01/04/2024

Libet

Au cœur d'un volcan, avec les tortues rouges,
Sous dix vagues où le magma remue et bouge,
Sur les clairs chemins arpentant les Cocagne,
Ici, ailleurs, dans ses pays de montagnes.

En cherchant partout le libet, il y trouve
Des âmes, des plaisirs que son corps éprouve.
Et si la lumière si espérée se perd,
Sa paire part en son si lointain sanctuaire.

Las, l'huile en lui lui luit et lui brille
De ses mille feux et ses mille papilles.
Solitude si solide en son isolée,
Un feu abrasant une terre désolée.

Pour combien de temps encore, son cœur contus
Y battra-t-il pour d'inaccessibles statues ?
Se montrera-t-elle un jour, celle qui en son sein
Se plaira à construire avec cet arsin ?

17/03/2023

Le vent se lève, il faut tenter de vivre

Mamie, puisque je l’appelle ainsi, est née il y a 91 ans, près de l’étang de Berre, en Provence. J’ai toujours du mal à me représenter ce que c’est 91 ans, tout ce qu’il peut se passer en une vie aussi complète et longue que celle-ci. Je vais vous en retracer quelques bribes et je vous prie de me pardonner si je ne mentionne pas tous les éléments de sa vie que vous attendez.

Sa famille venait de Lunéville, en Lorraine. A part un écart à Bizerte, en Tunisie, Mamie vécut en Provence, cette région qui lui donna son accent si chantant.

Elle vécut la guerre à Marseille et à Thorame. Elle y faisait du vélo, elle y jouait avec sa famille, elle allait se baigner dans le Verdon avec ses copines. Exactement la même chose que ce que ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants ont fait après elle. Mais pas toujours dans les mêmes conditions.

04/08/2022

Fish in the sea, you know what I mean

Cela commence avec la voix nue, puissante et contenue de l'une des chanteuses les plus importantes du vingtième siècle.

Birds flying high, you know how I feel.
Sun in the sky, you know how I feel.
Breeze driftin' on by, you know how I feel.
It's a new dawn,
It's a new day,
It's a new life for me, yeah!
It's a new dawn,
It's a new day,
It's a new life for me, ooh!
And I'm feeling good!

1965, au plus chaud de la ségrégation raciale en Amérique, Nina Simone interprète cette chanson signe d'émancipation. Aucune colère, aucune rancœur, juste un appel à la nature pour lui clamer son bien-être, sa joie.
Il s'agit là de la concrétisation d'un labeur qui semble durer depuis une éternité, nous sommes dans les premiers instants de cette candeur.

Ellipse, nous sautons jusqu'en 1987, avec une chanson qui ne m'a jamais quitté. Ces paroles de Jean-Jacques Goldman viennent en complément de celles de Nina Simone. La chanson s'adresse à une immigrée qui doit faire sa place en France.

Il faudra que tu apprennes
A perdre, à encaisser.
Tout ce que le sort ne t’a pas donné,
Tu le prendras toi-même.
Oh, rien ne sera jamais facile,
Il y aura des moments maudits !
Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienne.
Et toi seul en saura le prix.

Et moi ? Je n'ai pas énormément à me plaindre de ma couleur de peau, certes, mais le combat a longtemps été là. Je me revois tout plaquer - ma situation, mes proches, mon village, ma vie - pour aller vivre à l'autre bout du monde. Je me revois la peur au ventre après un grand échec sur place. Je revois mon combat pour la reconstruction. Je revois aussi le CAFDES, les difficultés du confinement, les abandons d'ici ou de là, les nuits blanches devant mon ordinateur à courir après le temps.
Ce n'est pas une plainte, pas même une revendication. Si la fierté est bien présente, elle n'a pas vraiment sa place ici. Non, aujourd'hui, je vois cet éternel effort comme une odyssée. Un voyage semé d'aventures et d'évènements extraordinaires. Un volcan en éruption, des baleines, des cultures, des joies, des découvertes, c'est aussi ça.
Je me revois, travaillant avec ardeur pour ces jeunes retirés à leurs parents et qui se retrouvent trop souvent sans rien à leurs 18 ans. Ce n'était pas vraiment mon choix d'aller vers ce thème, c'était plutôt le besoin du moment pour ce public.
Et je me revois le jour où j'ai compris que mon histoire n'était pas si différente de la leur.

C’est ta chance, le cadeau de ta naissance.
Y’a tant d’envies, tant de rêves qui naissent d’une vraie souffrance,
Qui te lance et te soutient.
C’est ta chance, ton appétit, ton essence,
La blessure où tu viendras puiser la force et l’impertinence,
Qui t’avance un peu plus loin.

Ma chance, elle est là. Encore emmitouflée dans d'innombrables piquants.
Ça a commencé par une banale offre d'emploi comme des centaines d'autres.
Une visio, une harmonie, une intelligence, une complice connivence. A la fois exigeante et limpide. Un chemin qui mène jusqu'au dilemme de toute une vie.

A ma gauche, la vie sur une île paradisiaque, riche de toutes les beautés du monde en un si petit espace. Un trou noir qui attire tout ce qui s'en approche et fait tout pour retenir qui ose s'y aventurer.
A ma droite, un défi. Pour beaucoup, je n'ai jamais eu "le bon parcours", je n'ai jamais été à "la bonne place". J'ai toujours dû prouver que j'avais les compétences, j'ai toujours dû innover. Et je ne sais pas dire à quel point cela me plaît ou me déplaît.

C’est ta chance, ta force, ta dissonance.
Faudra remplacer tous les « Pas de chance » par de l’intelligence.
C’est ta chance, pas le choix.
C’est ta chance, ta source, ta dissidence.
Toujours prouver deux fois plus que les autres assoupis d’évidence.
Ta puissance naîtra là.


Et me voici aujourd'hui aux premières lignes d'un nouveau chapitre. Les besoins sont à juste à côté d'Orléans, coquette ville située sur la Loire.
Je rejoins donc la direction du pôle handicap d'une association nationale. Au programme : diriger une maison d'accueil spécialisée (MAS) qui accueille des personnes en situation de handicap lourd (autisme, polyhandicap et patients cérébro-lésés) ainsi qu'un SAMSAH qui accompagne des personnes en situation de handicap avec un objectif d'inclusion des personnes accompagnées dans la société.
Et on termine avec les cuivres sortis tout droit des années 60.

Fish in the sea, you know how I feel.
River running free, you know how I feel.
Blossom on the tree, you know how I feel.
It's a new dawn,
It's a new day,
It's a new life for me,
And I'm feeling good.

Dragonfly out in the sun, you know what I mean, don't you know?
Butterflies all havin' fun, you know what I mean.
Sleep in peace when day is done, that's what I mean.
And this old world is a new world
And a bold world, for me.
Stars when you shine, you know how I feel.
Scent of the pine, you know how I feel.
Oh, freedom is mine
And I know how I feel!

It's a new dawn
It's a new day
It's a new life for me
I'm feeling good!

13/08/2021

Une viennoiserie peut-elle mener à la dictature ?

Aujourd'hui, je vais dans une boulangerie proche de chez moi. J'y suis déjà allé quelques fois mais aujourd'hui la tension est palpable.

J'entre dans la boulangerie, me nettoie les mains au gel hydroalcoolique. Je regarde la marchandise en vitrine, mon regard croise celui de la vendeuse. Derrière son "Bonjour" souriant, se cache un vrai malaise. Je demande un macatia choco-coco et un café sur place.

La vendeuse demande d'une voix tremblante "Vous avez le pass sanitaire ?". Cette simple question revêt une dimension exceptionnelle. Les enjeux sous-jacents sont inconmensurables. Je m'imagine déjà avec sa tête au bout d'une pique. Une révolution sanglante est en marche. Dois-je ployer devant ce suppôt de la dictature ? Dois-je revendiquer mon droit inaliénable à contaminer d'autres citoyens ?

Elle ressent cette tension. Elle comprend le risque mortel qu'elle prend en posant cette question. Les enfants, peut-être que Maman ne va plus jamais rentrer à la maison. Elle savait que son métier n'était pas facile. Elle a toujours su que son métier de vendeuse en boulangerie l'exposerait à la violence et au meurtre. Elle sait qu'en posant cette question, elle risque sa vie plusieurs fois par jour.

Des vagues de violence submergent mon cerveau. Je suis prêt à tuer pour ma liberté. Je suis là à deux doigts de sortir mon couteau qui me suit depuis toujours. La gorge, c'est là que je vais frapper en premier. Sa collègue juste à côté, ce sera plus difficile. Je vais jeter des croissants au sol pour la distraire et au moment où elle détournera le regard, je lui planterai un coup dans le ventre avant de l'égorger. La révolution est en marche. Macron doit avoir peur de moi, de nous, les opprimés du pass sanitaire !

Dans cette boulangerie ne vivent que les deux vendeuses, moi et la haine. Dans deux minutes, il ne restera plus que moi. Je m'approche de la caisse. La deuxième vendeuse renchérit "Votre pass, s'il-vous-plaît." Je plonge la main dans mon sac, hésite entre mon couteau et mon téléphone. Là c'est le drame. Ma main dévie malencontreusement. Je saisis mon portable. Dans le feu de l'action, je démarre l'application de traçage du gouvernement. La vendeuse scanne mon QR code en me demandant 2,90 €. JE DOIS PAYER POUR ME FAIRE ESPIONNER PAR LE GOUVERNEMENT !!!

La vendeuse me remercie de lui avoir laissé la vie sauve et me tend un plateau avec mon macatia et mon café.

Je n'étais pas prêt pour cette fois-ci. En dégustant mon café, j'échafaude un plan plus détaillé pour renverser la dictature qui frappe actuellement notre pays.

23/04/2020

Pitons d'Aphrodite

Plage de l'Hermitage (La Réunion)
Janvier 2018

Seul l'ultime horizon s'ouvre sur son éclat.
Aphrodite, osons, en sa tenue de gala,
Dévoile, par trop timide, les mille couleurs
De forêts humides, de lapis racoleurs,
De ses pitons de feu, de ses jours de froid,
De ses si beaux cheveux, du meilleur endroit.
Mon bonheur en son sein, rêve trop repoussé.
Saurai-je son dessein ? Allons-nous rebrousser ?