J'aime
pas les grosses.
Ah
bon ? Tu dis ça comme ça, toi ?
Ben
oui : j'aime pas les grosses.
T'es
gonflé quand même ! Tu aurais toi-même quelques kilos à
perdre.
C'est
vrai. Mais j'aime pas les grosses.
Je
crois que tu as fréquenté des filles qui n'étaient pas toujours
très filiformes.
Tout
à fait. Mais j'aime pas les grosses.
Toi
qui a appris à ne pas rejeter une personne en fonction de sa couleur
de peau, de ses opinions, de son passé ou de quoi que ce soit
d'autre, tu te permets de rejeter une personne juste parce qu'elle
est grosse ?
Je
sais, mais j'aime toujours pas les grosses.
Toi
qui te bats contre les diktats imaginaires et utopiques de
l'uniformisation, toi qui te bats pour que chacun s'assume tel qu'il
est, pour que chacun travaille son estime de soi sans pour autant
changer ce qu'il est, tu dis d'un coup que t'aimes pas les grosses ?
C'est
exactement ça, j'aime pas les grosses. Elles sont moches.
Mais
c'est le discours du pire des salauds, du pire des machos ! Tu
chosifies un être humain, une femme, que tu réduis à sa seule
dimension physique ou sexuelle ; implicitement tu considères
qu'une femme – grosse ou pas – devrait te plaire plutôt qu'être
elle-même. T'as rien trouvé de mieux pour satisfaire ton ego ?
Ce
raisonnement va peut-être un peu trop loin. Mais dans tous les cas,
j'aime pas les grosses.
Toi
qui méprises plus que tout l'émission de la TNT où l'on
« relooke » les femmes à coups de bistouris pour
qu'elles se sentent bien dans leur peau, tu dis d'un coup que c'est
bien ?
Pas
du tout. Je ne dis rien de plus que cela : j'aime pas les
grosses.
Toi qui te dis plus que féministe - c'est-à-dire humaniste - tu méprises ainsi le combat que les féministes ont mené depuis des décennies, c'est incohérent.
De toute façon, je goûte peu à leurs combats en général. Et si elles sont grosses de surcroît, ça ne me les fera pas plus aimer.
C'est
pas toi qui disais apprécier le charme de Marianne James ?
Si.
Mais j'aime pas les grosses.
Pourtant,
le moins qu'on puisse dire, c'est que Marianne James a quelques kilos
en trop.
C'est
tout à fait vrai, mais Marianne James n'est pas grosse.
Bon,
ok, je pige plus.
Toutes
les grosses sont moches, à l'inverse des femmes pulpeuses. Ou qui
ont des kilos en trop. Ou qui ont des formes. Ou peu importe comment
vous les appelez. Le problème, ça n'est pas les kilos, c'est la
façon de les porter. A titre d'exemple, certains vêtements, comme
les pantalons moulants, sont évidemment à bannir. Les pantalons
« tuyaux de poêle » sont aussi à éviter. Il ne s'agit
pas de dissimuler les formes, mais de les mettre en valeur, car au
fond, peu de personnes détestent vraiment ces kilos superflus. Vous
n'allez peut-être pas me croire, mais oui, il existe une vie après
le 38 (et je ne parle pas seulement de l'Isère et du Jura), elle est
composée de décolletés chics, de robes à dentelles ou de longs
manteaux de cuir fourrés en hiver. Cette vie après le 38 est aussi
composée de fierté, de postures, de gaieté et de dizaines d'autres
états valorisants.
Si
vous ne devez retenir qu'une seule chose, c'est que la beauté n'est
pas dans les kilos ni dans leur absence, il n'y a pas de poids
parfait, pas de silhouette à rejeter. Vous voulez un exemple
flagrant qui saura vous convaincre, si ce n'est déjà fait ?
Le
voilà.
Alors
pour conclure, Mesdames, je vous en prie, arrêtez d'être grosses,
devenez belles !

