28/08/2010

Rien (ou presque)


L'on dit toujours qu'un bon humoriste peut faire rire les gens rien qu'en lisant le dictionnaire. J'en avais fait l'expérience il y a 10 ans tout juste en lisant le mode d'emploi d'un transformateur industriel, ou un truc du genre vachement compliqué. 
Et bien, je vais m'inspirer aujourd'hui de cette croyance populaire (alliée à mon incroyable talent de narrateur) pour récidiver en parlant de... rien.

Faire divaguer ma prose au gré de mes obsessions, mes goûts ou ma folie, juste pour parler de rien, ou presque. Pas du temps qu'il fera demain, quoique vous devriez sortir vos lunettes de Soleil, ni de la politique actuelle du gouvernement, et encore moins de mon point de vue sur la taille maximale recommandée pour les trombones.

Rien. Le désert intersidéral, empli de vide impalpable et invisible comme peut l'être l'argumentaire de Olivier Besancenot quand il parle de l'interdiction des licenciements. Ça balance, hein ? Je réponds au vide par le vide, sans argument. Tiens, comme la fois où je me suis positionné pour la destruction massive et immédiate des Multipla de Fiat. Encore que là, c'était différent, j'avais un argument : les Multipla sont moches ! Mais à bien y regarder, l'argument ne tient pas vraiment. Si on devait détruire ou tuer tout ce qui est moche sur Terre...

Mais, je vais me calmer, car là , je sens que le néant ne l'est plus tout à fait et je me dois de retourner vers d'autres aires inhabitées. Cela pourrait être l'occasion de parler de certaines personnes que je n'ai pas encore pu citer sur ce blog.
Oui, l'une des règles, lorsque l'on fait un récit (un discours par exemple) consiste à s'adresser successivement à des interlocuteurs précis : les femmes, puis le personnel de santé, puis les victimes de délinquance, puis les zoophiles, puis les jeunes, puis les vieux, puis les philatélistes, etc.
Ainsi, pour capter l'attention successive du plus grand nombre de mes amis, ceux-ci ont une place sur mon blog, l'espace d'une phrase, voire même d'un article entier. Mais je n'arrive pas toujours à caser tout le monde dans mes articles et celui-ci peut être l'occasion de donner une place à ceux qui n'en ont pas encore eu.
Je pourrais parler de Caroline, peut-être. Oui, mais laquelle ? De toute façon, les deux ont eu droit à leur propre article. Un(e) ami(e) en particulier, une ex ? Julien, Florence, Makayel, Emily. Leur tour viendra, si ce n'est déjà fait.

Ben oui, « déjà fait ». Il faut parfois analyser la trame du texte plutôt que de se limiter à la couleur du tissu. Mais ça, c'est un peu le boulot du lecteur. Moi, je me triture les neurones à dissimuler Charlie dans une pleine feuille A3, et vous, les lecteurs, vous avez le choix entre regarder simplement l'image ou bien vous triturer les neurones pour trouver Charlie.
Tenez, par exemple, vous croyez vraiment que j'ai caressé un chamois dans la forêt ? En fait, c'est un peu comme un système de cryptage comme on voit dans les films d'espionnage. En surface, ça peut paraître intrigant, drôle ou agréable à lire, mais en vrai, c'est peut-être des ordres pour faire péter une bombe nucléaire sur Washington... Et oui, il faut y penser, à ça !

Mais je me rends compte, une fois de plus que je remplis cet espace que je voulais plein de rien. Rien, un peu comme la pile des bulletins de vote du MODEM où les caisses de l'assurance maladie. C'est dur de rien dire ! Regardez, même Miss France dit ce dont elle rêve. Elle remplit, elle ! Avec un BTS d'esthéticienne, parfois un diplôme d'infirmière, certes, mais elle remplit. Elle évacue le rein, comme après une greffe ratée (là, c'est un jeu de mots tout pourri. Vous avez le droit de me jeter des aliments avariés dessus pour me punir. Enfin, sur l'écran de votre PC, parce que là, je ne suis pas en face de vous).

Sinon, j'ai un ami qui m'a sorti une phrase intéressante, il y a quelques semaines : « Moi personnellement, je partage l'avis de ceux qui sont d'accord avec moi en ce qui concerne certains points de vue relatifs à ce que je pense de ces questions-là. »
Voilà comment on peut remplir de rien.

Mais maintenant que j'y pense, je me rends compte que j'ai réussi à glisser les deux-trois infos intéressantes que je voulais glisser en faisant semblant de parler de rien, donc, maintenant que c'est fait...
Je vous remercie pour votre attention. A très bientôt pour un nouvel article passionnant !


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Photo : Avignon, juillet 2010 – Est-ce vraiment de la folie ?

29/07/2010

Hier soir, dans les ruelles embrumées de mon âme


Hier soir, dans les recoins obscurcis de Thorame,
Hier soir, dans les ruelles embrumées de mon âme,
J'ai rencontré quelques compagnons de chemin
Présents parfois depuis un passé lointain.

Presque nus, ces êtres qui n'en sont pas vraiment,
Etalaient leurs apparats les plus séduisants.
Pour un moment, voulant à tout prix m'attirer,
Ils comptent encore avec moi longtemps deviser.

Très tôt sur mon chemin, je pus trouver Humour.
Il me dit : « J'en ferai fuir de ta petite cour,
Je suis noir, lourd, corrosif, j'ai six-cents facettes.
Mais je suis toi, ceux qui m'aiment t'acceptent. »

Plus loin sur un vieux banc, rêvaient deux acolytes.
« Je suis le volant, lui, le frein de ta conduite.
Tu as besoin de moi, tu devras l'endurer. »
J'ai vu Intelligence, et Paresse à côté.

Dans le jardin public, un garçon m'appelait : 
« Tu viens de voir ma mère, mais c'est mieux de jouer !
J'ai un nom impossible, je fais pas mes devoirs.
"Procrastination", allons sur la balançoire. »

Lors, une femme ceinturée de néant murmurait : 
« Je suis ton pire fléau, comme je fais tes succès.
En bonne épouse, j'empêche quiconque de t'approcher. »
C'était Solitude, maladroite île imposée.

Au hasard de mes pas, une étudiante offrait
Les clés pour comprendre l'Homme et sa société.
Elle me demanda d'être prudent avec elle,
Quand elle sert pour les autres, c'est là qu'elle est belle.

Des enfants courraient sur la place des marronniers, 
« Tout le monde nous aime, viens avec nous jouer »
C'était le Sport et les Arts qui faisaient les durs.
Mais seuls Ecriture et Photographie me plurent.

A force de fouiller, je vis enfin cette femme 
« Tu cherchais à vaincre le fléau de ton âme,
Si tu me retrouves, je serai plus forte qu'elle. »
Ainsi parla Amour, puis disparut au ciel.

Egaré, je continuais mes errements
Inquiété par ceux que je verrai au tournant
Résignation, Peur et mille autres m'appelèrent
Je fis le choix de les laisser loin, loin derrière.

Au bout de mon voyage, se trouvait ma maison
Où j'invitais à venir tous ces compagnons.
Ceux qui les aiment y seront toujours bienvenus
En espérant voir un jour la timide élue.

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Photo : Le mois dernier sur les quais troublés de Paris

30/06/2010

Affaire 2010 C4R0/83 - L'Etat contre Zazie

Nom : De Truchis de Varenne
Prénom : Isabelle
Nom d'usage : Zazie
Chefs d'accusation :
- article 278-1 du code amoureux portant sur la cruauté envers une personne amoureuse
- article 6 du code amoureux portant sur l'ambiguïté dans une relation
La parole est maintenant au Procureur de la République.

Aujourd'hui, nous n'allons pas accabler Zazie de tous les maux de la Terre. Non. Zazie, ici présente, possède avant tout des qualités qui ne sont aucunement négligeables : ses mélodies, ses chansons sont souvent bien calibrées, un peu variété, un peu pop-rock. Voici de quoi charmer un public majoritairement féminin. Ou gay.
Certes, ses paroles sont souvent... à l'image de son physique, pouvons-nous dire. Un peu plates. Mais aux dernières nouvelles, cela n'est pas contraire aux lois actuellement en vigueur dans notre pays.

Plongeons-nous maintenant dans l'univers de l'accusée : Zen, Larsen, Homme sweet homme, etc., voilà de quoi jouer en sa faveur.
Et puis il y a Chanson d'ami. Zazie y dit à un ami qu'elle le considère justement comme un ami, mais pas plus. Les paroles y sont crues, voire cruelles. Je laisse la cour en juger : "Je ne t'aime pas. Je t'aime bien."
Je rappelle à la cour que la jurisprudence actuelle fait souvent preuve de sévérité dans pareil cas. Car, rappelons-le, ces paroles tombent sous le coup de l'article 278 alinéa 1 du code amoureux. Oui, il est clairement interdit de s'adresser un homme amoureux (ou une femme) de cette façon, n'en déplaise à Madame de Truchis de Varenne.  L'accusée eut été bien mieux inspirée en utilisant d'autres formulations plus douces et tout aussi vraies : "Tes intentions sont très touchantes, mais je ne souhaite pas avoir ce genre de relation avec toi." ou bien "J'aimerais ressentir les mêmes sentiments que les tiens, mais ce n'est pas le cas. Cela ne m'empêche pas de vouloir garder contact avec toi." Madame de Truchis de Varenne ne pouvait ignorer lors de l'infraction qu'elle était hors-la-loi, elle ne pouvait ignorer qu'elle avait le choix ! Elle l'a fait en toute connaissance de cause, ce qui aggrave son cas !

Mais il y a encore pire que ces mots.
Dans cette même chanson, Madame de Truchis de Varenne introduit la pire chose qui puisse exister pour un homme amoureux ou même dans une relation quelle qu'elle soit : l'ambiguïté.
Madame de Truchis de Varenne, dans les derniers couplets, modifie de manière presque imperceptible les paroles de sa chanson. Au lieu de dire "Ce n'est qu'une chanson d'ami, promis pas d'amour." Madame de Truchis de Varenne murmure "Ce n'est qu'une chanson d'ami, promis mon amour."
Oui, vous avez bien entendu "MON AMOUR !" L'accusée réussit le tour de force de dire dans la même chanson, au même interlocuteur, "Je ne t'aime pas" et à l'appeler "Mon amour".
Ceci est donc une ambiguïté aux yeux de la loi. A quel moment doit-on croire l'accusée ? Lorsqu'elle dit qu'elle n'aime pas cette personne ou lorsqu'elle dit l'aimer ? L'on peut même imaginer que l'accusée adopte des comportements ambigus avec celui que nous pouvons désormais appeler sa victime. Comment alors interpréter un sourire de l'accusée ? un mot doux ? une invitation ? Doit-on voir de tels agissements à la lumière du "Je t'aime bien" ou du "Mon amour" ?
C'est précisément pour éviter ces situations dramatiques pour de nombreuses personnes qu'a été rédigé par le législateur l'article 6 du code amoureux.

Nous avons donc fourni la preuve que Madame de Truchis de Varenne a enfreint deux articles de loi parmi les plus graves du code amoureux. L'accusée ne nie même pas les faits. Certes, la défense aura beau jeu de dire que sa cliente agissait sans connaître toutes les subtilités de la loi française, mais ce ne sont là que mensonges destinés à tromper la cour !
Pour toutes ces raisons, je demande respectueusement à la cour l'application la plus raisonnable possible de la loi. La peine de mort, qui aurait eu valeur d'exemple pour de nombreux bourreaux, ayant été abolie, Madame de Truchis de Varenne devra absolument participer à un stage de remise à niveau du comportement humain dans les situations amoureuses.
En outre, l'accusée devra clarifier sa situation vis-à-vis de sa victime, par exemple au cours d'un repas qu'elle aura elle-même provoqué.
Enfin, je demande à la cour une période de cinq années de mise à l'épreuve concernant Madame de Truchis de Varenne, période durant laquelle elle devra montrer des efforts significatifs dans son comportement, toute nouvelle infraction étant alors considérée comme une provocation envers la justice de la République et une mise en danger de la société, ce qui entraînerait alors une lourde peine d'emprisonnement.
Je remercie la cour d'avoir pris mes paroles en compte.


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Photo : Pas facile de comprendre quelque chose quand une photo est troublée... - Noël 2006, Aix-en-Provence

27/05/2010

Les tribulations d'un Thoramien à Thorame ou les trépidantes aventures télévisuelles d'un type à peu près normal qui veut éviter la dépression





Le titre est un peu long, je vous l'accorde.
Depuis plusieurs décennies, la commune de Thorame – et d'ailleurs la plupart des communes environnantes – ne connaissait que trois chaînes : TF1, France 2 et France 3. Aucune autre.
En emménageant à Thorame, il était inenvisageable de me limiter à ces chaînes. Vous imaginez le risque dépressif élevé le lundi soir, coincé entre un épisode de soeurtherese.com et un épisode de Louis la brocante ? Impensable. C'est pourquoi, j'ai immédiatement décidé d'investir dans un récepteur TNT par satellite.

Or, la semaine dernière, en tripatouillant un peu le récepteur, j'ai réussi à passer des 19 chaînes traditionnelles à plusieurs centaines de chaînes de télés et de radios satellitaires. Miraculeux. Je voyais le nom des nouvelles chaînes défiler, parmi elles, les plus attractives du satellite : Syfy, 13ième rue, Fox, Canal+ cinéma, etc.
Bon, première désillusion, il s'agissait uniquement d'écrans noirs pour ces chaînes-là. Snif.

En revanche, joie, j'aurai désormais le choix de la radio que je veux écouter quand je suis chez moi. Oui, France Inter était jusqu'alors la seule radio que je pouvais capter chez moi. Sauvé.

Continuons. Parmi toutes les nouvelles télés reçues, se trouvent des chaînes aux noms évocateurs : Eros TV, Hot Girls TV, 6live (jeu de mot dans la langue de Goethe, 6 se prononce comme « sexe »), Amore TV, GayBoys LIVE, Kamasutra TV, etc.
Je ne peux pas toutes les citer car il y en a une cinquantaine, avec des noms qui prêtent parfois à sourire : Traumgirls.TV (en Français : Filles de rêve TV), Voyeur TV, Das Erotische TV (La télé érotique), Bizarr24, etc.
Calmez vos ardeurs tout de suite, il s'agit uniquement de chaînes où tournent en boucle des spots publicitaires du genre « Salut, tu te sens seul ce soir ? Appelle-moi au 0900... c'est seulement 99 centimes la minute. », le tout, avec un suave accent germanique. So glam.

Mais ces chaînes ne sont pas mes préférées. Je capte désormais Eurosport. Waou. Quelle joie de connaître 24 heures sur 24 tous les résultats sportifs européens. J'ai même pu voir une interview de Franck Ribéry, doublée en pour ses supporters munichois s'il-vous-plaît. Que du bonheur, cette chaîne ! Surtout pour moi !

Ça ne s'arrête pas là. Non. Je capte en vrac Bibel TV. Oui, la chaîne qui parle de la Bible 24/24. Dan la langue de Goethe, bien sûr. Et Dhd24, alors ? Je crois que c'est une chaîne qui diffuse en non-stop des petites annonces (je donne un chien, je vends ma voiture, etc.)
Ne nous attardons pas sur Al-Jazeera (toujours utile pour voir les vidéos de Al-Qaïda), Juwelo TW (pour acheter des bijoux en télé-achat 24h/24), MTV German (pour voir les épisodes de South Park ou Bob l'éponge dans la langue de Goethe), Cubavision International, Tirol TV ou Demain (avec des émissions au nom improbable comme Découvrir les merveilles du Béarn).


Et puis, il y a ces chaînes qui sont tout simplement exceptionnelles : France 24, la chaîne d'info française en continu, payée par le contribuable français et diffusée partout sur Terre, sauf en France. Principe implacable.

Mais qu'est France 24 à côté de Renault TV ? Renault TV... la seule télé au monde dont l'unique sujet est la marque Renault. J'ai ainsi découvert Suzanne qui nous montre des photos de son père dans sa première voiture, une Renault, dans les années 30. Là, c'est Suzanne avec son frère quand ils ont dix ans et qu'ils jouent dans une voiture, une Renault. Et aujourd'hui, Suzanne est contente, parce qu'elle va avec sa famille sur un circuit pour conduire toute la journée – devinez quoi ! – des Renault. Une pure merveille télévisuelle.

Et pour finir, ma préférée CCTV F – China Central TeleVision Français – où l'on voit de nombreux reportages touristiques sur la Chine. J'ai d'ailleurs appris que « la Chine compte 30 millions de musées, c'est-à-dire un musée pour 600 000 personnes. » Cela signifie donc qu'il y a 18 milliards d'habitants en Chine. C'est ce que je me disais aussi.
J'aime aussi particulièrement les pièces de théâtre et autres films « historiques » agrémentés de chansons « typiques » de la Chine. Ou plutôt du communisme des années 60 : « Courageux sont tes fils et braves sont leurs cœurs pour lutter contre la tyrannie » avec pour illustration des images de drapeau britannique brûlé ou de prêtre vindicatif.
On peut aussi voir de savoureux JT, comme en France. Ou presque. Les cours de la bourse défilent en bas de l'écran. C'est ce qu'on appelle le communisme à la Chinoise. Les infos sportives sont très intéressantes : l'Atletico Madrid qui a battu Séville en Liga espagnole. Sûrement aussi intéressant que le match Nantes-Montpellier.
Les informations sur la scène politique sont exclusives. Ici, en France, on nous ment, on nous montre un mannequin qui est censé représenter Bernard Kouchner. Sur CCTV, ils ont le cran de nous montrer le vrai Bernard Kouchner, plus bedonnant et moins bien équipé en cheveux. De toute façon, c'est soit ça, soit le monteur du reportage s'est emmêlé les pinceaux.


Bref, grâce à un peu de persévérance et de curiosité, je peux profiter de moments savoureux à découvrir absolument. Ou pas.

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Photo : Thorame sur lit de Verdon - mai 2009

22/04/2010

Entre rêve et réalité

J'ai depuis plusieurs semaines une image qui vient occuper mes pensées. D'une douleur vaporeuse et lancinante, cette image n'en demeure pas moins agréable.

C'est une rencontre, si prégnante que je sais qu'elle a eu lieu, si éloignée que je me demande parfois s'il s'agit d'un rêve.

Je me promenais alors sur un chemin de pierres, là où je sais que je ne verrai personne, mais là où j'espère toujours une rencontre plaisante. Faisant suite au bruit d'un éboulis, je le vis m'observer puis s'arrêter sur mon chemin. Un chamois était là, proche de moi. A la fois craintif et séduit par cette ambiance, il hésitait entre fuir ou se rapprocher encore.

Dans mes montagnes ou ailleurs, j'ai vu de nombreux chamois, isolés ou en harde, mais celui-ci était différent. Sous l'emprise d'une peur insondable, il ne fuyait pas, contrairement à tous les autres, probablement moins apeurés. La perspective d'un rapprochement l'effrayait encore plus, mais il savait résister à cette peur.

D'un mouvement à peine perceptible, l'animal rapprochait son front de la main de l'homme. Il avait déjà connu l'un des avatars de la douleur et craignait d'en connaître un autre, au travers de cette main et de l'être à qui elle appartenait. J'avançai alors ma main, lentement. Le chamois se laissa rejoindre pour éprouver une sensation qui lui paraissait agréable, mais inquiétante.

Tandis que ma main flattait son cou, son flanc, je faisais appel à mes souvenirs lointains. J'avais la vision floue d'une rencontre avec cet animal une quinzaine d'années auparavant. Je ne me doutais pas de sa douleur d'alors, mais j'imaginais parfois arriver à un tel moment, dont l'intensité était depuis bien plus exaltée.

Las, en un clignement de paupières, le prince des montagnes s'en fut sans un adieu, avec la promesse trouble d'un nouvel hasard.
Une poignée de secondes qui confinaient avec l'éternité, voilà le temps de notre étreinte. Je vis avec ce souvenir, au gré des tempêtes ou des jours qui passent. Je vois parfois ses traces sur ce chemin ou sur un autre, comme des messages d'oxygène pour maintenir une flamme qui lentement s'épuise.

Peut-être ce prince me rejoindra comme je l'ai fait avant lui et fera briller ce feu. Mais peut-être, hélas, restera-t-il dans son pré inaccessible, pensant de manière sporadique à notre intime face-à-face.

Je retournerai souvent sur notre chemin, avec le même espoir de rencontrer cet animal ou peut-être un autre qui se montrera encore moins fuyant
 
 
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Photo : Mont Pelat - Allos (04), été 2005