Dans une équipe de football, tu serais celui qui regarde le match depuis les tribunes pour conseiller l'entraîneur après le match.
Dans un groupe d'amis, tu es celui qui demande "Au fait, on a pensé à... ?"
Dans une équipe de tournage, tu serais le script, qui signale les erreurs qui sont commises pour les corriger.
Quand on parle d'un fait divers sordide, tu es le seul qui analyse la situation, qui rationalise et qui pense aux conséquences sur chaque protagoniste.
Dans un orchestre, tu serais celui qui aide les musiciens à trouver le la avant de laisser place au concert.
Dans un jardin public, tu es celui qui repère tout de suite que le gamin en bleu est différent des autres.
Dans une ville, tu es celui qui pense à l'accessibilité des lieux pour tous.
Quand tu regardes un film, tu es celui qui pense aux acteurs derrière les personnages.
Dans un lieu public, tu es celui qui se demande à quoi pense cette femme contre le mur.
Dans un théâtre, tu es celui qui regarde les spectateurs.
Dans une forêt, tu serais le banc public où l'on aime aller sans toujours savoir pourquoi.
Dans un paquet de céréales, tu serais le truc un peu trop caramélisé.
Dans un restaurant, tu serais le maître d'hôtel.
Dans un sommeil, tu serais le rêve qui fait réfléchir une fois réveillé.
Dans un journal, tu serais l'éditorialiste.
Dans un groupe de rock, tu serais l'ingé son.
Dans une équipe de travail, tu es le psychologue.
27/04/2014
Dans un paquet de céréales, tu serais le truc un peu trop caramélisé
03/01/2014
01/10/2013
Tu fais chier, Bertrand Cantat
Tout a réémergé il y a quelques jours à peine. C'était juste
un bandeau sur une chaîne d'info qui annonçait que, selon un récent
sondage, 63% des Français n'avaient pas pardonné Bertrand Cantat.
Je me suis alors souvenu d'une fois où j'avais justement été
sondé. Il y avait eu à cette période deux ou trois histoires de
trains arrivés avec plusieurs heures de retard et la question qui
m'était posée était une question du genre « Pensez-vous que
les trains de la SNCF sont actuellement plus souvent ou moins souvent
en retard qu'avant ? » La sondeuse fut stupéfaite de ma
réponse : « Ni l'un, ni l'autre. » S'en était
suivi un dialogue où je lui expliquais qu'il me paraissait infondé
de me forger une opinion sur seulement deux faits divers, que
moi-même j'avais subi neuf heures de retard sur un TGV Aix-Paris
quelques semaines auparavant, qu'aucun média national n'en avait
parlé et que donc je ne pouvais pas avoir idée de l'ampleur des
retards à la SNCF en général pour comparer à la période
particulière et que de toute façon, les trains ont toujours eu une
certaine proportion de retards donc à mon avis, à cette période,
les trains n'étaient pas beaucoup plus ou beaucoup moins en retard
qu'à leur habitude. Au reste, je m'en prenais au type qui avait
construit la question et n'avait pas intégré comme choix
de réponse « Autant en retard ».
Alors en lisant ce sondage sur Bertrand Cantat, je me suis imaginé
la même sondeuse qui m'appellerait et me demanderait si j'avais
pardonné Bertrand Cantat. J'aurais été là en train de cuisiner mon
repas de midi et d'un coup, comme ça, sans préliminaires, sans
annonce, sans rien, elle m'aurait demandé « Avez-vous pardonné
Bertrand Cantat ? »
Je me suis demandé ce qui se serait passé si cette sondeuse
avait posé la question à ma grand-mère. Je suis sûr qu'elle n'a
jamais entendu Le vent nous portera,
qu'elle n'a jamais crié sur une chanson de Noir dés' et qu'en plus
elle a oublié que, quelques années auparavant, Bertrand Cantat
avait tabassé Marie Trintignant à mort. Et je me suis demandé si
sa réponse, positive ou négative, aurait été comptabilisée dans
le sondage.
Mais tout ça ne répondait pas à la
question qu'on venait de me poser implicitement. Est-ce que moi je
pardonne Bertrand Cantat ? D'abord qui suis-je pour me donner le
droit de pardonner ou pas Bertrand Cantat ? Quelle prétention
que de se permettre de dire « Je pardonne (ou pas) un homme que
je ne connais pas personnellement qui a tué dans des conditions que
j'ai à peine suivies une femme que je ne connaissais pas » !
Avant sa mort, je ne connaissais même pas Marie Trintignant, elle
n'avait aucune importance pour moi, sa mort devrait-elle lui en
donner plus ? La question du pardon, c'est aussi le fait de
juger une personne. Je vois défiler des milliers d'images ou de
« proverbes facebookiens » où les gens disent ne pas
accepter d'être jugés et ces mêmes ne voient aucun problème à
juger en quelques secondes un homme dont ils ignorent presque tout.
Comment jugez-vous Bertrand Cantat, l'avez-vous pardonné, même
question.
J'en voulût alors à Marie Trintignant
et aux millions d'autres femmes dans le monde de ne pas avoir stoppé
leur relation après les premiers coups qu'elles subirent. Marie
Trintignant était à quatre ou cinq mille kilomètres de chez elle.
Elle aurait pu être en plein répit et non, elle décida quand même
d'inviter son bourreau.
J'en voulût aussi à Bertrand Cantat
et aux millions d'hommes sur Terre qui se dédouanent de leurs actes
(ou des actes des autres) sur l'alcool. Au cours de soirées, j'ai
déjà bu un peu, beaucoup, à la folie, passionnément et pas du
tout, pourtant il ne m'est jamais jamais jamais jamais jamais jamais
jamais jamais arrivé de tabasser qui que ce soit. Jamais. Et la
plupart d'entre vous non plus. L'alcool ne rend pas les gens
violents, l'alcool lève les inhibitions. Bertrand Cantat était
violent. Peut-on pardonner la violence ?
Cela amène un autre point.
Qu'est-ce qu'on pardonne dans le pardon ? Est-ce qu'on pardonne
l'homme ou est-ce qu'on pardonne l'acte ? Mes valeurs me poussent à
essayer de toujours pardonner les hommes, pas les actes. Quand on a
demandé à l'échantillon de répondre, qui a fait la distinction
entre l'homme et son acte ? Est-ce que celui qui a construit le
sondage a lui-même fait ce distinguo ?
Je me suis aussi souvenu que
j'avais lu des articles qui disaient que Bertrand Cantat avait été
un détenu exemplaire. J'imagine qu'il était altruiste, humble,
empathique, mais aussi désespérément triste. Je l'ai mille fois
imaginé, seul avec sa guitare devant un parterre de détenus imposer
avec son charisme naturel un silence de respect entre deux chansons
mélancoliques. Comment peut-on ne pas pardonner cet homme si
admirable ? Comment peut-on pardonner cet homme si violent ?
Et d'un autre côté, comment est-il humainement possible de
pardonner le moindre acte de violence volontaire et à plus forte
raison le meurtre ?
Je me suis aussi souvenu de la mère de
cet ami qui avait pris le TGV et qui, hasard de la vie, s'était
retrouvée face à lui dans le train, probablement lors d'une
permission accordée à Noël. Je me suis imaginé moi, face à lui.
L'envie de le submerger de questions, de marques d'intérêt,
d'empathie en même temps que de haine. J'aurais aimé devenir son
meilleur ami, j'aurais voulu observer, analyser son affliction,
chaque trait de son visage, j'aurais voulu qu'il acceptât de me
faire entrer dans sa citadelle de solitude, j'aurais voulu sentir son
silence et j'aurais aimé qu'il payât pour son intolérable acte.
J'aurais tellement aimé et tellement craint de me retrouver face à
cet homme, écorché peut-être depuis son meurtre, sûrement depuis
bien avant.
![]() |
| Bertrand Cantat, himself |
Et le lendemain de ce sondage, je vis
un extrait de son nouveau clip. Si ce morceau n'était pas
exceptionnel, il était empreint du talent et de l'intelligence
poétique de son auteur. Sa voix semblait inchangée, son faciès
bouffi par les années. Un nouvel argument s'imposa à moi. Guy
Georges, il chante peut-être super bien en vrai. Pourtant je ne
m'imaginerais absolument pas acheter un de ses albums. Et pourquoi
Bertrand Cantat, lui, y aurait droit ? Le fait d'être célèbre
avant permettrait-il d'avoir un avantage sur les autres meurtriers ?
Alors voilà, je suis pris entre de
multiples décisions antagonistes, de multiples incompatibilités.
Toi, Bertrand Cantat, tu m'entraînes dans tes tourmentes. Je subis à
la fois ton côté beau et ton côté moche, alors que je n'en veux
qu'un seul. Je n'ai qu'une seule envie, c'est que tu reviennes en
arrière et que tu t'empêches de commettre l'irréparable car j'ai
tort dans chacune des alternatives que tu m'imposes. J'ai envie
d'entendre ta voix et ta création, mais j'ai envie que, oublié de
tous, tu t'imbibes d'alcool dans un appartement poisseux pour éponger
le dégoût que tu as de toi-même. Je ne veux plus t'entendre et je veux que
tu me transperces avec un, deux, dix chefs d'œuvre indiscutables.
Tu vois ? Tu fais chier, Bertrand
Cantat.
26/06/2013
Bref, on est des gamins
Lorsqu'on
y regarde, même sommairement, nous avons tous ou presque à nos côtés
des gens, des objets, parfois une maison de famille, des idées même, que
nous gardons depuis environ toujours et auxquels nous tenons fortement.
Nous pensons alors à différents membres de notre famille, à une peluche qu'on n'a pas donnée lors de ce rite cruel de l'adolescence, à ce colifichet qui traîne dans une poche, quelque part, à un animal de compagnie, à un bijou offert un jour de notre enfance, par une personne qui revêtait alors une importance particulière dans notre royaume. Ces objets, ces gens, nous apportent de la stabilité et du réconfort, c'est en ça que nous les apprécions.
Malgré tout, nous oublions presque systématiquement celui ou celle qui est si proche depuis si longtemps. Si intime, si habituel que nous avons tendance à ne plus le ou la voir.
Le mien – car il est bien masculin – est toujours là. C'est lui qui dispose bien la fourchette à gauche et le couteau à droite avant de passer à table car ses parents lui ont appris à faire comme ça et c'est lui qui remet le rangement de ses affaires à plus tard, car là, ses parents n'ont pas réussi à lui apprendre la nécessité de le faire. C'est lui qui mange mes bonbons et c'est lui qui accumule ses BD chez moi. C'est lui qui s'attache très fort très vite et qui est blessé quand ça n'est pas réciproque. C'est lui qui a peur de s'adresser à un inconnu pour demander un renseignement et c'est encore lui qui regarde la télé des heures durant. C'est lui qui n'aime pas du tout revendre ses objets. C'est lui qui détourne le regard lorsqu'une fille se déshabille et c'est lui qui planque des objets pour embêter son entourage. C'est lui qui ramasse ce caillou parce qu'il est joli. C'est lui qui ne dit pas de gros mots parce que ses parents lui interdisent. C'est lui qui pleure devant certains films, à moins que ce ne soit moi, parce que d'un coup je le trouve trop éloigné. C'est lui qui ne sait pas séduire une jolie fille, c'est lui qui ne fume pas. C'est lui qui est terrifié lorsque les esprits autour de lui s'échauffent. C'est lui qui prépare soit une tarte au chocolat, soit une tarte au citron meringuée lorsqu'il invite des gens car son père faisait comme ça. C'est lui qui aime bien rester seul pour jouer, c'est lui qui aime bien être avec des proches pour jouer. C'est lui qui est prêt à dépenser des heures de son temps pour régler un détail qui l'exaspère. C'est lui qui est super fort en dictée. C'est lui qui transforme un tas de pierres en Empire et c'est encore lui qui montre ses jouets contemporains aux autres. C'est surtout lui qui souffre quand il doit se séparer d'une personne qu'il aime et c'est lui qui est fier de réussir une chose qui lui paraissait pourtant si difficile. C'est encore lui qui ne se rend pas vraiment compte de sa propre fragilité et qui sans s'en rendre compte, cherche à construire quelque chose de rassurant avec la fille qui veut bien jouer avec lui. C'est lui qui sait parfaitement bien gérer son argent. C'est lui qui a du mal à accepter que les gens puissent mentir. C'est lui qui est curieux de tout ce qui se passe autour de lui et c'est même un peu lui qui a décidé de faire des études en psycho car il y avait là des tas de phénomènes dont il apercevait les mécanismes, sans vraiment les comprendre.
Nous pensons alors à différents membres de notre famille, à une peluche qu'on n'a pas donnée lors de ce rite cruel de l'adolescence, à ce colifichet qui traîne dans une poche, quelque part, à un animal de compagnie, à un bijou offert un jour de notre enfance, par une personne qui revêtait alors une importance particulière dans notre royaume. Ces objets, ces gens, nous apportent de la stabilité et du réconfort, c'est en ça que nous les apprécions.
Malgré tout, nous oublions presque systématiquement celui ou celle qui est si proche depuis si longtemps. Si intime, si habituel que nous avons tendance à ne plus le ou la voir.
Le mien – car il est bien masculin – est toujours là. C'est lui qui dispose bien la fourchette à gauche et le couteau à droite avant de passer à table car ses parents lui ont appris à faire comme ça et c'est lui qui remet le rangement de ses affaires à plus tard, car là, ses parents n'ont pas réussi à lui apprendre la nécessité de le faire. C'est lui qui mange mes bonbons et c'est lui qui accumule ses BD chez moi. C'est lui qui s'attache très fort très vite et qui est blessé quand ça n'est pas réciproque. C'est lui qui a peur de s'adresser à un inconnu pour demander un renseignement et c'est encore lui qui regarde la télé des heures durant. C'est lui qui n'aime pas du tout revendre ses objets. C'est lui qui détourne le regard lorsqu'une fille se déshabille et c'est lui qui planque des objets pour embêter son entourage. C'est lui qui ramasse ce caillou parce qu'il est joli. C'est lui qui ne dit pas de gros mots parce que ses parents lui interdisent. C'est lui qui pleure devant certains films, à moins que ce ne soit moi, parce que d'un coup je le trouve trop éloigné. C'est lui qui ne sait pas séduire une jolie fille, c'est lui qui ne fume pas. C'est lui qui est terrifié lorsque les esprits autour de lui s'échauffent. C'est lui qui prépare soit une tarte au chocolat, soit une tarte au citron meringuée lorsqu'il invite des gens car son père faisait comme ça. C'est lui qui aime bien rester seul pour jouer, c'est lui qui aime bien être avec des proches pour jouer. C'est lui qui est prêt à dépenser des heures de son temps pour régler un détail qui l'exaspère. C'est lui qui est super fort en dictée. C'est lui qui transforme un tas de pierres en Empire et c'est encore lui qui montre ses jouets contemporains aux autres. C'est surtout lui qui souffre quand il doit se séparer d'une personne qu'il aime et c'est lui qui est fier de réussir une chose qui lui paraissait pourtant si difficile. C'est encore lui qui ne se rend pas vraiment compte de sa propre fragilité et qui sans s'en rendre compte, cherche à construire quelque chose de rassurant avec la fille qui veut bien jouer avec lui. C'est lui qui sait parfaitement bien gérer son argent. C'est lui qui a du mal à accepter que les gens puissent mentir. C'est lui qui est curieux de tout ce qui se passe autour de lui et c'est même un peu lui qui a décidé de faire des études en psycho car il y avait là des tas de phénomènes dont il apercevait les mécanismes, sans vraiment les comprendre.
Il est toujours là, omniprésent, discret ou
envahissant, craintif ou plein de courage, insouciant ou tourmenté
parfois pour un rien. Je ne sais pas précisément quel âge il a.
Peut-être six, sept ou dix ans.Celui que nous oublions souvent, c'est ce petit garçon ou cette petite fille que nous étions et qui est toujours là, quelque part. Sa présence nous renvoie à cette question débattue par les philosophes depuis la nuit des temps : changeons-nous vraiment ?
Je suis semblable à celui que j'étais à l'école primaire et pourtant je suis radicalement différent de cet enfant. Ces évolutions sont-elles des différences, signe de changement, ou bien, est-ce qu'au fond l'être humain ne doit pas être limité à sa vision lors d'un instant défini, mais appréhendé en perspective, en trois dimensions temporelles ? En étant enfant, je portais déjà ce que je serai vingt, trente ou cinquante ans plus tard, il n'y a donc pas de transformation, seulement une évolution à la fois infinie et prompte.
Dans la vie d'adulte, c'est bien souvent ce petit garçon qui est amoureux de la petite fille qu'il vient de rencontrer. Heureusement ou malheureusement, le petit garçon est accompagné de son homme, la petite fille est accompagnée de sa femme. Ca fait beaucoup de monde à concilier tout ça, on comprend mieux la fragilité du couple en général, la persistance de certains couples en particulier.
Lorsque je croise quelqu'un, j'ai très souvent tendance à l'imaginer dans son futur ou dans son passé. Cette gamine aux cheveux longs, je l'imagine étudiante, sûrement en LEA. Cet étudiant croisé dans la rue, il a dix ans et il vient de construire une cabane avec ses copains dans les bois. Cette quadra qui me parle dans une file d'attente vient de retourner au collège avec pour préoccupation principale l'achat du dernier album de son chanteur préféré. Je peux imaginer tout cela car une partie de nous est invariante, elle n'est ni un atavisme, ni une involution, juste un centre de gravité, comme le cœur de l'arbre qui garde le même diamètre mais grandit avec le reste. Privé de son centre, l'arbre meurt. Privé de son enfant caché, l'Homme perd ses qualités fondamentales d'être humain.
Lorsque je croise quelqu'un, j'ai très souvent tendance à l'imaginer dans son futur ou dans son passé. Cette gamine aux cheveux longs, je l'imagine étudiante, sûrement en LEA. Cet étudiant croisé dans la rue, il a dix ans et il vient de construire une cabane avec ses copains dans les bois. Cette quadra qui me parle dans une file d'attente vient de retourner au collège avec pour préoccupation principale l'achat du dernier album de son chanteur préféré. Je peux imaginer tout cela car une partie de nous est invariante, elle n'est ni un atavisme, ni une involution, juste un centre de gravité, comme le cœur de l'arbre qui garde le même diamètre mais grandit avec le reste. Privé de son centre, l'arbre meurt. Privé de son enfant caché, l'Homme perd ses qualités fondamentales d'être humain.
31/05/2013
J'aime pas les grosses
J'aime
pas les grosses.
Ah
bon ? Tu dis ça comme ça, toi ?
Ben
oui : j'aime pas les grosses.
T'es
gonflé quand même ! Tu aurais toi-même quelques kilos à
perdre.
C'est
vrai. Mais j'aime pas les grosses.
Je
crois que tu as fréquenté des filles qui n'étaient pas toujours
très filiformes.
Tout
à fait. Mais j'aime pas les grosses.
Toi
qui a appris à ne pas rejeter une personne en fonction de sa couleur
de peau, de ses opinions, de son passé ou de quoi que ce soit
d'autre, tu te permets de rejeter une personne juste parce qu'elle
est grosse ?
Je
sais, mais j'aime toujours pas les grosses.
Toi
qui te bats contre les diktats imaginaires et utopiques de
l'uniformisation, toi qui te bats pour que chacun s'assume tel qu'il
est, pour que chacun travaille son estime de soi sans pour autant
changer ce qu'il est, tu dis d'un coup que t'aimes pas les grosses ?
C'est
exactement ça, j'aime pas les grosses. Elles sont moches.
Mais
c'est le discours du pire des salauds, du pire des machos ! Tu
chosifies un être humain, une femme, que tu réduis à sa seule
dimension physique ou sexuelle ; implicitement tu considères
qu'une femme – grosse ou pas – devrait te plaire plutôt qu'être
elle-même. T'as rien trouvé de mieux pour satisfaire ton ego ?
Ce
raisonnement va peut-être un peu trop loin. Mais dans tous les cas,
j'aime pas les grosses.
Toi
qui méprises plus que tout l'émission de la TNT où l'on
« relooke » les femmes à coups de bistouris pour
qu'elles se sentent bien dans leur peau, tu dis d'un coup que c'est
bien ?
Pas
du tout. Je ne dis rien de plus que cela : j'aime pas les
grosses.
Toi qui te dis plus que féministe - c'est-à-dire humaniste - tu méprises ainsi le combat que les féministes ont mené depuis des décennies, c'est incohérent.
De toute façon, je goûte peu à leurs combats en général. Et si elles sont grosses de surcroît, ça ne me les fera pas plus aimer.
C'est
pas toi qui disais apprécier le charme de Marianne James ?
Si.
Mais j'aime pas les grosses.
Pourtant,
le moins qu'on puisse dire, c'est que Marianne James a quelques kilos
en trop.
C'est
tout à fait vrai, mais Marianne James n'est pas grosse.
Bon,
ok, je pige plus.
Toutes
les grosses sont moches, à l'inverse des femmes pulpeuses. Ou qui
ont des kilos en trop. Ou qui ont des formes. Ou peu importe comment
vous les appelez. Le problème, ça n'est pas les kilos, c'est la
façon de les porter. A titre d'exemple, certains vêtements, comme
les pantalons moulants, sont évidemment à bannir. Les pantalons
« tuyaux de poêle » sont aussi à éviter. Il ne s'agit
pas de dissimuler les formes, mais de les mettre en valeur, car au
fond, peu de personnes détestent vraiment ces kilos superflus. Vous
n'allez peut-être pas me croire, mais oui, il existe une vie après
le 38 (et je ne parle pas seulement de l'Isère et du Jura), elle est
composée de décolletés chics, de robes à dentelles ou de longs
manteaux de cuir fourrés en hiver. Cette vie après le 38 est aussi
composée de fierté, de postures, de gaieté et de dizaines d'autres
états valorisants.
Si
vous ne devez retenir qu'une seule chose, c'est que la beauté n'est
pas dans les kilos ni dans leur absence, il n'y a pas de poids
parfait, pas de silhouette à rejeter. Vous voulez un exemple
flagrant qui saura vous convaincre, si ce n'est déjà fait ?
Le
voilà.
Alors
pour conclure, Mesdames, je vous en prie, arrêtez d'être grosses,
devenez belles !
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