09/05/2012

Un chef de l'Etat peut-il laisser le harcèlement sexuel avoir cours légal ?

Monsieur le Président, Monsieur le futur Président,


Le 4 mai dernier, le Conseil constitutionnel abrogeait l'article 222-33 du code pénal portant sur le harcèlement sexuel, laissant ainsi un vide juridique quant à ce sujet. 

A la surprise générale, le Conseil constitutionnel rendait sa décision durant la période qui était à la fois celle de la campagne présidentielle et celle de la vacance de l'Assemblée nationale. De fait, un nouveau texte de loi ne pouvait être soumis immédiatement au vote des parlementaires en même temps qu'une circulaire ministérielle ou un décret étaient très difficilement applicables. 
Actuellement, le harcèlement sexuel est donc légal. Une personne a le droit d'effectuer des pressions psychologiques incessantes, des menaces, des ordres, des contraintes sur une autre personne afin d'en obtenir des faveurs sexuelles, et ce aussi longtemps que désiré. 
Il existe même un flou législatif quant à d'éventuels actes qui ne sont pas forcément qualifiés d'agressions sexuelles mais plus comme faisant partie de la logique du harcèlement sexuel. Par exemple, une main aux fesses est-elle une agression sexuelle ? Un rapprochement intrusif mais sans contact, non consenti, constitue-t-il une tentative de viol ? 

Pour toutes ces raisons, il est capital d'agir de manière urgente afin d'empêcher les agissements éventuels d'hommes qui se sentiraient libérés de la contrainte légale et ainsi protéger d'éventuelles victimes. 
Evidemment, il existe de nombreuses urgences dans les mesures qui seraient à adopter, dans les lois qui seraient à voter. La question concernant le statut pénal du Président de la République est certes importante, mais elle peut attendre plusieurs années. La renégociation de tel ou tel traité peut être capitale, mais elle peut attendre plusieurs mois sans problème. Les mesures concernant l'âge de départ en retraite peuvent être utiles, mais leur application à trois semaines près n'impacte pas profondément la population. 
En revanche, des mesures destinées à lutter contre le harcèlement sexuel ne peuvent souffrir l'attente de la reprise parlementaire prévue dans plusieurs mois. C'est une question de jours, peut-être d'heures afin de limiter le désastre engendré par ce vide juridique. En agissant immédiatement, vous pourrez peut-être empêcher un homme d'agir. Vous pourrez empêcher une femme d'être prostrée par la peur de rencontrer tel homme. Vous pourrez mettre des mots sur la douleur d'une victime. Vous pourrez aider une femme à relever la tête. Vous pourrez aider une femme à sortir de chez elle sans crainte. Vous pourrez empêcher les blessures invisibles, mais pourtant si prégnantes, d'une innocente. 
En agissant immédiatement, vous œuvrez dans l'utilité d'une femme, dix, cent ou mille. En n'agissant pas dans les prochains jours, vous mettez en danger une femme innocente, dix, cent ou mille, ce qui ne peut pas être compatible avec la définition d'un chef d'Etat responsable. 

Comment faire ? La convocation d'une session parlementaire extraordinaire pourrait résoudre rapidement ce problème qui ne serait certainement pas l'objet de clivage partisan, et dont la discussion serait sûrement plus rapide que les négociations de lois comme celles portant sur le complexe système des retraites. 
La publication d'un décret ou d'une circulaire ministérielle pourrait également faire autorité dans l'attente de la reprise parlementaire. Peut-être même pourrez vous, Monsieur le Président, Monsieur le futur Président trouver d'autres moyens que j'ignore pour réprimer le harcèlement sexuel. 

Alors pour la paix de nombreuses personnes, pour le bien de nombreuses femmes, pour l'intérêt de l'ordre public, je vous prie, je vous supplie d'agir dès les prochains jours pour rétablir la protection des victimes, sans quoi, vous serez tenu par les Français comme co-responsables de l'inertie des services de l'Etat. 

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, Monsieur le futur Président, l'assurance de mon profond respect.


31/03/2012

Etre ou avoir ?

Il y a être et avoir. Ces deux verbes sont les plus utilisés de la langue française, et ce n'est pas seulement pour leur rôle d'auxiliaire de conjugaison, c'est aussi pour l'importance que nous accordons aux deux états qui vont avec : avoir quelque chose, être quelqu'un. 

Je ne vais pas m'étendre sur le double discours de la gauche qui consiste à diaboliser le verbe avoir, symbole de la société de consommation, en même temps qu'elle ne demande qu'une seule chose : attribuer plus d'argent à ceux qui en ont peu afin qu'ils puissent plus consommer. 

Peut-être l'interpréterez-vous justement comme l'un de ces symboles de la société de consommation, mais depuis quelques mois, je possède, j'ai, un nouvel appareil photo. Et ce nouvel avoir fait de moi un être légèrement différent d'avant. 


Thorame - janvier 2012
Plus rapide, plus polyvalent, plus permissif, plus sophistiqué, en bref : bien plus performant que mon précédent appareil, mon D90 va jusqu'à changer la représentation visuelle de mon environnement dans mon cerveau. Désormais, je ne vois plus d'oiseau. Je vois un sujet cadré dans mon objectif. Je sais à peu près la longueur de champ que je vais utiliser, je sais où je vais me positionner, j'imagine déjà le cliché. Auparavant, cet instant aurait été trop fugace, cet oiseau trop éloigné pour que j'en tire un cliché correct. Désormais, mon champ des possibles s'est ouvert à ces anciennes difficultés. D'autres vont progressivement s'ouvrir à moi au fil de ma maîtrise de l'appareil ou de mes futures acquisitions. 
A ce point-là, il est difficile de dire si mon appareil est seulement l'outil qui vient dans le prolongement de mon cerveau puisqu'il réorganise mes représentations. Il est difficile de dire si l'avoir ne vient pas compléter l'être ou le modifier. 



Nice - avril 2012
Mais cela ne s'arrête pas là. Dans quelques semaines, je partirai en vacances dans un lieu chargé d'histoire. Aux vieilles ruelles, aux monuments historiques et aux majestueux palais, viennent se greffer d'autres lieux auxquels je n'aurais peut-être pas prêté autant d'attention : réserves animalières, falaises, forêts méditerranéennes, etc. tout cela dans le but d'espérer rapporter quelque cliché plus surprenant ou plus esthétique que les autres. Mon appareil photo va donc jusqu'à modifier mon emploi du temps et les lieux où je me rends. Et à bien y réfléchir, j'avais déjà pensé à cette destination six mois auparavant, mais j'attendais d'acquérir cet appareil avant de m'y rendre... 
Et ça va encore plus loin ! Depuis que j'ai cet appareil, les gens me perçoivent différemment. Un inconnu vous a peut-être demandé un jour de le prendre en photo au pied d'un monument et vous avez sûrement accepté, écouté les consignes et pris quelques photos. Je suis passé à l'étape supérieure puisque maintenant, les gens ne me donnent même plus de consignes ou de conseils. Ils se contentent de dire que je sais sûrement comment faire avant de me laisser leur matériel à 400 € dans les mains. 


Vanina - Paris, mars 2012
Mes amis aussi me voient différemment. Je le vois très bien quand leurs yeux croisent le fond de mon objectif, j'en suis même surpris. Une expression de visage tout juste liminale, qui en devient même intime. L'espace d'un instant, il se produit une interaction qui n'était pourtant pas là quelques secondes auparavant. Mais pour ma part, c'est plus sur les expressions suivantes que je vais m'attarder. Les yeux qui ont vu mon appareil m'indiquent si je peux les prendre en photo ou pas. Existe-t-il cette connivence, cet accord pour figurer sur une photographie ? Existe-t-il ce regard de désapprobation qui bien souvent va m'arrêter ? Mais encore, est-ce que ce regard fuyant signifie l'envie de fuir l'objectif ou le photographe ou est-il l'expression d'un sentiment plus profond indécryptable sur le moment ? Et surtout, pourrai-je en tirer quelque chose d'esthétique ? 
Je prends mes amis plus souvent en photo qu'avant. Et paradoxalement, ils s'en plaignent plus, mais semblent plus impatients de voir le résultat final. 


Alors au final, ce nouvel appareil photo, c'est bien plus qu'un objet de consommation, c'est un loisir, un outil, un complément, une ressource. C'est un objet qui marque ma manière de voir mon environnement, qui m'y amène, parfois. Ce simple « avoir » ouvre la perspective à de nombreux autres verbes : faire, aller, créer, immortaliser, extraire, transmettre, trouver... Il en devient même un marqueur social puisque je suis passé de « celui qui prend des photos » à « photographe ».


P.S.: Si vous arrivez à identifier le rapace que j'ai pris en photo, je veux bien que vous m'indiquiez ce que c'est comme espèce.

21/02/2012

Comment voir la politique au travers des déjections canines sans pour autant faire de la politique de caniveau ?

[Politique-fiction] Nous sommes en 2015, la législature 2012-2017 en est à peu près à mi-parcours. Jean Ménard a une idée. Mais qui est Jean Ménard ?
Après avoir dirigé la ville de Châteauroux en tant que maire durant deux mandats, Jean Ménard a décidé de briguer le siège de député en 2012, laissant son poste de président de la communauté de communes à son premier adjoint. Fortement apprécié par ses administrés, Jean Ménard a été facilement élu et il est donc devenu le député-maire de Châteauroux.

Mais Jean Ménard, en tant que maire, est énervé. Malgré ses deux mandats, Jean Ménard n'a pas trouvé de solution définitive aux déjections canines qui viennent souiller les rues de sa ville. Ce n'est pas faute d'avoir tout tenté : en 2002, il a fait installer des distributeurs de sacs plastiques dans les rues de Châteauroux. En 2005, il a fait construire des « Parcs à toutous », où les chiens peuvent faire leurs besoins à l'envi. En 2008, il a quadruplé le nombre de distributeurs de sacs plastiques (désormais biodégradables) et doublé le nombre de « Parcs à toutous ». En 2011, il a acheté du nouveau matériel pour le nettoyage urbain. Hélas, mille fois hélas, les associations castelroussines continuent à se plaindre des saletés dues aux incivilités de certains habitants. La solution consisterait à engager 20 % de personnel en plus pour le nettoyage des rues, mais Jean Ménard tient à son équilibre budgétaire. En conséquence, il ne peut pas à la fois embaucher ces nouveaux agents en plus de construire la nouvelle crèche qui est prévue pour l'année prochaine. Nous sommes en 2015, et Jean Ménard, en tant que maire, est dans une impasse (qui n'a pas été nettoyée par les équipes sanitaires au reste).

C'est lors d'un séjour en Suisse que Jean Ménard trouve LE moyen pour éradiquer le problème des déjections canines : l'instauration d'une taxe pour les propriétaires de chiens, dont les recettes seraient dévolues aux services de nettoyage urbain. Avec une telle taxe, le prix du nettoyage dû aux chiens ne reposerait plus sur tous les administrés, mais uniquement sur les personnes potentiellement « pollueuses ».
Evidemment, le problème ne se pose pas avec les chats
Photo : Elise - décembre 2011
En tant que député, Jean Ménard élabore donc un projet de loi qu'il appelle « Contribution nettoyage urbain ». Afin que cette loi ait plus de chances d'être votée par l'Assemblée, Jean Ménard fait appel à ses collègues de l'hémicycle. Il trouve donc cinquante-neuf autres députés, à parité UMP-PS, qui abondent en son sens. Leur point commun : ils sont tous à la fois députés et maires. On trouve aussi bien le maire d'une grande ville comme Toulouse que celui d'une ville plus modeste comme Briançon. A priori, tout est bouclé : le montant (48 € par an et par chien), le mode de prélèvement (une case en plus dans le formulaire de la taxe d'habitation, comme pour la redevance télévisuelle) et même tous les détails techniques (en cas de non-paiement, en cas de cession de l'animal, etc.) Le texte a été fignolé en commission, Jean Ménard a fait son travail de lobbying auprès des députés et sénateurs qui se sont montrés intéressés par cette loi. Au final, le texte devrait facilement être adopté à l'Assemblée, puis au Sénat.

Mais les choses ne sont pas si simples dans ce microcosme qu'est l'hémicycle français. Et encore moins simples à l'extérieur. Le député communiste d'une petite circonscription rurale a vu passer le texte. Et lui, il n'aime pas ça. 48 € par an, ça veut dire 720 € en moyenne pour un chien au cours de sa vie. Pour cet élu, il paraît inimaginable de demander à tous les foyers français de gréver autant leur pouvoir d'achat, particulièrement en temps de crise. Cet élu fait remonter l'information au niveau du parti qui n'hésite pas à lâcher cette information dans les médias. La « Taxe toutou », comme le PC vient de la rebaptiser, fait donc la une de plusieurs journaux. Inique, atteignant le pouvoir d'achat, injuste, impopulaire, anti-sociale, tous les qualificatifs y passent.
Cette mesure devait être anecdotique en raison de son bas coût – l'argument « moins chère qu'un paquet de croquettes par mois » était la principale réponse mise en avant par Jean Ménard – mais elle devient désormais le fardeau du gouvernement et d'une partie de l'opposition. Dans le paysage médiatique, les exactions dans tel pays passent au second plan, tout comme la chute de la croissance française au deuxième trimestre de l'année en cours. Plus l'échéance du vote à l'Assemblée arrive, plus les tensions autour du texte se font ressentir.

D'un côté, la plupart des associations en faveur de la protection des animaux montent au créneau car elles craignent une vague d'abandons jamais vue jusqu'alors. Les associations de contribuables (tout comme les communistes et une partie de la gauche parlementaire) dénoncent une énième taxe qui viendra toucher le portefeuille des Français. Le FN dénonce l'intrusion inacceptable de l'Etat au sein des foyers français et défend la liberté de chacun à disposer d'un animal de compagnie ou pas. En échange, le parti propose le renforcement des équipes qui auraient pour but de verbaliser les incivilités. Une partie de la majorité s'oppose également à cette taxe car cela représenterait un danger pour le parti à l'approche d'élections intermédiaires. Les éleveurs de chiens craignent un effondrement de leur chiffre d'affaire. Les associations défendant les sans-abris craignent une marginalisation supplémentaire des SDF. Les syndicats d'agriculteurs et quelques syndicats professionnels rappellent que les chiens ne sont pas que des animaux de compagnie, mais parfois des outils de travail. A ce titre, ils demandent l’exonération pour tous ces chiens (chiens de berger, chiens de défense des troupeaux, chiens de protection...) puisqu'ils s'estiment déjà trop taxés par les charges qui pèsent sur le travail. Les chasseurs, les aveugles se plaignent également de la contribution pour des raisons qui sont sensiblement les mêmes.

De l'autre côté, on ne parle pas de « taxe », mais de « contribution citoyenne » et la communication en devient totalement différente. Le parti au pouvoir, bien que surpris de l'ampleur des réactions suscitées, soutient le texte, comme une partie de l'opposition. Le centre soutient cette démarche qui permettrait d'injecter environ 800 millions d'euros dans les budgets municipaux chaque année, mais ajoute qu' « il faudrait des aménagements pour ne pas toucher les populations les plus démunies » Les éleveurs félins se frottent les mains car ils savent que de nombreux Français se reconvertiront à la compagnie des chats, qui ne sont pas touchés par cette contribution. Les associations de quartiers et de villes comme les CIQ sont ravies que cette question quotidienne soit enfin traitée par l'Assemblée. Les syndicats, même s'ils ne le crient pas sur les toits, sont dans l'ensemble favorables à cette contribution dans la mesure où elle permettrait le recrutement de plusieurs milliers d'agents supplémentaires.

Enfin, les Verts comme d'habitude, sont totalement divisés sur la question et donc inaudibles. Les professionnels de l'animalerie ne se sentent pas impactés par cette loi car ils savent qu'ils vendront autant d'animaux, de nourriture ou d'accessoires, peu importe qu'ils soient félins, canins ou autre.


Nous sommes à deux semaines du vote et le pays est divisé, les arguments fusent de toute part, l'opposition crie au nuage de fumée pour faire oublier les mauvais chiffres de la croissance, on ressort les violons pour la personne âgée et seule qui devra se séparer de son unique compagnie, on invoque l'esprit de Mitterand et celui de De Gaulle, on ressort une tribune de 1998 où Jean Ménard disait s'opposer à toute sorte de nouvelle imposition sur les classes moyennes, certains membres du gouvernement se disent « hostiles à une mesure qui aurait pour but d'embaucher de nouveaux fonctionnaires alors que l'heure est aux économies. »

Au final, le texte est voté après avoir subi plusieurs amendements : des exemptions sont prévues pour certains chiens (les chiens d'aveugles, les chiens de bergers, les chiens de chasse, les chiens des services publics mais pas les chiens des sociétés de sécurité). Des exonérations sont accordées aux foyers non-imposables (25 € par an pour les non-imposables, exonération totale pour les bénéficiaires du RSA). L'idée d'instaurer la taxe en fonction du poids des chiens, un temps évoquée, a finalement été abandonnée, car trop compliquée à mettre en œuvre. Les exonérations sont compensées (mais seulement en partie) par une augmentation de la contribution à 50 € par an et par chien (60 € pour les foyers les plus aisés), ainsi que par une légère augmentation de la CSG. 17,5 % du coût supplémentaire qu'un nettoyage efficace coûterait ne sont pas directement pris en charge, l'Assemblée renvoyant aux maires la responsabilité de gérer comme bon leur semble cette part-là (ou dit autrement, l'Assemblée laisse aux maires le choix de ne pas plus nettoyer les rues ou d'augmenter leurs impôts locaux).
Le texte vient d'être voté et tout le monde est à moitié satisfait et à moitié insatisfait. Mais, esprit humain oblige, tout le monde se dit totalement insatisfait.


Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous pouvons constater que cette taxe imaginaire est plus que possible, du début à la fin de son récit. Elle part d'un bon sentiment, d'un principe de fonctionnement simple et termine sur un montage financier complexe et incomplet. Pire :alors que le texte de M. Ménard avait pour but de ne faire payer que les propriétaires de chiens, c'est au final tous les Français qui se retrouvent à payer une partie de cette contribution. Mais mon propos principal n'est pas là.

Que pensez-vous de cette loi ? Etes-vous pour ou contre cette contribution financière ? Etes-vous plutôt d'accord avec l'idée de départ ? Avec le texte fini ? Ou au contraire, est-ce que vous en avez marre de cette énième taxe ?
Mais surtout, avez-vous raison ?

Les gens vont se positionner et penser qu'ils ont raison et que ceux d'en face ont tort. Et bien non. Ni les uns ni les autres n'ont raison, et par conséquent ni les uns ni les autres n'ont tort.
La majorité des lois est à cette image : ni bonne, ni mauvaise, c'est plus une question de choix politiques, de choix de vie, de choix de société.
Les lois sur les 35 heures, sur l'avortement, sur la peine de mort (ou son abolition), sur l'immigration, sur ce que vous voulez, en un mot : les lois qui créent un clivage dans la population française ont toutes des conséquences qui ne sont pas objectivement jugeables.
Les 35 heures par exemple, elles ont globalement été une très bonne nouvelle pour les employés libérés de quatre heures de travail par semaine, mais elles ont coûté cher aux employeurs rendant leurs services ou produits moins attractifs. Et bizarrement, la gauche ne voit que les retombées positives de cette loi, tandis que la droite n'en voit que les côtés négatifs, alors même que les diverses conséquences sont indissociables les unes des autres. Par conséquent, la loi sur les 35 heures n'est ni bonne ni mauvaise, elle est un choix d'évolution de société.
Vous pouvez chercher, ce fonctionnement de pensée marche pour presque toutes les lois « clivantes ». Pouvez-vous m'affirmer que la loi TEPA (autrement appelée « paquet fiscal ») est une mauvaise loi au prétexte qu'elle coûte cher ? A l'inverse, pouvez-vous m'affirmer que cette loi est une bonne loi parce qu'elle permet aux contribuables d'être moins prélevés ?
Ça marche pour presque tout, je vous dis ! La démocratie est-elle la meilleure chose ? Oui, si l'on compare la France la Corée du Nord. Mais si l'on compare la façon de gérer la cinquième République par rapport à plusieurs décennies auparavant alors que Napoléon Bonaparte dirigeait la France, la démocratie ne peut-elle pas être considérée comme un frein au développement législatif ou un vecteur d'instabilité politique ? Peut-on affirmer que la Russie actuelle irait forcément mieux si elle était sous un régime démocratique ? La démocratie, ça serait par exemple de faire rentrer au parlement des hommes politiques qui encouragent les ratonnades, serait-ce une bonne chose ?

Alors au moment où les débats politiques s'invitent dans les conversations, peut-être devriez-vous garder cette humilité en tête, celle de ne pas penser que votre idée est bonne, mais simplement qu'elle est l'expression d'un choix politique que vous assumez. Et ça change tout.

11/01/2012

Faisons connaissance

Lac des sagnes - Thorame, Décembre 2011

L'une des utilités d'un blog, c'est de servir à se faire connaître, à s'auto-représenter, à dévoiler une partie de soi, allant parfois jusqu'à la totale impudeur. C'est ce que je vais faire aujourd'hui devant vous, lecteurs. Enfin... Je vais seulement m'auto-représenter, je ne vais pas aller jusqu'à la totale impudeur.



Je sais que certains des visiteurs de ce blog me connaissent peu, voire pas du tout. Alors pour ceux-là, je vais dévoiler quatre choses que chaque personne qui me connaît un tant soit peu sait à mon sujet :
  • je suis passionné par la photographie, la cuisine et la randonnée ;
  • je vis avec deux chats qu'on peut qualifier de bien éduqués ; 
  • je suis d'un naturel calme ; 
  • j'ai une tendance exceptionnelle à la fainéantise et à la procrastination (heureusement, ça ne s'applique pas trop au domaine professionnel). 


Et là, en exclusivité mondiale, je vais vous dévoiler quatre choses à mon sujet que personne ou presque ne connaissait avant : 
  • j'ai un odorat beaucoup plus développé que la moyenne ; 
  • j'ai du mal à prononcer spontanément « vous pouvez », « vous voulez » et « vous vous » en général ; 
  • j'arrive à toucher mon nez avec ma langue ; 
  • j'ai appris à nouer mes lacets tout seul.


Voilà. Vous en savez désormais un peu plus à mon endroit. Ce soir en vous endormant, vous vous direz que c'est génial parce que vous savez bien plus de choses sur moi que ce matin.
Au passage, si vous estimez que vous pouvez faire profiter des connaissances que vous avez de moi aux autres lecteurs du blog, n'hésitez pas à les partager ici.

21/11/2011

C'est la taille qui compte !


La Barben - été 2008
Derrière cette affirmation – très sujette à caution, je vous l'accorde – se cache une intolérable réalité que subit toute une frange de la société. Cette population, dont je fais moi-même partie, se voit pernicieusement entravée dans sa vie quotidienne.

En un sens, je fais partie d'une minorité opprimée, moi, homme blanc hétéro et chrétien. Combien sommes-nous ? De plus en plus. Qui sommes-nous ? Des hommes, principalement, qui viennent de tous les horizons. Riches, pauvres, blancs, noirs, peu importe. Que voulons-nous ? Le changement, à défaut de la révolution.

A l'heure où toutes les revendications communautaires sont exacerbées, montrées, communiquées, nous faisons partie des oubliés, des sans-parole. Tous ont droit à une place dans les médias : les sans-papiers, les handicapés, les homosexuels, les noirs, les juifs, les Roumains, les gros, les communistes, les bobos, les rappeurs, les pauvres, etc. Tous sont entendus, le commerce s'adapte à eux, les hommes politiques leur adressent des discours et adaptent leurs actions.

Et moi ? Et moi ? Et moi ?
Ou plutôt : et nous ? Et nous ? Et nous ?
Oui, nous les grands, que nous propose-t-on ? Car c'est là que se trouve le problème.
On nous propose juste des lits trop courts, des éviers trop bas, des volants trop proches, des places trop exigües dans les transports en commun, des miroirs qui ne permettent de se voir que le buste, des lumières en plein visage, des poutres sournoises, des couettes trop petites, des baignoires qui ne permettent même pas d'allonger nos jambes, des portes dont l'encadrement arrive juste à la hauteur de notre cuir chevelu (histoire qu'on ne puisse pas savoir a priori, si on peut passer), des chaises et des tables qui ne permettent ni d'étendre ses jambes, ni de les garder perpendiculaires, des rampes d'escalier inatteignables, des plafonds dans les voitures si bas qu'il est impossible de boire à la bouteille, des cercueils plus chers, des difficultés pour embrasser nos compagnes ou nos compagnons (et encore, je vous laisse imaginer si votre position sexuelle préférée serait compatible avec une personne de trente centimètres de plus ou de moins que vous). La liste est interminable.

Alors évidemment, il existe de nombreux avantages à avoir une grande taille, et plus particulièrement pour les hommes. Avant tout, les grands bénéficient de plusieurs représentations sociales, très souvent positives. En effet, dans l'imaginaire collectif les grands sont rassurants, virils, forts tandis que les grandes sont sveltes et distinguées.
Au quotidien, être grand c'est ne jamais avoir besoin de demander à quelqu'un de prendre cette boîte là-haut. Etre grand, c'est pouvoir retrouver plus facilement quelqu'un dans une foule (et inversement), c'est aussi pouvoir réaliser plus facilement d'innombrables tâches, avoir un avantage dans de nombreux sports. Là aussi, la liste est longue.
Mais notre quotidien est souvent oppressant, au sens physique du terme, les accidents sont fréquents et la posture voûtée que nous devons sans cesse adopter nous donne mal au dos, car notre environnement est adapté aux personnes de taille moyenne.
Pire, notre environnement est adapté aux femmes de taille moyenne, aux ménagères de moins de cinquante ans, c'est-à-dire aux femmes d'environ 1,60 m.

Prenons un exemple : la cuisine et le ménage. Allez dans votre cuisine et observez bien : aucun meuble, plan de travail, table de cuisson ou appareil électroménager ne dépasse les 90 cm de hauteur. 90 cm, ça n'arrive même pas au bassin d'une personne qui mesure 1,80 m !! Mesdames, essayez de cuisiner dans une casserole qui serait située à mi-chemin entre vos genoux et votre bassin !! De même, essayez de passer le balai, mais en supprimant les vingt-cinq derniers centimètres du manche. Essayez de faire la vaisselle debout sur un marche-pieds, vos doigts n'atteindront même pas l'évier. Dans toutes ces situations, au bout de même pas dix minutes, votre dos vous enjoindra à aller vous allonger !
Au fond, cela crée un cercle vicieux où les hommes fuient le ménage parce que le ménage est plus difficile à faire pour eux. Donc les femmes font plus le ménage, donc les industriels fabriquent de petits balais, donc les hommes ont mal au dos, donc ils font moins le ménage, donc...

Pour palier à ces désagréments, une marque, une seule, s'enorgueillit de faire des meubles adaptables à tous. Oui, Ikea est la seule marque à proposer des lits dont le standard est 200 cm de long au lieu de 1,90 m. Passage obligatoire quand on mesure 1,88 m comme moi. Hélas, ils n'ont pas poussé la réflexion jusqu'aux couettes encore un brin trop courtes, ni aux plans de travail auxquels il manque toujours la possibilité d'ajouter trente centimètres de hauteur...
Pire encore : les grands sont de plus en plus nombreux, ce que les commerçants semblent ignorer. La preuve, vous pouvez constater que les XL et les grandes pointures sont les tailles les plus fréquemment indisponibles, ce qui montre une inadéquation entre l'offre et la demande !

Alors si les ingénieurs sont capables de prévoir des rampes d'accès pour les fauteuils roulants, au nom de tous mes semblables, je réclame l'égalité d'accessibilité à tous les services du quotidien !!