27/10/2011

Le sacré à Thorame

Je n'ai de cesse de le dire : Thorame est le plus beau village du monde. Il est tellement beau, à vrai dire, qu'une personne de prestige s'y est arrêtée pour y rencontrer l'un des villageois. Une personne de prestige, oui. Clint Eastwood ? Dany Boon ? Kurt Cobain ? Catherine Deneuve ? Georges Brassens ? Non, mieux !!
Euh... François Mitterand ? Barack Obama ? Didier Super ?
Mieux, je vous dis !!
Napoléon ? De Gaulle ?
Bien plus prestigieux !
Je sais pas. Dieu ?
Presque !
Nicolas Sarkozy ?
Non plus. Thorame a connu une apparition de la Vierge Marie qui offrit une fleur cueillie dans le paradis à un paysan du village en lui demandant d'édifier une église à l'endroit de leur rencontre. C'est cette rencontre qui est à l'origine de l'église de Notre-Dame de la Fleur.
Je n'ai pas osé parler d' « érection de l'église », je me suis dit que ça faisait limite dans le même paragraphe que la Vierge.
Bref.

Chaque année, en mémoire de cet évènement, a lieu une procession où l'on transporte la statue de la Vierge de l'église de Thorame, jusqu'à l'église de Notre-Dame de la Fleur (7 km). J'ai photographié cette procession et il se trouve que l'une de mes photos a été choisie pour illustrer l'article dédié dans le livre Le sacré dans les Alpes que je vous recommande chaudement (Ouaiiiiiis, c'est là où je voulais en venir).


Statue de ND de la Fleur, procession de la Pentecôte 2011
(mais ce n'est pas cette photo qui illustre le livre)
Ce livre décrit quelques uns des lieux sacrés les plus remarquables dans les Alpes du Nord et du Sud : les incontournables, comme Notre-Dame de la Sallette ou le monastère des Chartreux, mais aussi d'autres, moins connus, comme cette église à deux clochers, l'un pour les messes catholiques, l'autre pour les messes protestantes. On y découvre aussi l'incroyable église de Passy (Haute-Savoie) décorée par Braque, Matisse, Chagall, Léger, Rouault et bien d'autres lieux encore.

Je vous invite donc à découvrir tous ces beaux lieux alpins en vous procurant ce livre, que vous devriez trouver facilement dans toutes les bonnes crèmeries.
 (Je précise au passage que je ne touche pas de droits d'auteur en fonction des ventes effectuées. Je ne vous conseille donc pas ce livre pour mes intérêts personnels)

16/09/2011

Chacun son île


Si mes souvenirs sont bons – et ils ne le sont malheureusement pas toujours – l'un des premiers DVD que j'ai acheté était celui de La plage. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, La plage, ce n'est pas que l'envoûtante bande originale interprétée par les All Saints, La plage, c'est aussi l'histoire d'un très beau jeune homme, interprété par Leonardo Di Caprio, qui cherche un lieu paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent. C'est ainsi qu'il se retrouve sur une île thaïlandaise, paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent habitée par un petit groupe d'humains qui – comme lui – recherchent un endroit paradisiaque, calme, simple, éloigné de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénué d'argent.

Tout se passe bien pour Richard – c'est son nom – sur cette île paradisiaque, calme, simple, éloignée de la civilisation, vierge de tout vice humain, dénuée d'argent, jusqu'à ce que, pour une raison que je ne vous dévoilerai pas, Richard soit banni par la communauté.
Le protagoniste entre alors dans une nouvelle dynamique vis-à-vis des villageois, du village, mais aussi vis-à-vis de lui-même.
C'est en fait à ce moment-là que Richard devient totalement libre. Il veut espionner tel ou tel villageois ? Il l'espionne. Il veut courir ? Il court. Il veut rôder dans le village durant la nuit ? Il rôde. Il veut lire, il veut chasser ou manger, il veut résider à tel endroit ou tel autre ? Il le fait, comme bon lui semble, libre des contraintes des humains.

A y regarder de plus près, Richard expérimente ce dont nous fantasmons tous à des degrés différents, que ce soit par ou pour la liberté. Et de mon côté, je ressens souvent cette liberté. D'autres fois, je la recherche quand je ne l'impose pas (magnifique question philosophique au passage : peut-on imposer sa propre liberté à autrui ?). Si je devais remercier et féliciter mes parents sur un seul point, ce serait à propos de l'insistance dont ils ont fait preuve durant des années pour que j'apprenne à exprimer ce que je suis, que ce soit au travers de mes originalités, de mes goûts, de mes envies ou de toute autre chose, en me détachant du regard et du jugement de l'Autre, quel qu'il soit.
Pas toujours évidente à mettre en œuvre durant mon enfance, j'ai depuis cultivé cette graine du détachement jusqu'à ce qu'elle devienne mon premier point cardinal : ma liberté. Je veux courir ? Je cours. Je veux rôder dans le village durant la nuit ? Je rôde. Je veux croire ? Je crois, à ma façon. Je veux m'inspirer de telle pensée ? Je m'en inspire. Je veux inventer une pensée, l'extraire de mes seules expériences ? Je l'invente. Je veux prononcer des blagues racistes, misogynes ou dégoûtantes ? Je les prononce, peu importe qu'on me croie raciste, misogyne ou dégoûtant. Je veux lire, jouer, me défouler, résider à tel endroit, exprimer mes spécificités, mes excentricités parfois ? Je le fais, comme bon me semble, avec pour seules limites celles que je m'impose, avec pour seul prix à payer celui que j'accepte de verser, avec pour seules conséquences celles que j'accepte de subir.
Cela ne signifie pas que je suis un asocial, un anarchiste ou un hippie idéaliste qui ne voit son salut que par le rejet d'un monde jugé trop différent. Non, je vois la société telle qu'elle est, je vois la place que je peux y tenir, les latitudes qui me sont offertes ou que je peux conquérir.
Mais au fond, ce beau discours ne masque-t-il pas une vision idéaliste de ma condition, n'est-il pas le barbacane d'une vie dont personne n'est jamais entièrement satisfait ?

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Photo : Lac d'Allos, été 2010

30/07/2011

La machine a remonter le temps


Vous l'ignorez encore peut-être, mais je possède une machine à remonter le temps. Bien que le terme "récemment" soit à manipuler avec précaution en l'espèce, je puis dire que j'ai récemment pu utiliser cette machine pour aller prendre ce cliché en gare de Thorame Haute il y a tout juste un siècle, le 3 juillet 1911. 
Très beau temps au passage, ce jour-là. On regrettera juste l'absence d'eau réellement potable.

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Photo : Locomotive Henschel & Sohn E211 - Thorame Haute, juillet 1911

21/06/2011

25/05/2011

La réponse à une question que vous ne vous êtes jamais posée



En décortiquant mes grandes questions existentialistes, j'ai approfondi ma réflexion vers un point que je n'aurais pas soupçonné jusqu'alors. J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, je n'arrive qu'à cette explication pour répondre à cette question que seul moi semble me poser.


J'imagine parfaitement dans les années 50 ou 60, la France est alors en pleine reconstruction. Les théories capitalistes affrontent les théories communistes et dans une usine, Arcoroc ou Duralex, une réunion de travail ordinaire a lieu entre les cadres dirigeants de celle-ci. A l'ordre du jour : l'achat ou non d'un terrain voisin de trente mètres carrés afin d'y aménager la sortie du dépôt, le vote du budget de l'arbre de Noël des employés et d'autres questions courantes plus ou moins importantes.

Mais ce jour-là... Ce jour-là, l'un des employés, le directeur-adjoint de la boîte, arrive avec quelques minutes de retard. Il est venu en se pressant. Il a le souffle court. Des perles de sueur coulent à son front. Lors, il lâche à son patron et ses collaborateurs une phrase – LA phrase – qui va révolutionner l'industrie du verre : « Arrêtez tout, j'ai une idée !! »
L'homme, qui reprend peu à peu son souffle, enchaîne sur un monologue adressé à l'assemblée médusée :
- Martel, vous travaillez sur quoi en ce moment ? La prospective commerciale pour les Pays-Bas, c'est ça ? Laissez tomber, j'ai plus important !!
Peyrol, vous pouvez dire aux ingénieurs d'arrêter de plancher sur les nouvelles machines qu'on leur a commandées, ça sert plus à rien. Je sais qu'ils ont presque fini, mais j'ai mieux pour eux. Allez, maintenant !
Vialet, vous pouvez me rappeler vos prévisions des bénéfices pour l'année prochaine ? +12% ? D'accord. Refaites tous vos calculs avec +72%. C'est une première estimation, mais on va être dans ces eaux-là. Ne me regardez pas avec ces yeux de merlan frit, je vous dis +72%, c'est tout !
Patron ! Patron... J'ai eu une idée hier soir. Je l'ai tournée dans tous les sens, toute la nuit et... je comprends que vous puissiez être sceptique, mais c'est parce que vous n'avez pas encore entendu mon idée. Ce sera l'évènement le plus important de notre entreprise depuis sa création, nous allons multiplier le nombre de nos employés par deux en une année et sur cinq ans... je laisserai Vialet faire les calculs, mais nous allons créer sûrement quatre peut-être cinq fois plus d'emplois ! Et notre chiffre d'affaires sur cinq ans... Patron, nous allons révolutionner l'industrie du verre avec un supplément d'investissement inférieur à 4% !!
- Mais de quoi parlez-vous, bon sang ?
- Patron... Nous allons mettre des chiffres au fond des verres que nous fabriquons
- Je ne vous suis pas là.
- On va mettre des chiffres au fond de nos verres. Vous ne voyez pas toutes les répercussions que ça aura ?
- Non, vraiment, là je vois pas.
- Est-ce que vous vous êtes déjà demandé sur quels critères doivent se baser les millions d'enfants qui mangent dans les cantines françaises pour savoir qui doit aller remplir le pot à eau de leur tablée ?
- Je dois vous avouer que j'ai d'autres préoccupations.
- Et vous êtes-vous déjà demandé combien d'enfants veulent savoir quel âge ils ont dans le verre ?
- Mais où voulez-vous en venir ?
- Avec l'apposition d'un simple numéro au fond de nos verres, nous allons apporter toutes ces réponses à des millions d'enfants. Chaque gestionnaire de chaque école, collège, lycée, entreprise équipée d'une cantine achètera NOS verres avec un numéro au fond. Il suffit juste que vous donniez votre accord pour lancer ce projet.


Et voici comment cette entreprise a su proliférer d'une manière considérable en un claquement de doigts. Evidemment, la concurrence a depuis emboîté le pas et c'est ainsi que 60 ans après, mon verre Made in Thailand, fabriqué il y a quelques mois, m'indique que j'ai 27 ans dans le verre ce matin. Nous ne voyons pas d'autre explication. 

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Photo : Géode de la Villette – Paris, octobre 2008