Elle, c'est cette blessure infligée par la vie et qui nous hantera, peut-être jusqu'à notre mort. C'est un cheval qui fait que l'on ne regardera jamais plus les chevaux de la même façon. C'est un salaud qui fait que l'on se méfiera toujours un peu des autres hommes. C'est quinze ans sous les coups de ceinturon d'un père qui n'aurait pas dû l'être. C'est un handicap, dont on s'accomode depuis toujours. C'est une voiture folle qui nous obligera à nous retourner à chaque coup de klaxon. C'est ce générique de dessin animé que l'on ne veut plus entendre sous peine de pleurer sans fin. C'est une erreur de la part de nos parents, la mère de toutes les erreurs, fruit d'une refléxion irréfléchie, apparemment banale, mais qui a imposé son sceau à jamais. C'est tout cela.
Cette blessure, telle une blessure de guerre ne fait souffrir que lorsque l'on appuie dessus, soir de spleen, hasard malchanceux de la vie quotidienne ou volonté de nostalgie. Certains l'enferment dans un tiroir et jettent la clé dans l'espoir fou de ne jamais plus la ressentir. Certains la ruminent sans fin et s'en servent d'excuse à tous leurs malheurs. D'autres, encore, attendent en espérant la voir s'évanouir un jour. D'autres, enfin, la combattent de toutes leurs forces en croyant pouvoir la vaincre.
Mais mille alcools, ni mille étreintes avec mille femmes - ni même seulement une, - ni mille victoires, ni mille kilomètres de fuite n'y changeront rien. Tel un chat silencieux, cette plaie béante restera toujours à l'affût de son unique proie.
La solution ? Accepter de vivre dans une maison hantée. Apprendre, ne pas répéter et puis un jour : mourir.
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Photo : crépuscule sur le cours Mirabeau - Aix, février 2007
