04/07/2009

Émo(i)tions

Bonjour,

Je suis le cortex pré-frontal de Virgile et je me situe à la frontière avec son lobe temporal. Lorsque Virgile ressent une émotion, en fait, c'est moi qui m'en occupe. Je fais la synthèse de tous les stimuli environnant et je crée ainsi une émotion que Virgile aura en charge de traiter par la suite.
Je me contente de faire ça. Les réactions face aux émotions, ce n'est pas moi qui m'en occupe. Un peu comme avec le cortex occipital. Lui, il se contente de dire à Virgile « Il y a une lumière rouge sur un poteau. » Le reste (par exemple interpréter cette lumière comme un feu de signalisation, puis appuyer sur la pédale du milieu pour freiner) c'est Virgile qui s'en occupe.

Globalement, je m'entends bien avec le reste du cerveau de Virgile. Je communique très facilement avec l'hippocampe de Virgile, c'est lui qui gère sa mémoire. C'est une longue histoire entre lui et moi. Lorsque l'on travaille ensemble, ça permet à Virgile de se souvenir ce qu'il a ressenti ce jour, quand il avait 10-11 ans, et qu'il s'était fait punir par son père alors que c'était sa sœur qui avait fait une bêtise. Il peut aussi se souvenir des sentiments qu'il avait eu le jour où son ami ne lui avait pas fait confiance. Et aussi, il y a le jour où cette fille que j'aimais bien lui avait pris la main. Mais comme ça, sans nécessité immédiate. Ensemble, on peut permettre à Virgile de se souvenir ce qu'il avait ressenti les mois qui suivirent. Et puis aussi les mois qui suivirent ces mois qui suivirent... J'avais fabriqué beaucoup d'émotions à ces périodes-là... Je ne suis pas sûr que vous me compreniez bien. En fait, c'est parce que j'ai du mal à communiquer avec les aires du cerveau qui s'occupent du langage.

Ah, ça c'est quelque chose... Autant, mes aires « miroir » (celles qui s'activent lorsque Virgile est en empathie avec l'émotion de quelqu'un d'autre) arrivent assez bien à communiquer avec les aires du langage. Autant, moi... j'ai vraiment du mal. Comment dire ? J'arrive très bien à communiquer à Virgile ce que je ressens, mais il reste difficile de travailler avec les aires du langage afin de mettre des mots dessus. Peut-être que ces aires ne sont pas assez développées pour être à mon niveau. On ne peut en vouloir à personne : une fois, une aire qui avait suivi un cours de psycho différentielle m'a expliqué que les hommes étaient moins doués que les femmes pour le langage, mais j'ai oublié de quelle aire il s'agissait.

De ce que je peux observer, je trouve que les réactions de Virgile sont plutôt appropriées lorsque je lui transmet une émotion. Parfois les stimuli qui me parviennent sont très intenses, je crée donc une émotion très intense. Là où beaucoup agiraient en mettant de côté leur intelligence, Virgile arrive à utiliser la sienne normalement. Il a parfois des réactions physiques paradoxales ou révélatrices, mais il applique ses comportements dans le même cadre que si je ne lui transmettais rien.

En revanche, je suis parfois la seule partie de son cerveau à lui communiquer des choses. Et là, ça lui pose des problèmes.
Tenez, quand il sortait avec cette fille que j'aimais bien, et bien j'étais le seul à lui transmettre des choses. Alors il était là, sur son petit nuage. Je ne lui envoyais que bonheur, joie, bien-être, fierté... Rien pour me contrarier. Mais il n'en avait tellement pas l'habitude qu'il était perdu : il ne savait plus quoi faire, il avait des problèmes pour dormir, etc.

Et puis il y a d'autres périodes où les stimuli sont différents. Là, je ne fais que les transformer en tristesse, angoisse et toutes ces émotions que je ne peux exprimer. Je n'y vais pas de main morte dans ces cas-là. Quand il rate la soutenance de son mémoire, ou quand il a un échec sentimental, ou quand il a des problèmes relationnels avec des gens de son entourage, ou ces fois où il a une difficulté à son boulot, je fais toujours mon travail. Je lui envoie plein d'émotions, bien intenses. C'est à ça que je sers. Il en arrive parfois à croire qu'il va échouer dans sa grande quête personnelle.

Mais il est rusé, Virgile. Des fois, il en a marre de n'entendre que moi, alors il essaie de se créer de nouveaux stimuli : les jeux vidéos, la voiture, la photo, le travail, etc. J'ai été obligé de rajouter des couches d'émotions à chaque deuil qu'il a traversé. Il avait tendance à se détourner de ce que je lui donnais à traiter. Mais, je vous rassure, nous nous sommes presque toujours débrouillés pour construire quelque chose d'utile avec ce que je lui donnais.
Si, je vous assure. Quand son père est mort, ses notes au lycée ont augmenté. Quand il était seul en cité U, il sublimait mes émotions dans l'écriture. Et puis il faut dire ce qui est : il a pris des photos somptueuses pour essayer de m'éviter. Quand je le décourage dans ses desseins, il se débrouille toujours pour se dépasser et parfois faire mieux que prévu initialement.

Je n'existe pour ainsi dire que pour lui et je représente une partie importante de sa personne. Mais comme chaque zone de son cerveau, je cherche constamment à dominer, à étendre mon influence sur lui. Un peu comme ces hommes politiques qui font tout pour occuper le plus d'espace possible au sein de leurs milieux d'influence.
Pour filer la métaphore, repensez à des hommes tels que Jacques Chirac, François Mitterand ou Nicolas Sarkozy. Ce sont des hommes qui, à un moment donné, furent mis de côté avant de pouvoir conquérir le pouvoir suprême.
Je suis un peu comme ça. En tout cas, j'en ai la conviction. Un jour ou l'autre, les circonstances feront peut-être que je pourrai m'installer au pouvoir et rendre mes émotions prééminentes.
Ce jour n'est peut-être pas si éloigné..

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Photo : lac de Castillon (encore !) - Août 2003

21/06/2009

Les supplices de l'été

J'aime beaucoup l'hiver : la neige, les clodos qui meurent ( « Il a fait moins 10 à Lyon et moins 2 à Marseille » ), le froid, le fait de me la péter en me baladant en T-shirt sous la neige, les vingt centimètres de couette réglementaires pour la nuit, les plats savoyards composés presque exclusivement de fromage, les routes bloquées.

En revanche, mes sentiments envers l'été sont plus mitigés : c'est les vacances, mais je dois difficilement préparer la rentrée. Je dois supporter les discours racistes de mes grands-parents, mais c'est la seule période où je vois certains amis. Je ne vois plus les élèves du lycée, mais certains me manquent, en dehors de toute considération sexuelle. On crève de chaud, mais les vieux crèvent tout court.
Et puis l'été, c'est le seul moment où je suis susceptible de voir quelque Italienne callipyge ou quelque étrangère septentrionale désarmante. Mais l'été c'est aussi le moment où je suis privé de M6, W9, etc. parce qu'on ne capte que trois chaînes de télé à Thorame. Et ça, c'est vraiment horrible.

Il reste que mon plus gros problème, concernant l'été, c'est les filles. Moi qui adore voir une fille en jupe, je suis servi, surtout qu'en cette période, les jupes sont facilement assorties d'un décolleté assez saisissant.
Ah, toutes ces paires de seins qu'on aimerait toucher, étreindre, mordre ! (Desproges, si tu nous regardes...) Toutes ces jupes, sous lesquelles on voudrait laisser nos yeux juste pour voir ce qu'il y a ou ce qu'il n'y a pas dessous. Toutes ces filles, plus moches les unes que les autres, mais qui, grâce à quelques centimètres carrés de tissu bien choisis, deviennent subitement attirantes. Toutes ces autres filles, déjà parfaites, qui nous font lever la tête au ciel.

Et toi, oui, toi, petite ingénue méridionale, toi qui pose ton père en odeur de sainteté, j'ai vraiment une mauvaise nouvelle pour toi. Quand ton père croise une fille dans la rue habillée avec seulement 38 cm² de tissu, il pense exactement à la même chose que moi. Et quand une de tes copines sort de ta piscine avec un bikini ravageur, les cheveux mouillés et le regard d'une actrice porno, sache qu'il s'imagine en une fraction de seconde des millions de choses qu'il n'oserait jamais avouer à ta mère et que d'ailleurs il ne s'avoue que lorsque, le soir même ou les cinq minutes suivantes, selon l'intensité du regard, il conçoit ton futur petit frère en un temps record vu que pour lui, c'est ta copine qui a déjà effectué une grande partie du travail.

Mais revenons à mon problème. Toutes ces filles que je ne peux jamais séduire, pour des raisons qui me sont tout à fait opaques, que puis-je en faire ? Me contenter de mater la naissance de leur soutien-gorge en espérant fébrilement apercevoir ce qui se cache derrière ? Guetter avec impatience ce vent fripon qui ne s'attaque habituellement qu'aux porteurs de chapeaux, mais qui, avec je ne sais quelle grâce divine me permettrait de répondre à la question que des générations entières d'hommes et de lesbiennes se posent : « Cette fille porte-t-elle une culotte ou pas ? »

Au reste, comment un homme peut-il se contrôler quand passe sous ses yeux une fille tellement envoûtante qu'elle lui ferait presque oublier qu'elle est sur terre pour faire la vaisselle ? Que doit faire un homme face à une fille habillée avec une jupe écossaise suffisamment courte pour ranimer tous ses fantasmes ataviques ?
Je tiens au passage à adresser toutes mes excuses auprès du Prince Charles : la ruelle était sombre, j'avais un peu bu, il était en kilt...

Concluons donc. Vu que pour des raisons qui me sont étrangères, il m'apparaît impossible de séduire sans exercer de contrainte sur ces créatures qui passent de mes nuits à mes journées, je crois que je n'ai qu'une seule solution : attendre l'hiver prochain.
En espérant au moins une nouvelle vague de décès chez les vieux pour la fin de cet été, histoire de me consoler un peu.

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Photo : lac de Castillon - août 2003

07/06/2009

Naïla ou la légende de la larme de vie, un titre attirant pour un livre attirant

Beaucoup d'entre nous, s'ils y regardent un peu, ont parmi leurs amis au moins un ami atypique qui a un look atypique, un parcours de vie atypique, un comportement atypique, des réflexions atypiques, un talent atypique, un humour atypique ou un métier atypique. Beaucoup d'entre vous diront qu'il s'agit de moi, cet ami atypique, mais ce n'est pas cela que je veux évoquer aujourd'hui.
Cette « singularité » que l'on perçoit chez l'autre n'a toutefois pas franchement gêné nos relations avec cet ami, puisque atypique, il l'était à notre rencontre, et ami il l'est devenu.
Certains sont rebutés devant cette originalité qu'ils découvrent au hasard des conversations d'une soirée ou dans leurs relations professionnelles. Ceux-là vont parfois jusqu'à rejeter cet « étranger » qu'ils n'apprécient pas instinctivement. Mais ce n'est pas non plus cela que je veux évoquer.
« Mais alors de quoi tu veux nous parler, connard ? » Je vais y venir. Et je vais vous demander d'être un peu plus poli.


Makayel – je l'appelle comme ça, mais son prénom est Michaël – est un de ces amis. Son look est assez passe-partout si l'on oublie la longueur atypique de ses cheveux raides (qui sont, selon moi, anti-érogènes). Sa maison semi-troglodyte est atypique. Son parcours universitaire est franchement inhabituel. La décoration de sa chambre est atypique. Le mobilier de sa chambre d'ami est atypique (parmi vous, qui a déjà eu une photocopieuse en panne en guise de porte-vêtements chez soi ?).
Makayel ne m'a jamais déçu. En cela, c'est un ami atypique. Il est doué de toutes les qualités humaines que chacun recherche chez ses amis. En cela aussi, il est unique.

Makayel a écrit un livre, il y a plusieurs années, alors qu'il n'avait pas encore 25 ans.
Comme il est sorti major de sa promo à la fac d'éco, on peut se dire qu'il a écrit un livre sur l'économie, mais ce n'est pas ça. Comme il a bifurqué sur un parcours qui le destine à devenir pasteur protestant, on peut se dire qu'il a écrit un livre sur la foi, sur Dieu ou sur l'histoire de la religion, mais ce n'est toujours pas ça.
Non, Makayel a écrit un livre pour enfants, dont la lecture commencerait à sept ans, à peu de choses près. Ce serait l'univers du Seigneur des Anneaux pour le public de Harry Potter. Ce livre nous conte l'histoire d'une petite fille, Naïla, qui découvre le jour de ses neuf ans que sa mère est une elfe noire, ce qui explique, d'une part, ses oreilles pointues et, d'autre part, son grain de peau mat qu'elle est la seule à avoir dans son village. Naïla partira donc à la recherche de sa mère, qu'elle n'a jamais vue, tandis que son père tentera de rattraper sa fille.
Voilà tout un programme avec à la clé des vilains très vilains, des amitiés inattendues et des rencontres parfois épiques, avec nains, elfes, brigands, comptosaures, etc.


Naïla ou la légende de la larme de vie est un livre amusant sans autre intention que celle de faire passer un bon moment, ou même plusieurs, étant donné le volume du livre. Les situations loufoques côtoient les personnages atypiques et instillent une ambiance emplie de joie et d'humour. L'univers décrit est à la fois simple et attrayant, il arrive même de s'imaginer au sein de ces lieux de vie et d'aborder les fées et nains qui les peuplent.
Un défaut toutefois : les mots, le phrasé, pas assez recherchés, ne sont pas à la hauteur de la fresque dépeinte et empêchent le livre d'être un récit grandiose qui émerveillerait carrément le lecteur. Mais bon... Moi j'dis ça, j'ai pas sept ans, non plus...

Si jamais vous êtes intéressé, vous pouvez envoyer un (Maka)mail à l'auteur qui se fera une joie de vous donner les détails supplémentaires dont vous auriez besoin.

16/05/2009

Le scandale des élections européennes

Ah ! Les élections européennes... Ça faisait longtemps que l'on n'avait plus eu d'élections aussi passionnantes en France...
On peut voir depuis quelques semaines, ici ou là, certains journaux qui évoquent le sujet. Il arrive même de voir certaines personnalités politiques en parler.

On a tous vu Rachida Dati faire de l'humour à ce sujet. On a tous entendu Vincent Peillon se plaindre de partir dans le Sud pour faire campagne. Voilà à quoi s'est résumée la campagne jusqu'à aujourd'hui.
Qui peut me dire, là comme ça, à brûle-pour-point, quel sera le jour du vote ? OK, je vous l'accorde, cette question est assez facile.
Qui peut alors me donner un projet de campagne d'un seul parti national ? Et les projets de deux partis ? Qui sont les sept à treize candidats que nous devrons élire lors des prochaines élections ? Si l'on s'intéresse un peu à la chose, on peut connaître certaines têtes de liste... Mais après ?

Quel est le projet de l'UMP ? Avec quelles personnes pour le porter ?
J'ai entendu aujourd'hui à la radio, Dominique Baudis, tête de liste de l'UMP dans le Sud-Ouest. Il a plutôt bien parlé : « C'est grâce à l'Europe qu'on a pu faire Airbus. » « L'Europe permet à la France de relever les défis climatiques et financiers. » etc. D'accord pour voter aux Européennes, mais quel sont les arguments pour voter UMP et pas autre chose ? Dans ma région, la tête de liste de l'UMP, c'est Françoise Grossetête, elle vient de Saint-Etienne et elle veut renouveler son mandat européen. Mais qui y a-t-il en second ? En troisième ? Je n'ai vu cette femme qu'une fois, lors des précédentes européennes, mais qu'a-t-elle fait depuis ? Quelles idées a-t-elle défendu ? Comment fait-elle le lien entre l'Union Européenne et moi, petit électeur ?
Note globale de l'UMP : 1/20 (Baudis a parlé d'Europe et il a donné des pistes).

Quel est le projet du FN ? Avec qui ?
Commençons par le plus simple : avec qui ? Dans le Sud-Est, comme tous les deux-trois ans, c'est Jean-Marie qui vient nous voir. Il habite en région parisienne, mais il vient toujours dans le coin parce que c'est là qu'il fait ses meilleurs scores. Si l'on connaît un tant soit peu le FN local, on devine qui accompagnera Jean-Marie sur sa liste. On devine aussi que Marine se présentera, mais on ne sait pas où. Une fois, c'est en région parisienne, une fois c'est dans le Nord. On se doute aussi que Bruno Gollnisch aura une belle place et après... c'est tout ce qu'on sait.
Plus compliqué, maintenant : quel est le projet du FN ? J'ai vu Jean-Marie ce matin à la télé. Le journaliste lui a demandé ce qu'il pensait de telle agression raciste et Jean-Marie a répondu. Le journaliste a demandé à Jean-Marie ce qu'il pensait de la liste de Dieudonné et Jean-Marie a répondu. Huit minutes, qu'il est resté, JM. Il a parlé de son temps de parole, de l'organisation d'un meeting, de l'UMP, du PS, pas du livre de Bayrou. Il a fait des critiques sur l'Europe, l'Euro et c'est tout. En huit minutes d'écoute attentive, je n'ai pas vu l'ombre d'une idée, d'un projet, ni même d'un souhait.
Note globale du FN : 0/20

Et le PS dans tout ça ?
On l'a un peu vu : les tractations pour désigner les têtes de liste, les coups de gueule contre le gouvernement par-ci, par-là. J'ai entendu que le PS avait réuni les chefs de tous les partis socialistes européens il y a quelques temps à Toulouse. Réunion au cours de laquelle ils ont entériné le programme du parti socialiste européen que le PS français va défendre. Un jour. Parce que pour l'instant, le seul argument que j'ai entendu c'est que le scrutin européen devait servir de vote sanction au gouvernement. Avec qui, au fait ? Je sais que la tête de liste du Sud-Est est Vincent Peillon, mais qui sont les suivants ? Et qui sont les prétendants des autres régions ?
Note globale du PS : 0/20 (j'ai failli attribuer 2/20 parce que j'ai entendu un argument de campagne, mais il est hors-sujet).

Et le MPF ? Euh... qui ça ?
Ah, oui le type qui se prends une claque quatre fois sur cinq. De Villiers, c'est ça...
J'ai récemment lu une interview de lui avec des questions, des réponses, des idées, des objectifs. Mais le tout manquait un peu de précision. De Villiers montrait surtout sa vision de l'Europe. Pour cela, le MPF mérite la meilleure note de l'épreuve, c'est à dire : 8/20 (ben, oui, il sait que son combat ne sert pas à grand-chose).

Enfin, le Modem, le Nouveau centre, le NPA, le PC, les Verts et LO sont hors-compétition, tout simplement parce que je n'ai vu aucune personne de ces partis parler d'Europe ces derniers temps.

Ce n'est pas mon discours habituel, mais j'adresse un zéro collectif aux dirigeants politiques français et aux médias qui se moquent des élections, de l'Europe et de nous !

23/04/2009

L'abbaye de Silvacane, n'y allez pas, c'est un piège !

J'aurais aussi bien pu dire « N'y allez pas, ça vaut pas le coup ! » ou « N'y allez pas, c'est de la merde ! » ou « N'y allez pas, c'est une arnaque ! » Chacun de ces titres aurait aussi bien résumé la misère de ce monument qui n'a de national que le logo.

Où donc est cette abbaye ?
Cette abbaye se trouve à la Roque d'Anthéron, une petite ville très pittoresque qui flirte avec le Lubéron tout proche et qui exhibe avec un orgueil justifié ses petites ruelles typiques, ses collines, ses forêts de pins bordées de thym et romarin, son festival estival, son Soleil envié par tant de Belges et d'Anglais et, bien sûr, ses méditerranéennes dont on attendrait les mêmes libertés sexuelles que les documentaires spécialisés évoquent certains samedis soir sur Canal +.

Où qu'il est le problème, alors ?
Il faudrait dire « les » problèmes...
A l'arrivée, un espace sablé sert de parking. Très bien, sauf que de ci de là, quelques mauvaises affiches (des feuilles en papier agrafées aux arbres) indiquent que c'est un parking surveillé qui coûte 2 €. Et moi, ça me plaît pas. Qu'à cela ne tienne, nous retournons cent mètres avant pour garer la voiture à un endroit plus à mon goût (à l'ombre et gratuit).
En nous approchant du site monastique, un type dans une vieille R19 toute pourrie nous demande si nous sommes garés sur le parking payant. Bien sûr que non, mais je félicite au passage la surveillance du parking.
Nous devinons le chemin que des générations entières de moines ont emprunté, à côté des oliviers et des murs en pierres sèches. Beau cadre, il faut dire.

Passage à la caisse, un tarif réduit pour les deux étudiants en histoire de l'art que nous sommes. Réduit ? Je me suis inscrit à la fac en histoire de l'art pour avoir des places gratuites et on me propose juste des places réduites. « C'est un scandale ! » crie-je assez fort en moi-même.
Bon, tant pis. A priori, le monument vaut sûrement les 4,5 € que nous dépensons chacun (6,5 € pour les non-jeunes, non-chômeurs, non-vieux, non-étudiants). La caissière nous glisse le prospectus de l'abbaye et nous franchissons le seuil du domaine.

Le cadre paraît alors moins féérique : une vue embarrassante sur la terrasse du gardien de l'abbaye et une vue directe sur des serres mal cachées par quelques arbres. Pas grave. Le site, lui, est beau. Un petit canal à déclinaison lente vient agrémenter l'accès à l'abbaye et quelques fondations lui font face. Tiens, c'est quoi ces fondations ? Tant pis, on saura pas...

Nous pénétrons alors dans cette antre rafraîchissant le printemps torride de la Provence. Ô, c'est beau, c'est grand, peut-être même grandiose. L'acoustique produite par nos paroles explique pourquoi cette nef accueille un festival de piano chaque année. La nef étant vide, je chante un peu pour profiter des jeux de la pierre. Tiens... la nef est vide, ça devrait nous mettre la puce à l'oreille.
Nous sommes alors trop occupés à essayer de deviner ce qu'est ce grand trou sur le côté droit. Nous continuons alors la visite à travers les pièces dont nous devons deviner l'utilité : celle-ci doit être le réfectoire, celle-là je sais pas, celle-là non plus.

Nous décidons d'ouvrir le dépliant pour en savoir un peu plus. Mais c'est peine perdue : les détails à la fois superflus et évidents y surclassent les explications.
Exemple : « La salle est composée d'un seule nef à quatre voûtées d'ogives. » Au cas où l'on ne sache pas compter. Et d'un autre côté : « C'est vers 1144 que des moines venus de Morimond (où est-ce ?) s'installent au bord de la Durance (pourquoi en partir ? pourquoi arriver là ?), dans un site désolé et marécageux [...] »
Sans oublier les charabias architecturaux inutiles et difficilement compréhensibles : « Les galeries sont couvertes d'une voûte en berceau en plein cintre sur doubleaux, et aux angles d'une voûte d'ogive, sauf au nord-est. »


En d'autres termes, les 9 € dépensés ne l'ont été que pour voir des jolies pierres, mais à l'état brut : pas (ou peu) d'explication pour les ignorants tels que moi, pas d'intelligence dans la mise en lumière du monument, presque pas de contextualisation historique, économique ou religieuse pour les époques que traversa l'abbaye. Le livre d'or compile d'ailleurs toutes les impressions des visiteurs, toutes très semblables aux miennes. Toutes ? Non. Les touristes polonais semblent apprécier la visite.
De là à dire qu'il faut être alcoolo pour aimer cette visite...

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Photo : Allos - août 2005