29/03/2010

Difficile de trouver le bon angle de vue

Nous n'y faisons pas forcément attention, mais lorsque nous y regardons de plus près, nous n'avons jamais ni le même discours, ni le même comportement face aux différentes personnes que nous rencontrons. En effet, s'il existe des invariants intrinsèques à chaque individu, nous ne nous comportons pas de la même façon au travail, entre amis, dans l'intimité, etc. Par exemple, qui parmi vous sort des blagues salaces à ses parents, son supérieur, un enfant ?

Imaginons un instant qu'un psy, bon cuisinier, incroyablement doué en drague et au lit, – moi, au hasard – se trompe de situation sociale...

On pourrait imaginer qu'un psy confonde travail et drague...
- Bonjour, je viens vous voir parce que ça va pas bien en ce moment. Mes parents et mon frère sont morts le mois dernier dans un accident de voiture, il n'y a plus que ma sœur et moi. En plus, je me remets à peine d'une chimio qui m'a abattu physiquement. Et comme si ça suffisait pas, mon copain est parti en vidant mon appartement, après m'avoir violée. J'en peux plus et j'ai besoin d'aide. Une amie m'a parlé de vous, c'est pour ça que je viens vous voir.
- Mouiiii. Et si on allait parler de ça, ailleurs. Un café, ça vous dit ?
- C'est à dire, je pensais à quelque chose de plus...
- Non, ne dites rien. J'ai compris ce que vous voulez. Vous voulez un peu changer d'air et c'est pour ça que vous êtes venue. J'ai une meilleure idée pour le café : vous pouvez appeler votre sœur. Moi, j'appelle un ami et on s'organise un petit truc sympa.

La suite (pas forcément logique) pourrait se passer au lit. Situation qui ressemble à s'y méprendre à la préparation de la cuisine...
Bon alors, tu m'excuses, mais j'ai besoin d'un petit coup de pouce pour ce genre de choses. Excuse-moi, je cherche dans l'index. Tatata, voilà : « Donner du plaisir à une femme », c'est page 28. Attends, attends, je sais faire, c'est juste que j'ai pas la recette en tête. J'y suis.
  • "Embrasser votre partenaire en différents endroits : mains, cou, ventre, poitrine, par exemple." Comme ça, ça te plaît ? 
  • Bien, ensuite, "Caresser votre partenaire à son rythme à des endroits plus ciblés : poitrine, hanches, pubis. Lorsque ses pupilles sont dilatées, commencez à lui ôter ses vêtements. Attention, n'y allez pas trop fort sans quoi vous risquez de déchirer ses vêtements, et ainsi recommencer à la première étape. De même, prenez garde à l'électricité statique de son pull-over ou encore à ne pas lui arracher des cheveux. Pour les partenaires chauves, rendez-vous à la page 33 pour voir une recette plus adaptée à cette particularité." Excuse-moi, tes cheveux, ils sont bien vrais ? D'accord, je continue.
  • "Pour les partenaires à forte corpulence, méfiez-vous lorsque vous approcher de son pantalon puisque les coutures des boutons risquent d'exploser et de vous blesser l'œil, ce qui mettrait fin à votre travail. Dans ces cas-là, demandez d'une manière diplomatique à votre partenaire de retirer elle-même son pantalon. Pour plus de détails, rendez-vous aux pages 37-42." Euh, je dois changer de page, ça te dérange ? Continue sans moi pendant que je cherche.
En revanche, il y a d'autres façons de cuisiner qui ne sont pas forcément les meilleures...
Donc, si je résume, d'un côté, vous reprochez, vous Madame Pommedeterre, à votre mari, Monsieur Oignon, de faire pleurer tout le monde dès qu'il sort, y compris vous. Et de l'autre côté, vous Monsieur Oignon, vous reprochez à votre épouse de retirer sa robe devant tout le monde, c'est ça ? Il est également apparu que vous déploriez tous les deux le manque d'intimité dû à la présence de vos « lardons » comme vous les appelez. Vous ne pouvez donc plus « passer à la casserole », comme vous dites, Madame. La question que je me pose, c'est de savoir si, au fond, toutes ces choses que vous cherchez à changer ne sont pas imbriquées les unes avec les autres. Qu'en pensez-vous ?

Enfin, il n'est pas toujours évident de savoir comment se comporter avec un enfant. Parfois, on peut avoir tendance à discuter avec un enfant comme avec un pote... 
Dis-moi, je voudrais bien savoir ce que tu penses de Cécile Duflot. Moi, j'aime bien ses idées, les éoliennes, tout ça, mais le problème c'est qu'elle est de gauche. Qu'est-ce que t'en penses, toi ? T'aimes bien les éoliennes, c'est joli. Ouais, je comprends. Mais quand même, en votant pour les verts, ça me donne l'impression de voter PS et ça me gêne pas mal. T'en dis quoi ? Que t'aimerais bien voter, mais pour ça, il faut être grand. Ouais, je comprends.
Et puis entre nous, hein, j'aimerais bien glisser mon bulletin dans son urne à Cécile Duflot, pas toi ? J'irais bien planter mon éolienne en plein milieu de son champ de maïs bio, si tu vois ce que je veux dire. Tu vois pas ? La croissance, la décroissance, ça te parle pas ? Parce que pour le coup, la croissance, j'en ai une bien. Ça la fera peut-être changer d'idée sur les OGM. Ça t'intéresse pas son programme ? C'est ça, t'as neuf ans, tu t'intéresses pas aux choses importantes. Bon, va jouer avec ta copine de CM1. Et puis, hé ! Tu me diras ce que t'as fait avec elle, après.

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Photo : des cigognes qui « claquètent. » Un peu comme les coiffeuses, en fait – Munster (68), été 2007

02/03/2010

Petite annonce

Cède à passionné cause lassitude mère, modèle 1959, 1ère mise en circulation en février 1960, bonne connaissance du protocole en service de restauration, peut servir d'épouse (attention seconde main), très utile pour personnes désireuses de se faire dicter leur vie.
Prévoir travaux d'entretien. Pas sérieux s'abstenir.

01/01/2010

Bonne année 2010 à tous !


Ca y est, c'est fait ! 2009 s'est achevée par douze tintements de cloche, passant ainsi la main à 2010 et quelques coupes de champagne.

Je souhaite une bonne année 2010 à tous les commentateurs habituels ou occasionnels de ce blog. Je souhaite une bonne année à tous les Thoramiens. Je souhaite une bonne année aux membres de ma famille. Je souhaite une bonne année aux amis qui attendent chacun de mes posts avec l'impatience d'un chat qui attend sa pâté. Je souhaite une bonne année aux anciens collègues de travail ou d'école. Je souhaite une bonne année à tous ceux qui ont googlé mon nom et qui ont atterri ici. Je souhaite une bonne année à tous les zoophiles qui ont échoué sur ce blog par hasard. Je souhaite une bonne année à tous ceux qui ont voulu se renseigner sur Julie Toubiana et Antoine Calloch. Je souhaite une bonne année aux centaines de visiteurs curieux d'en savoir un peu plus sur la sexualité de Jodie Foster. Je souhaite une bonne année à tous ceux qui ont pu éviter de se rendre à l'abbaye de Silvacane grâce à moi. Je souhaite une bonne année à tous les chômeurs qui ont espéré trouver un moyen de lutter contre les ratées de l'ANPE. Je souhaite une bonne année à tous ceux qui ont été choqués par les commentaires sur les bichons frisés. Je souhaite une bonne année à tous ceux qui arrivent sur mon blog et qui lisent tout ce qui s'est dit depuis trois ans.

En bref, je souhaite une bonne année aux 5733 visiteurs de ce blog.
Je vous souhaite à tous que 2010 soit à la hauteur de ce que vous méritez.

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Photo : Valensole, octobre 2006

14/12/2009

Moi, ce que je voudrais pour Noël...

Cher petit Papa Noël,

Je t'écris aujourd'hui parce que c'est bientôt Noël et que je ne t'ai pas encore dit ce que je voulais comme cadeaux. Tu verras, c'est très simple.
Ce qui me ferait vraiment plaisir, cher petit Papa Noël, ça serait un robot aspirateur. Tu sais, une espèce de gros disque sur roulettes qu'on met dans une pièce et qui passe l'aspirateur tout seul. Ça, c'est génial pour ceux qui n'aime pas faire le ménage comme moi.
Et puis aussi, il y a des robots qui leur ressemblent un peu mais qui, eux, passent la serpillière. Ça aussi, ça serait bien. Et puis une machine à laver qui rend le linge facile à repasser, parce que je n'aime pas repasser non plus.

En fait, cher petit Papa Noël, le plus simple je crois, ça serait que tu m'offres une Cambodgienne, ou une Ukrainienne ou quelque chose comme ça. Tu sais, une femme qui voudrait absolument pouvoir envoyer dix euros à sa famille chaque mois. Je serais prêt à bien la nourrir et même à la payer, rassure-toi.
Et puis, comment dire ? ... Il faudrait aussi que... qu'elle puisse... enfin... que je puisse... Tu vois ce que je veux dire ? Il faudrait que je puisse faire avec elle la même chose que tu fais toi avec tes elfes sur la peau de renne devant ta cheminée. Ça serait bénéfique à mon épanouissement personnel.


Ensuite, cher petit Papa Noël, j'aimerais recevoir plein de patients. Pas que je veuille qu'il y ait plus d'agressions, ou d'alcooliques ou de dépressifs, juste qu'ils soient plus nombreux à venir dans mon cabinet.
En fait, je t'explique : il y a quelques temps, le Président des Français, il avait dit qu'il déplacerait la fiscalité qui pèse sur le travail vers la pollution. Et puis il n'a encore rien fait et à mon avis ça ne sera pas fait d'ici la fin de l'année. Alors ce qui serait bien, cher petit Papa Noël, c'est qu'il y ait plus de gens qui aient la motivation pour venir se soigner chez moi, parce que depuis quelques semaines, je dois dire adieu à presque 50% de ce que mes patients versent...

Voilà, voilà. C'est tout ce dont j'ai vraiment besoin, je crois. Si tu peux faire quelque chose pour la paix au Proche-Orient, la faim dans le monde ou les enfants maltraités, c'est bien (mais occupe-toi d'abord de ce que je t'ai demandé en premier, s'il-te-plaît).

Merci d'avoir lu ma lettre en entier et ne te trompe pas de maison quand tu viendras me voir à Thorame. Si tu m'offres tout ça, tu pourras venir goûter mon génépi et faire manger tes rennes dans un champ autant qu'ils le veulent.
Je t'espérerai à mon réveil.

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Photo : Arbre de Noël – Porto (Portugal), décembre 2007


29/11/2009

29 novembre 1999, 11 heures 30

C'était il y a dix ans jour pour jour. Peu des visiteurs de ce blog sauront spontanément à quoi je fais référence. C'était le 29 novembre 1999. A priori un lundi comme les autres. Et pourtant après ce jour, plus rien ne fut comme avant pour moi.
Sans tourner plus longtemps autour du pot, mais sans détail impudique, ce jour fut celui de la mort de mon père, quelques jours après mes dix-sept ans.

Ce genre de choses arrive toujours au mauvais moment. Ce genre de deuil n'est jamais bienvenu. Le brouillard tombe et enveloppe ainsi l'horizon des pleurants, comme la tristesse envahit leur cœur. L'un comme l'autre semblent alors irrévocables, imbattables. Il est facile de rester dans ce brouillard, sans horizon, sans but, sans repère autre que ce voile blanc qui ne laisse apparaître que le sol gris aux pieds.

On ne peut jamais rien contre le brouillard. Le couteau le plus tranchant ne saurait y venir à bout, car on ne peut couper l'impalpable.
En revanche, il est possible d'en sortir. Continuer son chemin. Refuser ce linceul blanc qui inonde la vue et les sentiments. Même si l'on n'est pas sûr de ses pas, avancer est nécessaire car ce sera toujours mieux que rester là, immobile et aveugle au monde.

Seul dans le brouillard, j'ai avancé, un peu au hasard. Tout, pourvu que ce soit loin de cet océan blanc et des personnes qui me voulaient du mal. J'ai parfois combattu de toutes mes forces, sachant que je ne pouvais rien perdre. J'ai parfois souffert du froid et de la peur. J'ai parfois fui ou combattu les personnes que l'on ne devrait jamais combattre. Alors, sans autre alternative salvatrice, j'ai avancé. Seul.

Au fond, je n'aurais jamais vécu tout cela sans la mort de mon père. A quoi ressemblerait ma vie sans sa mort ? Je n'en ai aucune idée. Elle serait peut-être plus agréable ou peut-être moins. Je n'aurais pas effectué le même cursus universitaire. Je n'aurais sûrement pas eu les mêmes amis, les mêmes rencontres, les mêmes épreuves, les mêmes victoires et les mêmes défaites, en tout cas pour la plupart. Je n'aurais pas avancé sur les mêmes routes. Je ne serais pas le même.

Le chemin que j'ai parcouru depuis la mort de mon père m'a façonné comme le feu et le marteau façonnent le fer, pour le rendre à la fois dur et résistant. Je n'hésite pas à écarter toute modestie lorsque j'évoque cela, car je sais le prix que j'ai payé pour fabriquer mes qualités. Ce que j'aime chez moi, je le dois à la mort de mon père. En ce sens, sa mort est l'évènement le plus bienfaiteur que j'ai vécu. Mais peut-être aussi que ce que je n'aime pas chez moi, je le dois à ce feu et à ce marteau qui ont changé la disposition dans laquelle j'étais.

J'avais dit « sans détail impudique »... Peut-être suis-je allé trop loin, alors je vais m'arrêter là.