J'ai un excellent ami que nous allons appeler Régis. Mais ce Régis n'est pas un con. Je le connais depuis environ toujours. Nous avons atteint une proximité que je rencontre avec peu de personnes et, sans vouloir me vanter, je pense être une des rares personnes sur Terre qui le connaisse et le comprenne aussi profondément. Souvent, il n'a pas besoin de parler, je sais ce qu'il veut me dire. Nous sommes, comme on dit, sur la même longueur d'ondes.
Oh, évidemment, tout n'est pas exactement parfait entre nous deux : nous avons des idées politiques on ne peut plus opposées, j'ai quelques légers reproches à lui faire, nous avons eu quelques différends. Et tous ces points sont réciproques.
Nous avons donc bâti quelque chose ensemble, quelque chose qui semble être d'une solidité singulière, mais malgré cela, je ne l'ai vu pleurer que trois fois, alors que je me doute qu'il est en vérité bien plus sujet à ce genre de manifestations.
La première fois, c'était il y a une dizaine d'années. Il traversait alors des difficultés que je comprenais mal. Moi-même, je n'aurais sûrement pas su faire face à ces difficultés. Il a tenu bon. Douloureusement, mais il a tenu bon. Un jour, il m'a manifesté cette douleur. Nous étions assis sur les marches d'une grande maison aux volets verts dominant une placette, et sans que l'un d'entre nous ne s'y attende, les digues ont lâché. Je ne savais pas trop quoi dire ou faire. J'ai essayé de l'aider, mais je me suis perdu dans des questions inutiles et je ne sais pas si je lui ai vraiment été utile à ce moment-là.
La deuxième fois, c'était il y a cinq ans, au décès de l'une de ses amies dont moi-même j'étais encore plus proche. Je l'ai vu entrer chez moi et lorsqu'il a voulu saluer les personnes présentes, il est tombé en sanglots dans les bras de la première personne venue, plus touchée que lui. Nous étions plusieurs, les yeux épuisés de larmes, et ses larmes apportaient encore de l'oxygène au feu qui nous consumait. Mais il était là, en partie pour moi et ça aussi ça m'a touché. Bon, durant les jours suivants, je l'ai vu pleurer pas mal de fois, mais je ne les compte que pour une seule.
Il a été d'une bienveillance et d'un soutien exemplaires envers moi et malgré son chagrin. Il n'a compté ni les heures ni les pleurs pour jouer son rôle d'ami. Il m'a remplacé durant mes absences, il a été un soutien lors de mes présences.
A un moment, il m'a tapé sur l'épaule pour me dire « Regarde, on est tous derrière toi. » Il avait réuni derrière moi tous mes amis les plus proches. J'ai n'ai jeté qu'un œil furtif. Un peu plus tard, j'ai glissé un mot à ma petite amie, puis j'ai à nouveau jeté un œil furtif encore plus tard. Il ne sait pas trop pourquoi, mais je ne lui ai jamais dit ce que j'ai ressenti à ce moment-là.
La troisième fois, c'était il y a juste quelques semaines. Il me dressait son bilan, particulièrement pessimiste, de l'année écoulée. Un excellent début, puis une dégringolade sans fin. Ses perspectives étaient à peine plus gaies. Et il a craqué. Je le soupçonnerais presque d'avoir préparé son coup.
C'est toujours gênant de voir quelqu'un pleurer. On ne sait jamais trop comment réagir. Surtout que là, je pouvais pas dire grand' chose. Il était lucide, ça faisait des mois qu'il avait tourné toutes ses idées dans sa tête. Ça faisait des mois qu'il cherchait des solutions. Et je me rendais compte que ça faisait des mois qu'il était en détresse. Et que ça faisait des mois que je n'avais pas été là.
Que pouvais-je lui apporter comme solution nouvelle ? Aucune. Mais ce soir-là, j'ai été présent. C'était peut-être la seule chose qu'il attendait de moi, faute de pouvoir lui apporter la solution miracle à laquelle il n'aurait pas pensé.
Au fond, c'est aussi cela que l'on peut attendre d'un ami : être là, rendre la pluie plus agréable, le froid moins mordant, la douleur plus légère.
Nous avons donc bâti quelque chose ensemble, quelque chose qui semble être d'une solidité singulière, mais malgré cela, je ne l'ai vu pleurer que trois fois, alors que je me doute qu'il est en vérité bien plus sujet à ce genre de manifestations.
La première fois, c'était il y a une dizaine d'années. Il traversait alors des difficultés que je comprenais mal. Moi-même, je n'aurais sûrement pas su faire face à ces difficultés. Il a tenu bon. Douloureusement, mais il a tenu bon. Un jour, il m'a manifesté cette douleur. Nous étions assis sur les marches d'une grande maison aux volets verts dominant une placette, et sans que l'un d'entre nous ne s'y attende, les digues ont lâché. Je ne savais pas trop quoi dire ou faire. J'ai essayé de l'aider, mais je me suis perdu dans des questions inutiles et je ne sais pas si je lui ai vraiment été utile à ce moment-là.
La deuxième fois, c'était il y a cinq ans, au décès de l'une de ses amies dont moi-même j'étais encore plus proche. Je l'ai vu entrer chez moi et lorsqu'il a voulu saluer les personnes présentes, il est tombé en sanglots dans les bras de la première personne venue, plus touchée que lui. Nous étions plusieurs, les yeux épuisés de larmes, et ses larmes apportaient encore de l'oxygène au feu qui nous consumait. Mais il était là, en partie pour moi et ça aussi ça m'a touché. Bon, durant les jours suivants, je l'ai vu pleurer pas mal de fois, mais je ne les compte que pour une seule.
Il a été d'une bienveillance et d'un soutien exemplaires envers moi et malgré son chagrin. Il n'a compté ni les heures ni les pleurs pour jouer son rôle d'ami. Il m'a remplacé durant mes absences, il a été un soutien lors de mes présences.
A un moment, il m'a tapé sur l'épaule pour me dire « Regarde, on est tous derrière toi. » Il avait réuni derrière moi tous mes amis les plus proches. J'ai n'ai jeté qu'un œil furtif. Un peu plus tard, j'ai glissé un mot à ma petite amie, puis j'ai à nouveau jeté un œil furtif encore plus tard. Il ne sait pas trop pourquoi, mais je ne lui ai jamais dit ce que j'ai ressenti à ce moment-là.
La troisième fois, c'était il y a juste quelques semaines. Il me dressait son bilan, particulièrement pessimiste, de l'année écoulée. Un excellent début, puis une dégringolade sans fin. Ses perspectives étaient à peine plus gaies. Et il a craqué. Je le soupçonnerais presque d'avoir préparé son coup.
C'est toujours gênant de voir quelqu'un pleurer. On ne sait jamais trop comment réagir. Surtout que là, je pouvais pas dire grand' chose. Il était lucide, ça faisait des mois qu'il avait tourné toutes ses idées dans sa tête. Ça faisait des mois qu'il cherchait des solutions. Et je me rendais compte que ça faisait des mois qu'il était en détresse. Et que ça faisait des mois que je n'avais pas été là.
Que pouvais-je lui apporter comme solution nouvelle ? Aucune. Mais ce soir-là, j'ai été présent. C'était peut-être la seule chose qu'il attendait de moi, faute de pouvoir lui apporter la solution miracle à laquelle il n'aurait pas pensé.
Au fond, c'est aussi cela que l'on peut attendre d'un ami : être là, rendre la pluie plus agréable, le froid moins mordant, la douleur plus légère.
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Photo : Thorame, été 2006
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