cause d'eux. Le trafic ralenti à 40 km/h en ligne droite et à 25 dans les virages ? C'est encore à cause d'eux. Les accidents de la route ? S'ils n'en sont pas coupables, tout au moins en sont-ils à l'origine dans la mesure où les autres conducteurs essaient de les doubler pour éviter de devoir arrêter un camping-car de force, obliger les occupants à en descendre et leur enfoncer leurs tubes de crème solaire dans l’œsophage avant de noyer leurs enfants albinos dans la première rivière venue. En somme, les Français donnent parfois de leur corps pour éviter d'avoir à faire du mal à ces Néerlandais. Raison de plus pour interdire l'accès du pays à cette vague orange.


Lac de Castillon, été 2012 - L'endroit plaît fortement aux Néerlandais



01/09/2012

Cette porte doit rester fermée

Le grand avantage de la photographie, par opposition à d'autres formes d'art, c'est qu'il est très facile de faire une très belle œuvre. 
Trouvez un beau décor, trouvez une jolie fille, demandez-lui de sourire, faites un plan serré et un centième de seconde plus tard, vous avez une photo probablement splendide. Demandez à votre sujet de regarder ailleurs et votre cliché n'en sera que plus beau. 

D'un autre côté, il est plus difficile de faire une belle photographie sans y inclure de sujet évidemment beau. C'est toutefois ce que je vais essayer de vous proposer aujourd'hui. 


Nikon D90, 1/30 s, f/5.6, 360 ISO, focale équivalente : 45 mm

Cette photographie a été prise en juillet dernier dans le centre de Rocheplane à Saint-Hilaire du Touvet, dans l'Isère. Dès lors, le cliché s'aborde de deux points de vue différents. Dans le premier cas, on ne connaît pas Saint-Truc du Machin et le cliché s'envisage tel qu'il est, dénué de tout contexte, exempt de toute émotion. 
Au premier abord, le cliché paraît bien réalisé, académiquement parlant. On peut y voir un jeu de lignes perpendiculaires et parallèles qui charpentent la composition. Il existe également plusieurs jeux de contrastes : la netteté d'un coté et le flou de l'autre, l'opposition entre l'aspect délabré des locaux et la nature qui semble vigoureuse à l'extérieur. Le panonceau offre une perspective intéressante à l'ensemble : en étant au premier plan, son orientation ouvre au second plan et invite à constater des débris difficiles à identifier. 
Enfin, il existe un antagonisme saisissant entre le texte du panonceau « CETTE PORTE DOIT RESTER FERMÉE » et le fait qu'elle demeure ouverte. Qu'est-ce que cela signifie ou a pu signifier ? Est-ce que cette porte doit rester fermée pour en faire un cache-misère ? Est-ce que, au contraire, son ouverture prohibée fait partie de la vétusté ? Souffle-t-il ici un vent libertaire qui aurait poussé on ne sait quel anarchiste à violer cette obligation unique qui nous indique, au cas où nous l'aurions oublié, que cette porte doit rester fermée ? Pour l'anecdote, on peut même se demander comment une porte sans poignée peut avoir été ouverte. 
De même, si l'on prend un peu de recul sur l'explication artistique, d'autres questions se font jour : où été pris ce cliché ? Quel est ce bâtiment au milieu de la forêt ? Qu'y a-t-il au-delà du cadrage photographique ? 

Il existe heureusement un deuxième point de vue possible permettant de comprendre les zones d'ombre de cette photographie, c'est le cas où l'on connaît parfaitement Saint-Hilaire du Touvet. Rocheplane est alors un nom très familier. Intime, même. 
Dans ce cas-là, l'émotion est présente et menace de vous submerger, telle une avalanche de neige qui emporterait les ignorants sur son passage. La seule évocation de certains termes que sont les petites roches ou la pierre courbe vous place dans un contexte où vous êtes frappé d'une souffrance causée par le regret obsédant du lieu qui vous a façonné et dont cette photo est le symbole de son irrémédiable déchéance. 
Vous savez alors très probablement les terribles mésaventures qui ont frappé ce jardin secret : la désaffection, l'abandon, le pillage, le délabrement progressif qui sont autant d'atteintes aux biens qu'à la petite flamme qui persistait dans votre cœur, là, tout au fond de votre nostalgie. 
Le cliché prend alors une toute autre dimension. Les lignes parallèles et perpendiculaires n'étayent plus la composition de la même façon. Les carreaux cassés viennent contaminer ces lignes et brisent ici la charpente de la composition. Les droites tracées par les tuyaux ne sont plus si droites que ça. La verdure de l'extérieur vient envahir la scène car on imagine qu'un jour ou l'autre elle recouvrira cette construction dans son ensemble, parachevant sa disparition. Les lambeaux de peinture, les morceaux de tuyaux, le carrelage en cours de désagrégation vont bien au-delà de la désaffection professionnelle : ils vous meurtrissent, exactement de la même façon que lorsque vous repensez à une scène heureuse de votre enfance dont vous savez qu'elle ne pourra jamais plus se reproduire parce que les personnes et les sentiments qui la composaient ont disparu. 
Alors le panonceau se charge d'un symbole supplémentaire. Le simple antagonisme décrit plus haut devient un terrifiant dilemme : que choisir entre l'invitation à pénétrer cette pièce lourde de tous ses symboles et suivre la consigne sur fond noir ? Si jamais vous suivez la perspective et décidez de passer ce panneau, vous ne serez plus la simple victime de la nostalgie, la douleur qu'on aime parfois avoir, car les blessures infligées au bâtiment vous enlèveront cette dimension de plaisir. Mais vous ne pouvez pas vous en empêcher : il faut aller voir, il faut avoir mal pour avoir envie de passer à l'étape suivante, la deuxième partie du dilemme. 

Enfin, vous suivez la consigne indiquée en gros depuis le début. Après une interminable promenade douce-amère dans vos souvenirs et votre aigreur, après une avalanche qui a détruit trop de choses, vous vous exécutez. Même si c'est la dernière chose dont vous ayez envie, vous n'avez pas le choix, car cela n'a jamais dépendu de votre avis. Cette porte doit rester fermée. 
Puis, le cœur lourd, vous ressortez du bâtiment, n'importe où pourvu que ce soit loin d'ici, à la recherche de nouvelles portes qui, elles, ne seront jamais aussi pesantes.

14/07/2012

Qui sont les psys ?

Moi sur la plage de Bugibba - Malte, avril 2012

Il y a des sujets personnels auxquels TOUS les psys sont confrontés plus ou moins fréquemment. Et je vais vous donner aujourd'hui ma réponse qui, je l'imagine, correspond à la vision de la majorité de mes confrères. 



La première croyance que les gens peuvent avoir, c'est que tous les psys auraient eu une relation symboliquement incestueuse avec leur mère ou bien qu'ils seraient des parents calamiteux ou bien encore qu'ils seraient « fous » à moins qu'ils ne fussent des pervers manipulateurs ou – pourquoi pas ? – tout cela en même temps ou n'importe quoi d'autre qui montre que les psys sont des personnes bizarres. D'ailleurs le psy ferait bien d'aller voir un autre psy puisqu'il est au minimum un peu fou. 

La deuxième croyance est l'exact contre-point de la précédente. En effet, le psy a fait des années et des années d'études. Son exercice professionnel lui a permis d'accumuler une incroyable somme de connaissances sur l'être humain et sur les relations inter-individuelles. A ce titre, il est évident que cet homme si intelligent réussit tout ce qu'il entreprend puisqu'il sait à l'avance comment les gens vont réagir. Un psy ne peut pas avoir de problèmes de couple puisqu'il aide les autres à résoudre les leurs. Un psy sait comment éduquer ses enfants puisqu'il a lu tout Dolto (bon, en vrai c'est encore mieux puisqu'un psy a lu pendant des années les livres de Mélanie Klein, Anna Freud ou Donald Winicott). Un psy ne se dispute jamais avec personne puisqu'il sait désamorcer les conflits. Mieux, il est tellement bienveillant qu'un psy ne peut jamais se disputer avec qui que ce soit. En plus, comme le bon psy va consulter un autre psy, c'est sûr qu'il sait prendre du recul sur la situation à tout moment. 


Je ne crois pas avoir exagéré les points que je viens d'énoncer, ce sont des lieux communs qui ressortent presque systématiquement lorsque j'annonce à quelqu'un le métier que je fais. 
Vous allez peut-être naturellement pencher vers l'un ou l'autre de ces stéréotypes, voire peut-être même les deux en même temps. Et ma réponse est que... ni l'un ni l'autre n'est juste. 

Ca va peut-être vous paraître insensé, mais les psys (-chiatres, -chologues, -chothérapeutes) sont des hommes et des femmes comme les autres. C'est fou, hein ? La plupart des psys ne sont pas plus ou moins « atteints » que n'importe qui, ils ne sont pas plus ou moins intelligents que dans n'importe quelle autre profession au niveau d'étude comparable. Le psy a des réussites et des échecs dans sa vie amoureuse comme n'importe qui d'autre. Je n'ai pas connaissance d'une étude comparative sur le taux de divorce des psys par rapport au reste de la population, mais je suis persuadé qu'il est sensiblement le même. On peut continuer comme ça pendant des heures : lorsqu'un psy joue avec son enfant, il ne cherche pas à développer le côté psycho-éducatif de la relation parent-enfant au travers d'un objet transitionnel. Non. Le psy cherche à jouer avec son enfant parce qu'il trouve ça agréable. Vous en voulez encore ? J'ai entendu dire une fois que le psy pouvait s'énerver contre cet idiot de voisin qui a encore bloqué la sortie de son garage. Pire : le psy peut être cet idiot de voisin ! Comme tout le monde, le psy est croyant ou non, il a des opinions politiques ou non. Comme vous, le psy est parfois illogique ou impatient, il pratique du sport ou non, il est sympathique ou froid. Peu importe au fond, le psy est un homme ou une femme comme les autres ! 

Tout au plus, peut-on remarquer que le psy est susceptible d'avoir dans sa vie personnelle quelques « trucs » qu'il tire de son expérience professionnelle. Mais au fond on pourra trouver ce genre de comportements chez n'importe quel chef d'équipe, employé des ressources humaines, avocat, etc. (cela fera d'ailleurs l'objet d'un article à venir). 


Vous voilà donc prévenus sur la nature intime du psy qui n'est pas foncièrement différente de la vôtre. 
Enfin, après on peut poser un interminable débat sur les différences et les points communs inter-individuels (chacun est différent et en même temps chacun ressemble à une partie du reste de la population), mais cela est une piste que nous pourrons explorer plus tard.

01/07/2012

C'est pas poli de tirer la langue


Pralognan-la-Vanoise, Savoie - juin 2008
La preuve qu'il n'y a pas que les enfants qui font des enfantillages !

Après avoir rédigé un article long et déprimant, je ne pouvais que publier un article court et amusant à voir.